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 Sujet du message: [Livre] The Screwtape Letters (Clive Staples Lewis).
MessagePosté: Ven 22 Aoû 2008 15:45 
Chasseur de Rêves
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“Men are killed in places where they knew they might be killed and to which they go”


The Screwtape Letters :

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Dans ce livre, ou plus précisément nouvelle, on fait la connaissance de Screwtape, un diable bien expérimenté qui converse avec son neveu Wormwood par voie postale, on ne sait pas de quelle manière ce type de correspondance est arrivé entre les mains de l’auteur mais c’est arrivé et C.S. Lewis prévient le lecteur sur le futur usage de ce qu’il pourrait bien apprendre mais aussi sur la nature de l’authenticité des faits et déclarations.
Aussi ne faudra-t-il pas se fier aveuglement à ces lettres, car le malin est un fin menteur…

La nouvelle comporte 31 lettres au total dans lesquelles Screwtape enseigne à son neveu les rudiments du métier de preneur d’âme, car quand quelqu’un vend son âme to Our Father Below (comprenez par là Satan) cela vient d’une décision murement réfléchie et qui est le fruit d’un dur labeur, non pas de celui qui vend mais de celui qui pousse à vendre et c’est là un travail auquel Screwtape initiera son neveu en lui apprenant les bases tout en lui donnant de précieuses astuces.
Screwtape et Wormwood, le premier a fait son temps, le deuxième se prépare au sien.

Les potentiels futurs damnés portent le nom de « patients » un nom qui donne à l’acte une dimension très professionnelle, mais cela n’empêche pas les diables d’utiliser et à plusieurs reprises le terme jeu, car pour eux tout est un jeu ou semble-t-il l’être, le sérieux est de mise bien entendu et cela se voit par le nom donner à Dieu qui n’est autre que « Enemy ».

Les patients sont étudiés minutieusement, s’ils sont athées ou religieux, attachés à la vie ou non, ignorants ou savants, malins ou niais… bref, toute éventualité pouvant se dresser devant la tache d’un diable est analysée afin d’y parer le plus promptement et le plus tôt mais surtout le plus discrètement possible afin de ne pas éveiller les soupçons de la brebis.
Durant la lecture on se rend compte aussi que le monde dans lequel vivent les diables n’est pas aussi chaotique qu’on pourrait le croire. On y apprend qu’il y existe des institutions, une hiérarchisation, des filiations, des centres de recherche, des collèges… un monde bien infra-structuré.

Le livre a une double lecture voire plusieurs mais il s’agit surtout d’une critique des habitudes, de la foi et de la vie. L’auteur décortique tout ce qui fait d’un homme un homme, les besoins, les droits, les obligations, les envies, la famille, les amis, les centres d’intérêts… toutes ces choses qui le rendent prévisible et manipulable et c’est par ces facettes que le diable va attaquer et se jouer de l’homme pour obtenir ce qu’il veut de lui, son âme, le pousser aux plus bas instincts en l’enfonçant de plus en plus dans les ténèbres.

Le diable essaie toujours d’avoir une longueur d’avance sur la pensée humaine, de lui flouter l’esprit, de lui faire voir ce qu’il veut bien voir, de le garder toujours connecter à la « vraie vie », le passage du rêve de l’incertain vers la dureté du concret et de la déception que cela engendre, pousser l’être à se poser des questions sans jamais trouver de réponses. Le livre est excellent et il plonge dans un univers vraiment fantastique tant l’auteur est absent des lettres, c’est comme si on jouait nous-mêmes le rôle d’esprit en nous faufilant sans permission et sans se faire prendre au milieu de cette correspondance. Par cette critique de l’homme, C.S. Lewis a su lui rendre hommage en tant qu’être surprenant.

Je vous propose un passage que j’ai beaucoup aimé et dans lequel Screwtape s’illustre dans son talent de marionnettiste, je vous le propose en version original pour apprécier toute la subtilité de la langue de Shakespeare :

“But the greatest triumph of all is to elevate his horror of the Same Old Thing into a philosophy so that nonsense in the intellect may reinforce corruption in the will. It is here that the general Evolutionary or Historical character of modern European thought (partly our work) comes in so useful. The Enemy loves platitudes. Of a proposed course of action He wants men, so far as I can see, to ask very simple questions; is it righteous? is it prudent? is it possible?

Now if we can keep men asking "Is it in accordance with the general movement of our time? Is it progressive or reactionary? Is this the way that History is going?" they will neglect the relevant questions. And the questions they do ask are, of course, unanswerable; for they do not know the future, and what the future will be depends very largely on just those choices which they now invoke the future to help them to make.

As a result, while their minds are buzzing in this vacuum, we have the better chance to slip in and bend them to the action we have decided on. And great work has already been done. Once they knew that some changes were for the better, and others for the worse, and others again indifferent. We have largely removed this knowledge. For the descriptive adjective "unchanged" we have substituted the emotional adjective "stagnant". We have trained them to think of the Future as a promised land which favoured heroes attain—not as something which everyone reaches at the rate of sixty minutes an hour, whatever he does, whoever he is”

Voilà.


Je voudrais aussi signaler que c’est le film Batman qui m’a poussé à poster ce sujet, car il y a bien une relation entre Batman et C.S. Lewis.
Figurez-vous que dans le clip (magnifique clip !) de U2 : Hold Me, Thrill Me, Kiss Me, Kill Me et qui a servi de B.O. pour le film Batman Forever, on y voyait quelqu’un (apparemment Bono) se faire écraser sur la route par une voiture alors qu’il lisait un livre. Quand le bonhomme tombait à terre on pouvait alors lire le titre du bouquin « The Screwtape Letters ». Un hommage à une grande œuvre.

Je vous laisse le clip en lien pour voir :

Riddle me this, Riddle me that, who is afraid of the Big Black Bat ?


Il y a également un film en préparation autour de cette nouvelle, à noter que C.S. Lewis a déjà vu ses œuvres adaptées au cinéma (il est l’auteur des Chroniques de Narnia).

Je voudrais finir par dire que la nouvelle avait été dédiée à J.R.R. Tolkien, grand ami de C.S. Lewis.


“He wants men to be concerned with what they do; our business is to keep them thinking about what will happen to them”

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MessagePosté: Dim 24 Aoû 2008 16:55 
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Tes sujets en bibliothèque me donnent toujours envie d'en découvrir plus RED ^^. Et ce dernier topic n'y fait pas exception.

Je connais déjà Sir Lewis par le biais des Chroniques de Narnia. L'ayant lu il y a plusieurs années, cette série reste comme une de mes préférées, peu loin derrière A la croisée des mondes.
Mais voilà, ça fait un bout de temps. Et en y rejettant un coup d'oeil récemment, j'ai eu une mauvaise... surprise dirons-nous. Une partie de l'oeuvre (et quand j'y repense, malgré le flou dû aux années, cela tient peut-être sur l'oeuvre entière) pouvait être lue à un second degré qui me déplaisait. Aslan le sauveur unique, qui nomme tout le monde fille d'Adam ou d'Eve, qui se dévoue pour racheter les fautes d'Edmund à la Reine Blanche, l'apocalypse du dernier tome et autre foule de détails... Je ne pense pas avoir besoin d'en dire plus.

Je précise de suite : je n'ai rien contre le Christiannisme, en aucun cas et d'aucune façon. Mais trouver ça dans les livres pour "gosses" m'a laissé un peu sur le cul. J'ai entamé quelques recherches et ai découvert que Lewis avait été très controversé au niveau religieux. Vous me direz, j'ai pas cherché bien loin.
Au premier degré, Narnia est sympa, mais j'ai presque peur de les relire me doutant de ce que je vais y trouver. Et ça risque de me déplaire.

Et quand je lis ton résumé, ben, j'ai peur de trouver un peu le même genre de trucs... Alors, sans méchanceté (je ne suis pas là pour rabaisser l'auteur, mais juste pour comprendre un peu ce qu'il a écrit), est-ce que son livre vaut-il la peine d'être lu, ou vais-je être déçu par un second degré très explicite ?

PS : Ca ne m'étonne pas vraiment de U2, qui a aussi souvent eu ce rapport au sujet religieux. Le With or without you est magnifique, mais s'inscrit dans la veine des chroniques. <_< Et heureusement que ce n'est qu'un hommage dans la chanson que tu as fourni, sinon on aurait pu croire que Batman soit Jésus.

Edit : Eh bien, merci pour la réponse.
J'y jetterai un oeil histoire de me faire une idée, un livre ayant pour thème direct la religion ne me dérange pas, c'était surtout le second degré des Chroniques qui m'avait déplu et fait redouté le pire. Mais je vais éviter la version originale. Je suis trop mauvais en anglais pour cela ^^".

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Dernière édition par The Undertaker le Dim 24 Aoû 2008 18:36, édité 3 fois.

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MessagePosté: Dim 24 Aoû 2008 17:31 
Chasseur de Rêves
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The Undertaker a écrit:
Et quand je lis ton résumé, ben, j'ai peur de trouver un peu le même genre de trucs... Alors, sans méchanceté (je ne suis pas là pour rabaisser l'auteur, mais juste pour comprendre un peu ce qu'il a écrit), est-ce que son livre vaut-il la peine d'être lu, ou vais-je être déçu par un second degré très explicite ?


Pour que tu sois fixé de suite, il y a une très grande critique du christianisme et du chrétien en général, le coté subtile de la chose est que cette critique est plutôt constructive et non pas destructive.
Screwtape dans ce livre en parlant de l'homme en décrit le coté malsain mais il avoue plusieurs fois qu'il s'agit d'un être qui peut se montrer très fort et très surprenant quant à sa foi, ses convictions et ses principes.

Le point de vue religieux de la nouvelle ne se lit pas du tout entre les lignes, il est bien au contraire au 1er degré, clair comme de l'eau de roche mais il ne s'agit pas bien sûr que du seul thème abordé dans le livre. J'ai essayé d'éviter de trop parler de la religion pour ne pas gâcher les autres sujets que l'on rencontre, c'est pour cela que tu t'es peut être dit qu'il y avait un coté religieux derrière tout ça, mais non, il n'est ni caché ni subtile, il est bien apparent. Il y a même certains passages très incisifs et je rappelle que Dieu est appelé l'Ennemi.

Pour te reprendre, je dirais que ce n'est pas du 2nd degré très explicite mais du 1er degré pleinement assumé.

Enfin, oui le livre vaut la peine d'être lu, il est riche d'idées et écrit d'une main de maître. (Je te conseille la version originale).

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