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 Sujet du message: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Ven 4 Jan 2013 09:21 
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Salutation !

Je poste ici ma première fiction. ^^

C’est un hommage à un récit que j’ai lu il y a longtemps sur un autre forum.
J’ai taché toutefois d’écrire une histoire bien personnelle.

N’hésitez pas à commentez. :p

J’espère qu’elle vous plaira. :)


                                  Après la Pluie


                                                      I

Woldan avançait vers sa mort.
Il marchait dans un long corridor éclairé à la lueur de flambeaux, tenus par d’immenses statues. Les chaines serraient ses poignets jusqu’au sang. Elles se frottaient sur le sol en laissant s’échapper un gémissement métallique, ricochant sur les mûrs de pierre. Le bruit déchirait le silence.
Les quatre gardes quant à eux, entouraient leur prisonnier d’une grande précaution. Suivis de leur ombre étirée sous les flammes, ils marchaient tous d’un même rythme, d’un pas ferme et machinal. Lorsqu’ils s’arrêtèrent devant une gigantesque porte ornée d’étranges motifs, l’un d’eux s’avança, libéra une lumière dorée de la paume de sa main. La porte s’ouvrit lentement d’une force invisible, devant leur visage impassible. De l’autre côté, un échafaud était éclairé d’une lumière blanche, elle-même entourée d’une impénétrable obscurité. Et tandis que la lourde porte se referma, l’écho de la servitude sur le marbre polit trahissaient l’immensité de la salle. L’atmosphère était pesante.
L’homme monta sur le bois de justice, les pieds également enchaînes, les mains toujours paralysées dans son dos. Seul un des gardes resta à ses côtés. Saisissant son fusil, il fit fléchir le condamné d’un violent coup à l’estomac. Ce dernier tomba sur ses genoux mais retint son souffle. Soudain, une voix haute et grotesque s’anima dans la pénombre.

« Prisonnier ! Par vos vaines tentatives de renverser la cité, votre opposition à l’ordre, votre rébellion face à la justice et l’indiscipline que vous avez engendré, vous avez été jugé coupable de ces crimes volontaires. Du fait de votre triste renommée et de celle de vos exploits, vous avez été jugé comme une menace que la justice ne peut laisser impunie. Votre châtiment sera la mort. Vous serrez fusillé afin que notre royaume puisse être épuré de son poison et pour que la paix puisse être rétablie. Que les hautes sphères puissent avoir pitié de votre âme. »

L’unique source de lumière émanait du haut plafond. La pleine lune rayonnait avec grâce et puissance. Son éclat était semblable aux cascades des lointaines contrées, inondant le dos du condamné. D’un mouvement lent ses yeux se levèrent parmi les astres. Il ne souhaitait qu’une chose, sentir la caresse de la lune sur son visage, une dernière fois.

« Un dernier mot avant votre sentence ! lança la voix condescendante. »

Woldan regarda soudainement devant lui. Il déchira les ténèbres de ses yeux perçants et plongea son regard dans celui qui l’avait condamné. Il pouvait alors sentir la peur suinter du corps de celui qui s’était dissimulé dans l’obscurité, en acte de lâche. Enfin, les paupières closes, il prononça ces paroles dans un léger murmure :

« Ô ! funeste instrument de l’horrible catin,
Tu penches sous le poids des juges ténébreux,
Tu as, par le glaive, tué mon sombre destin,
Perçant le souvenir de ces jours glorieux.

« Je revois impuissant les somptueux paysages,
Les plaines et les prairies caressées par le vent.
Et l’astre de la nuit, en témoin de mes âges,
Me baigne encor un soir de sa blancheur d’antan,

« Qu’importe la douleur, qu’importe l’injustice,
Mon cœur libre, indomptable, ne saura se briser.
Je goûterai, ce soir, aux atroces délices,
De la mort accueillant mon cadavre damné.

« Mais mon âme éperdue trouvera le chemin,
De l’antique royaume au paisible sommeil ;
Car mon sang souillera, dans un songe certain,
Corruption et chaos au levé d’un soleil. »


Et son corps s’écroula dans une mare de sang. Il s’était mis à pleuvoir, tandis que le hurlement d’un loup se fit entendre, s’oubliant dans les lointaines contrées du royaume d’Halion.

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Ven 4 Jan 2013 10:02 
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Je ne sais pas pourquoi j’écris ça mais j’ai lu ton texte sur "On the turning away" de Pink Floyd et je dois dire que ça a fait son petit effet. Revenons au sujet maintenant.

Premier à commenter et ma fois c’est bon, non… très bon. Certes le texte est court (et encore), mais était donné que tu indiques qu’il s’agit là d’une fiction je suppose qu’il s’agit là d’un Prologue à une histoire futur, ou mieux encore la fin de l’histoire que tu comptes nous conter.

Que dire, l’écriture est propre et soignée, mais si parfois certaines tournures de phrases auraient pu être meilleures. Niveau faute, rien ne m’a choqué (même si à ce niveau-là je suis bon public), les descriptions sont très belles, l’atmosphère que tu veux faire passer et très bien retranscrite, d’ailleurs le petit poème, en plus d’être très bien écrit, rend la scène de la mise à mort particulièrement lourde (au bon sens du terme) et dramatique.

Tu l’auras compris pour ma part c’est un très bon premier essai, d’autant plus que l’univers dans lequel tu vas faire évoluer ton récit nous est inconnu (One Piece ou pas) si tu continues comme ça, ce sera une fiction que j’aurai plaisir à lire.

Voilà, c’est tout. Ah, non ! Bonne continuation.

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Ven 4 Jan 2013 11:04 
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IIC, merci pour ton avis. :)
Mmmm c'est vrai, j'aurais du préciser prologue.
Enfin, j'attendrais la toute fin pour donner plus d'informations sur le sujet.

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Ven 4 Jan 2013 15:05 
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C'est pas mal. Je trouve que c'est bien écrit dans le sens où tu as un certain niveau d'écriture. Après, malgré le fait que justement tu ais justement un bon niveau, je trouve que tu te perds dans la description. Quelque part ça noie la dimension dramatique que tu veux donner à l’exécution. Les phrases pour décrire une même action se succèdent et du coup, ça rallonge l'action en plus de lui donner une certaine lourdeur. Après, je ne dis pas que la lourdeur est à jeter, surtout qu'ici ça peut aider à appuyer tout le côté cérémonial de la mise à mort et de l'ambiance (ce qui est le cas d'ailleurs). Mais bon ... trop de description n'est pas forcément bon quand on veut appuyer quelque chose. Ici le côté dramatique.
Je garde aussi à l'esprit que la manière dont on décrit joue beaucoup. Dans ton cas, tu ressasses la même chose, ce qui ne peut qu'augmenter la lourdeur et la redondance au détriment d'une certaine dramatisation.
Pour t'illustrer mes propos j'ai trouvé la marche vers l'échafaud interminable. Et si ça nourrit l'ambiance lourde que tu recherches, je ne trouve pas que ça participe à une certaine clarté de la situation. Car la lourdeur d'une ambiance n'a de raison d'être qu'à la lumière d'un enjeu. Ce qui ici, n'est pas le cas. Il manque des éléments de compréhension pour appuyer le côté dramatique.

Pour continuer, je n'ai pas trouvé ton prologue très accrocheur. En ce qui concerne la suite, il n'annonce rien. Il semble seulement mettre des choses en place, sans qu'on sache véritablement quoi. C'est donc assez obscur comme début. Le conseil que je te donne est de faire les deux à la fois, à savoir mettre en place un élément d'intrigue et broder dans le même temps pour mettre en place un contexte ou des futurs éléments d'intrigue.
En l’occurrence, la seule chose qui m'a intrigué dans ce prologue a été la pluie à la fin, que j'ai tout de suite rapproché avec le titre. Qu'y a-t-il donc après la pluie ? En quoi cette exécution pourrait-elle être l'élément déclencheur ou accélérateur d'évènements à venir ?

Je ne m'avance pas plus quant aux autres critiques que je pourrai faire puisque je n'ai rien lu d'autre de toi. En tout cas, c'est un bon début (malgré le niveau d'exigence élevé qui transparaît dans les critiques. Mais rassure-toi, je ne suis pas aussi exigeant avec tout le monde. Comme quoi c'est bon signe).


ps : tu peux donner le lien vers tes autres textes ?


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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Ven 4 Jan 2013 16:29 
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Intéressant point de vue, Enitu.

J’ai, certes tenté de retranscrire ce qu’un condamné à mort pourrait ressentir lors de ces derniers instants. J’ai donné une certaine importance aux détails alentours, afin que l’on se mette mieux dans la peau du personnage. Dans un moment de forte tension, son corps et son esprit sont totalement focalisés sur l’instant présent. Ses sens s’attardent sur tout autour de lui.

Sinon, tu as raison à propos du prologue, il n’annonce pas grand-chose…pour le moment.
Il faudra être patient. :)

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Sam 5 Jan 2013 09:21 
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Hye !

Voici le deuxième chapitre.

Comme d’hab’ n’hésitez pas à commentez. :)

Bonne lecture. :)

                                                                            II

L’aurore apparut. Peu à peu, le soleil s’éveillait parmi les montagnes, et la nature prenait vie sous la caresse de ses premiers rayons. Dans les arbres s’entendait le chant mélodieux des passereaux et sur les plaines verdoyantes, les nappes de fleurs libéraient leurs parfums au gré du vent. Tout semblait se perdre dans un horizon idyllique.
À la lisière de la forêt se tenait la seule ferme des environs. Faite de pierres, de bois et d’un toit de paille, c’était une agréable et tenace bâtisse qui avait su tenir tête à de nombreux hivers, tous plus rudes les uns que les autres.
Kaindo s’était levé à son habitude aux premières lueurs du jour. Comme l’unique oiseau qui sait prendre le vers, l’enfant se disait souvent que le monde ne s’offre qu’à ceux qui savent se réveiller tôt. Portant son daishô qu’il ne quittait jamais, il s’en alla vers la prairie avoisinante. Il aimait s’y promener, fuyant la compagnie des hommes, et y cueillir des fleurs de lys, les préférés de Mila, la fille de l’aubergiste. Il l’avait rencontré par hasard au village et depuis ce jour, il n’avait jamais oublié sa chevelure noire de geai, ses yeux couleur d’émeraude. Sa seule pensée lui suffisait à s’égailler de l’instant. Mais un imprévu vint ternir sa joie.

« Frère ! Comment vas-tu aujourd’hui ?
- Ça peut aller Loki, soupira calmement Kaindo. Je t’ais vu partir vers la cité ce matin. Tu m’avais l’air pressé.
- Ah oui ! Et bien comme tu étais sensé le savoir, les armées du roi recrutaient dans la matinée sur la grande place de la capitale. Tu aurais dû venir.
- Je n’étais pas au courant, et ça m’est égal », rétorqua-t-il sèchement. »
Kaindo laissait rarement paraitre ses émotions, tout du moins il s’entrainait à les dissimuler. Mais derrière son apparente sérénité s’enflammait une irritation profonde, que l’évocation de son frère venait d’attiser. Il ne voulait pas lui parler mais son frère continua son récit.
« La foule envahissait la place ! Mais j’ai réussi à me frayer un chemin et à postuler pour être soldat. Enfin, ce n’est pas grand-chose mais je pense monter rapidement en grade. J’ai de la détermination et je ferais peut-être partis de la garde personnelle du roi dans quelques années.
- De ce tyran tu veux dire », lança Kaindo avec mépris.
Il regretta ses paroles. Il savait très bien que sont frère l’amènerait à une confrontation. Il s’en voulait d’avoir cédé à la provocation mais ce qui était dit était dit. Il n’allait pas revenir sur ses mots. Il eu toutefois un sombre pressentiment sur la discussion qui allait suivre.
« Que veux-tu dire par là ? répondit son frère, un sourire mesquin au coin des lèvres.
- Ne fait pas l’ignorant Loki, Tu sais très bien ce que je pense de Darius. Vous le considérez comme un roi charitable, il n’est pour moi qu’un vil tyran.
- Tu y va fort, jeune frère.
- Vraiment ? Tu ne vois pas comment le pays se gouverne depuis son arrivée ?
- Et bien, notre roi s’assure comme il le peut de la pérennité du royaume. »
Il descendit le fusil de son épaule et le porta à la main. Son geste exhuma une fierté et un trop plein d’assurance que Kaindo reconnu amèrement.
« Tu te trompe lourdement, répliqua ce dernier. Les lois que Darius a promulguées n’ont servi qu’à agrandir son pouvoir. Il se contrefiche du peuple.
- Allons, Darius est un homme bon. S’il juge de ce qui est bénéfique pour nous, alors nous devons l’écouter. Il n’agit que pour assurer la paix du royaume.
- Non, je n’ai pas confiance en lui. Souviens-toi. Le peuple était opprimé, il souffrait de sa pauvreté. Darius abusa de son insouciance et de sa misère pour se faire élire. Désormais il use de son autorité pour asservir le royaume. Il apparait à vos yeux comme un roi affable mais agit en fourbe sans que personne ne le remarque. En vérité il n’est qu’un homme cruel et manipulateur. »
Loki ne répondit pas tout de suite. Il savait que son silence, après ce qu’avait dit son frère, l’agacerait. Il reprit ensuite la parole de son ton calme et provoquant.
« Il a pourtant ouvert la cité au progrès. Va faire un tour en ville et tu verras par toi-même. Les usines regorgent d’homme, Les quais abondent en nouvelles marchandises. Le royaume se modernise et cela profite aux habitants.
- Non, Il ne vous a offert un semblant de bonheur seulement pour vous aveugler et vous contrôler. Mais tout ça n’est qu’illusion. Vous penser vivre mieux mais en réalité, Darius n’a rien changé. Enfin si, mais il n’a fait qu’empirer les choses.
- C’est ce que toi tu penses, mais tu restes le seul. Les autres ne se plaignent pas du nouveau gouvernement et de la politique du roi.
- Parce que la peur les frappe de mutisme ! Ils n’osent protester par crainte de représailles.
- Tu es vraiment négatif. Pourquoi protester alors que Darius leur a offert une meilleure condition ? Rappelle-toi, les pauvres abondaient dans les ruelles, ils jonchaient les rues. Darius les a bien sauvés de la misère.
- Mais au prix de quoi ? De l’asservissement ? Le peuple est exploité sans s’en rendre compte.
Non, les choses ne vont pas Loki. Et cela est bien plus grave que tu ne veuille l’admettre.
- C’est un peu fort quand même », répondit-il avec ironie.
Il marchait d’un pas nonchalant autour de son frère et semblait s’amuser de cette conversation. Son enthousiasme exaspéra Kaindo.
« Ouvre les yeux Loki ! Des gens meurent, des brigands courent librement sur les terres. La famine persiste et la cité vie dans la corruption. Darius promet un mauvais augure pour le royaume entier et même au-delà. Il a profité de sa peur et de sa condition pour assouvir ses fins.
- Allons, il n’y a rien de mal à sévir quand il faut. Eduquer un peuple ne se fait pas dans la douceur, tu devrais le savoir.
- Ça n’excuse en rien son despotisme ! »
Il était sidéré. Les propos de son frère ne pouvaient être les siens. Comment avait-il osé dire ces infamies ? Quelque chose s’était passée. Un changement en son frère avait prit forme et il ne l’avait pas remarqué. Kaindo admettait que sa relation avec son frère s’érodait au fil du temps. Mais, à cet instant, dans la fraicheur d’une belle matinée, il lui sembla ne l’avoir jamais vraiment connu. Un étranger ce tenait en face de lui. Une menace.
« Comment peux-tu admirer Darius avec autant de conviction ? continua-t-il.
- Et toi, pourquoi le haïs-tu à ce point ?
- Darius est mauvais Loki, et je désespère que tu ne puisses le voir.
- Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu es de mauvaise foi Kaindo parce que moi j’ai trouvé ma voie. Qu’en ait-il de la tienne ? Tu ne fais que vagabonder en pleine nature, à l’écart des autres. Tu te complais dans ta solitude. Mais en vérité, elle empoisonne ton esprit et assombrit ton point de vue.
- Quoi ? mais ça n’a rien à voir avec…
- Ecoute Kaindo, on en a plus qu’assez de ton soi-disant malheur et de ta tristesse. Tu vies en égoïste. Tu gâches la vie des autres en ne pensant qu’à toi-même. Olen et Vira ton accueilli à bras ouverts et tu ne cesse de les fatiguer avec tes histoires.
- Ce n’est pas vrai ! Et ne mêle pas Olen et Vira à cette histoire. Si tu croix faire le bon choix en servant Darius, tu le regretteras amèrement. Tu penses recevoir les honneurs en étant à ses coté. Tu ne serras qu’un vulgaire pantin ! Un bouffon du roi ! »
Il toucha juste.
Loki avait à peine empoigné son fusil d’un geste menaçant que Kaindo dégaina son sabre et en signe de mise en garde, le pointa vers son frère. Mais ce dernier recula sous l’étonnement, trébucha sur une pierre et tomba piteusement dans l’herbe.
« Kaindo non ! » Hurla une voix s’approchant.
La scène avait dépeint son discrédit. Vira y avait assisté non loin de la ferme et arrivée près de ses deux fils, des larmes glissèrent sur ses joues rouges et salies. Lorsque Kaindo croisa son regard, il perçu la peur qu’il inspirait. Il se vit à travers ses yeux et l’image qu’il y trouva, il ne put le supporter. Sans un mot, il remit la lame dans son fourreau et parti sans se retourner. Sans une parole, il disparut dans l’immense forêt.

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Dim 6 Jan 2013 13:21 
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Allez ! On enchaîne avec le chapitre 3.

J'espère que la longueur ne vous découragera pas. :)

                                                                  III

L’enfant se perdit dans sa solitude.
Après avoir franchit la lisière de la Forêt, il suivit le sentier habitué des vagabonds et des marchands ambulants, tandis que les rayons solaires perçaient encore le feuillage des arbres. Il emprunta un chemin escarpé et broussailleux aux travers des sapins et des ormes. Traversant de nombreuses rivières, il évita toutes sortes de branches qui lui barraient son chemin et sauta par-dessus une multitude de racines envahissantes. Et tandis que les distances se laissaient avaler par ses larges foulés, il se remémora la scène familiale qui fut la cause malencontreuse de sa marche solitaire.
Un étranger n’aurait vu qu’une chamaillerie entre enfants mais la querelle avait eu toute son importance pour Kaindo. Il ne voulait pas paraître faible face à son frère. Une rivalité persistait depuis toujours entre eux, depuis leur plus tendre enfance. Mais cette dernière scène avait prit de trop grandes proportions.
Devait-il, comme son frère le répétait sans cesse, accepter le changement ? Devait-il s’y soumettre ? Kaindo abhorrais ce mot. Il s’entrechoquait dans son esprit tel un marteau sur une enclume. Les braises encore rougeoyantes éclaboussaient sous l’impact et lui envoyait violemment à l’esprit l’image de la soumission et du sang répandue. Cela le répugnait. Non ! C’était plus fort que lui. Il ne pouvait l’accepter. Mais malgré toute la puissance de sa témérité, il ne savait comment agir, ni quoi faire d’ailleurs.
Après tout, il n’était encore qu’un enfant.
Malgré son entourage, il s’était toujours sentit esseulé, à l’écart des autres et incompris. Il se sentait dévisagé sous leurs yeux, perçut comme un orphelin vaurien et immoral. Mais au fond, il n’en avait que faire. À la différence des faibles au caractère chétif et fébrile, cette vie de solitude n’avait jamais pu tempérer la fierté qui jaillissait de son être. Au contraire, elle l’avait attisé avec le temps, et, malgré son jeune âge, un orgueil féroce et tumultueux avait souvent tendance à déborder de son cœur vaillant et innocent. Pourtant, à cet instant encore, l’enfant s’en voulait d’avoir agit sans réflexion. Avoir laissé son frère influencé sa colère lui donnait un âpre sentiment d’échec. Il se sentait faible et honteux et sa colère l’épuisait. Envahi par elle, il se sentit indigne de vivre. Un sentiment de honte et de malaise tourmenta son esprit.
Il continua ainsi ça marche périlleuse toute la journée, jusqu’à ce que le soleil s’atténuait d’un rouge crépusculaire. La nuit se présenta enfin. C’est à ce moment que Kaindo tomba sur une mystérieuse clairière qu’il n’avait jamais connu. Et pourtant, lui seul savait le temps qu’il avait passé dans ce royaume forestier. Il y venait bien souvent, même quand il fut bien petit. Ses promenades solitaires en pleine forêt le ressourçait, l’apaisait. Mais cette nuit là était bien différente.
Il s’approcha de cette clairière donc, d’un pas vigilant. Au milieu de celle-ci se tenait une source d’eau, un lac dont la surface était si lisse qu’un fragment de ciel semblait avoir chuté sur le tapis vert. Un pur miroir reflétait la nuit étoilée. Intrigué, Kaindo s’avança et au rivage s’accroupit en silence. C’est alors qu’il aperçut son propre reflet. Malgré la pénombre, il le vit distinctement mais lui parut si étranger. Au fond, que s’avait-il de lui ? Qui était-il vraiment ? Kaindo ne savait pas d’où lui était venue cette haine qui le rongeait de l’intérieur. Il ne savait pas d’où il venait et cette ignorance le hantait. Une part de lui même lui était inconnue et à cause de cela, il ne vivait qu’à moitié.
Il vit alors que sa propre image se mouvait en ondes et scrutant le rivage opposé, il aperçut au loin un cerf. L’animal était pour Kaindo l’esprit de la Nature. Quelque chose de mystique se dégageait de cette race et il était rare d’en croiser un dans la forêt, de jour comme de nuit. Mais, en le voyant, Kaindo semblait attiré par lui. Il voulait tenter de s’en approcher le plus possible, comme pour se prouver qu’il en était capable. Et puis il pourrait toujours se montrer brave aux yeux de Mila. Il se redressa alors et marcha sans faire le moindre bruit.
En contournant le lac, Kaindo regarda au alentour. Les arbres l’envahissaient maintenant. Il s’était trop profondément enfoncé dans la forêt. Mais cela n’avait guère d’importance pour lui. Il n’avait, pour l’instant, nullement l’intention de rebrousser chemin. Et puis surtout, il n’était pas le genre de personne à se perdre facilement en des lieux inconnus. Doté d’un sens de l’orientation quelque peu singulier, il avait toujours su revenir sur ses pas, en des nuits aussi noirs que les ténèbres.
Mais son talent de pisteur n’était pas encore du niveau des grands maîtres de la forêt ; malgré ses pas étouffés, il avait tout bonnement oublié de se positionner à l’encontre du vent. Le cerf avait sentit sa présence depuis une bonne distance déjà, et avait détalé avant de disparaître dans les bois. L’enfant n’exprima ni gène ni frustration à la fuite de l’animal ; ce jeu lui avait calmé l’esprit pendant un cours instant, mais il se sentait toujours soucieux. Il se faisait tard et bien que Kaindo n’avait guère sommeil, le poids de ses tourments l’éreintait. Absorbé dans ses pensées, sa marche flâneuse lui faisait longer le bord du lac. Mais à l’endroit ou le cerf se tenait à l’instant, il fut étonné de percevoir une masse longue et étrange se dessiner sous ses yeux.
Un saule pleureur se tenait là.
Kaindo ne l’avait pourtant pas remarqué lorsqu’il avait aperçu l’animal. Cela était étrange. Il n’avait jamais vu un arbre aussi majestueux, et aussi attristé. Ses branches tombaient en lianes sur l’herbe, et recouvraient comme un rideau vert son corps d’écorce. Le saule paraissait abattu par un poids invisible et, écrasé par l’amertume, il semblait gémir sa mélancolie. D'ailleurs, Kaindo aurait juré avoir entendu une triste mélodie s’évaporer dans l’air. Cela le toucha et l’envoûta. Tout ce lieu dégageait une atmosphère des plus étranges. L’enfant déplaça un pan de feuille et s’assis au pied de l’arbre. Il était temps pour lui de laisser finir cette longue journée.
« Demain est un nouveau jour, se dit-il. Peut être aurais-je les idées plus clairs…ou je l’espère moins sombres ».
C’est ainsi qu’il ferma les yeux et s’endormit, se laissant à la merci de ses cauchemars ou de ses rêves.

Kaindo se réveilla brutalement. Il ouvrit soudainement les paupières mais les ténèbres l’entouraient. Un bruit sourd l’avait arraché de son sommeil. Il se leva soudainement et ramassa aveuglement son daishô posé à ses côtés. La terre tremblait sous ses pieds. Un vacarme tonitruant l’entourait mais il ne sut ce que c’était. Il devait encore attendre que ses yeux se réhabituent à la pénombre. Lorsque cela se fit, il distingua lentement les feuilles du saule sous lesquels il s’était protégé. Il sortit de son abris et vit un inquiétant spectacle : Le cerf qu’il avait tenté d’approché au début de la nuit sortit d’entre les arbres et semblait fuir quelque chose. Il traversa la clairière, suivis par le regard intrigué du garçon. Une sueur froide lui glaça la nuque et le fit se retourner en direction du chemin pris dans la matinée. Scrutant l’horizon, il aperçut avec horreur un nuage de fumée s’élevant jusqu’au ciel encore noir. Une lueur rouge scintillait à l’orée de la Forêt. Kaindo ne comprit que trop vite ce qui se passait à quelques lieux d’ici.
« Non ! » lança-t-il, avant de courir en direction de la ferme.

Les branches sifflaient à son passage. Il esquiva les arbustes et sauta les cours d’eau avec une agilité qu’il ne soupçonnait pas lui-même. Que se passait-il à la lisière de la forêt ? Quoi ou qui avait provoqué cet incendie ? Ces questions, Kaindo n’y pensa pas ; il continua sa course au travers de l’immense bois, gardant en lui des soupçons qu’il préférait ne pas voir fondé. A mi-chemin du parcours, une chose étrange se produisit autour du jeune Kaindo. Il semblait que les arbres et les pierres se mouvaient devant lui, créant ainsi un sentier bien plus facile à suivre. Cela dit, le garçon ne s’en aperçut même pas. Il faisait toujours sombre en ces lieux et l’envie d’y sortir habitait entièrement son esprit. Il ne pensait qu’à atteindre la ferme le plus vite possible. Enfin, il aperçu, loin devant lui, la lueur d’un rouge inquiétant, émergeant d’entre les arbres. Kaindo accéléra le pas. Mais au même moment, il senti une présence proche de lui.
On le suivait.
Au travers des feuillages, un animal le pourchassait. Il entendait les brindilles craqueler sous des pas précipités, et un souffle haletant dans l’air frais. Sautant un dernier fossé, il vit enfin ce qui le chassait.
Un loup ! Un gigantesque loup des forêts !
Les féroces bêtes ne s’intéressent qu’aux proies fuyantes, ça, peu de gens l’ignoraient. Il était fortement déconseillé de courir en ces lieux, surtout sous une nuit de pleine lune. Bien entendu, Kaindo ne l’avait pas oublié. Mais il savait que la ferme de ses parents était en feu, et il n’allait pas trottiner en chantonnant avec les écureuils pour aller les secourir ! Quant au loup, il suivait toujours Kaindo. Mais ce dernier était prêt à se défendre, il n’avait pas l’intention de finir en dîner au maître de la Forêt. Fort heureusement, il ne le sera pas cette nuit. Il remarqua avec surprise que son poursuivant s’était évaporé dans l’ombre des arbres, ce qui ne le rassura pas pour autant. Il resta sur ses gardes.
Mais ce qu’il vit devant lui chassa de ses pensées la crainte d’être dévoré.

Un gigantesque brasier illuminait les yeux de Kaindo. Les flammes dansaient sur ce qui était, il y a peu de temps, sa maison. Tout avait brûlé ! Il n’avait pu la protéger, il n’avait pu les sauver, eux, ses parents, sa famille qu’il n’avait jamais admit et qu’il avait toujours renié ! Une douleur insondable le prit au cœur. Pour la première fois de sa vie, il désirait mourir. Il se sentit impuissant et faible, envahit par une affliction qui l’opprimait. Il resta là, immobile, hypnotisé par le feu qui ravageait et détruisait ses souvenirs. Son corps ne répondait plus mais une silhouette familière sortit alors des décombres et s’approcha de Kaindo.
« Cours ! »
Au même instant, les hommes armés de haches et de fusils virent le garçon attristé !
Submergé par la tristesse qui noyait sa colère et entravait son courage, il prit la fuite. Il courut derrières les arbres, sentant la fatigue envahir son corps. Il tentait de prendre de la distance mais trébucha sur une racine qu’il n’avait pas vu et s’écroula de tout son long au pied d’un vieux et imposant sapin.
« C’est la fin, pensa t-il tristement. J’ai évité avec chance les crocs d’un loup, je ne pourrais échapper au feu des hommes».
Son pessimisme avait pris le dessus. Ses paupières s’alourdirent un peu plus. Un voile opaque troubla sa vue, à mesure que la lueur des torches s’approchait de lui. Mais une lumière d’une blancheur aveuglante apparut soudainement devant son visage. Deux yeux ambrés le fixaient, au dessus d’un long museau.
« Peut-être ai-je parlé un peu trop vite », se dit-il avant de s’évanouir.

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Lun 14 Jan 2013 13:49 
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Hello !

J'annonce l'arrivée du chapitre 4 ! :)

Plusieurs mois se sont écoulés depuis les évènements du dernier chapitre.

Bonne lecture !

P.S.: Et n'oubliez pas de lâcher vos com' ! XD


                                                        IV


Le froid régnait sur ses terres moroses et d’épais nuages noirs assombrissaient le ciel. Le vent laissait toutefois paraître quelques rares rayons de soleil, caressant ce qui était autrefois le toit d’une somptueuse et grande église. Mais de celle-ci il ne restait plus qu’un tas de débris tandis que les murs éventrés soutenaient encore les tours par miracle. De cette belle architecture, il ne restait rien. Et pourtant, l’endroit n’avait rien perdu de son atmosphère angélique.

« Ah vous voilà ! lança Bramar de soulagement. Je vous ai cherché dans tout le village. Bon dieu ! pourquoi diable vous cachez-vous en ce sinistre lieu ?
- Je cherchais un peu de calme », répondit Kaindo.
Assis sur un banc, il regardait les quelques fleurs pousser entres les dalles de pierres.
« Il est vrai que vous ne trouverez personnes parmi ces ruines. »
Il jeta un rapide coup d’œil autour de lui.
« Bigre ! Cet endroit me donne la chair de poule.
- C’est bien dommage pour vous. Ce lieu m’apaise au contraire. Il y respire encore la sérénité d’autrefois. »
Un léger sourire se dessina sur ses lèvres, il s’étala sur le banc et leva les yeux.
« Bramar ?
- Oui ?
- Pourquoi plus personne ne vient ici ? »
Son compagnon s’assit à ses cotés.
« Et bien il faut admettre qu’à notre époque, peu de gens ont gardé la foi. Avec ce que nous avons vécu depuis toutes ses années, le peuple s’est peu à peu laissé envahir par un sentiment d’abandon et de désespoir. Il ne croit plus en une quelconque religion. Mais malgré tout, il vous reste encore fidèle.
Le sourire du jeune garçon s’effaça.
« C’est d’un triste.
- Je vous l’accorde mais ne vous tracassez pas pour ça. Contentez-vous de faire ce que votre peuple attend de vous.
- Bramar, arrêtez s’il vous plaît. Ce n’est pas mon peuple, je vous rappelle. Je n’aime pas m’approprier les choses qui ne m’appartiennent pas. Le peuple reste et demeure libre ; nul ne puis le gouverner, c’est bien ce que Tainos nous a appris ?
- Evidemment, mais il vous a également préparé à le guider. Quoi que vous fassiez, vous avez des responsabilités. Ne les fuyez pas.
- Vous voulez sans doute faire allusion à cette prophétie.
- C’est exact, il est dit depuis longtemps qu’un jour, un orphelin viendra délivrer l’homme de son oppression, et rétablira l’équilibre. Cet orphelin, c’est vous. Votr… le peuple en ait persuadé depuis que Tainos vous à trouvé dans ce bois, à moitié mourant.
- Vous savez Bramar, je n’ai jamais vraiment cru à ces contes à dormir débout.
Le vieil homme paru insulté.
- Ces contes, comme vous le dite si bien, vous donne peut être envie de roupiller mais pour d’autres, il leur donne l’espoir que les choses s’arrangeront. Ne les trahissez pas ! Quand bien même vous n’y croyez pas, votre devoir sera de brandir votre sabre aux portes de Darius. La confrontation sera inévitable, jeune garçon. »
Ses paroles lui donnèrent de l’entrain et il fixa Kaindo de ses grands yeux ronds sans que celui-ci ne s’en aperçoive.
- N’y a-t-il pas d’autre solution que de faire cette guerre ? Je veux dire, ne peut-on pas tenter de raisonner Darius ?
- Et bien, cela m’étonne d’entendre ces mots sortir de votre bouche. N’était-ce pas vous, il y a quelques années, qui vouliez le tuer sans hésitation ?
- J’étais bien trop jeune et immature à l’époque. Je me suis laissé envahir par la vengeance. Aujourd’hui je comprends qu’elle ne résoudra rien.
- Sage parole en effet. Mais inutile au point ou nous en sommes. Les troupes que votre maître a ralliées à notre cause sont arrivées depuis peu. Les préparatifs seront bientôt finis. Tout sera bientôt terminé, n’ayez crainte.
- J’en ai bien conscience. Je me demande seulement si j’en suis capable.
Il parla d’une voix pleine d’assurance, mais son visage trahissait malgré tout de sombres doutes. Il était encore bien jeune. Bramar posa une main sur son épaule.
« Ah ! ne négligez pas vos efforts. Je vous rappelle que Tainos, en plus de vous avoir sauvé la vie, vous à formé aux arts, aux langues et au maniement du sabre. Il a cultivé votre esprit et entraîné votre corps pour que vous puissiez un jour prendre la relève. Vous êtes prêt, il vous suffit juste d’y croire. »
Kaindo posa sa main sur la manche de son daishô.
- C’est vrai, je lui suis redevable de tout. Malgré son air aigri et bourru il n’est pas si féroce qu’il en a l’air. D’ailleurs je vois bien qu’il vous effraie parfois. Vous savez, il a peut-être l’apparence d’un loup mais il ne vous mangera pas pour autant. »
Bramar semblait effrayé par cette image. Il ravala sa salive, et remua péniblement sur le banc de bois. Cela fit bien rire Kaindo. Le vieil homme retrouva toutefois son calme et lança d’une voix plus sérieuse :
« Il a confiance en vous, et nous avons confiance en lui. Notre avenir repose entre vos mains. C’est une grande responsabilité mais je suis sûr que vous réussirez…Mais que vois-je ? Le temps passe en captivantes paroles et j’en oublierai presque mes ordres. Votre maître m’a justement envoyé vous chercher pour une mission d’une grande importance. Un repérage de terrain sur le flanc ouest de la cité, d’après ce qu’on ma dit. Il vous attend à l’extérieur du campement, au sommet de la colline. »
Kaindo se leva, son daishô à la ceinture. Il se sentait toujours en proie à de fortes inquiétudes mais cette discussion l’avait apaisé.
« Merci pour vos conseils Bramar.
-Je suis conseiller et ami de votre maître, jeune prince, mais je reste aussi le votre. Allez, ne faite pas plus tarder Tainos. Et prenez garde en sortant, le danger nous guette en ces temps sombres », lui lança-t-il chaleureusement.
Mais Kaindo était déjà parti.

A peine eu-t-il foulé l’herbe du pied qu’il ressentit toute la férocité des vents du nord. Le pan de sa tunique flottait au rythme de leur souffle.
Les croyances communes disent encore aujourd’hui que les aquilons de fin de saison sont souvent annonciateurs de changements. Les plus curieux apprendront par les plus anciens l’histoire de ce nomade, vivant autrefois en ces régions.
Perdu lors d’une nuit étoilée, en plein milieu d’un hurricane, il avait appris le langage des tempêtes. Sorti indemne miraculeusement, il avait alors acquis le don d’anticiper les mouvements du temps. Mais les dieux, ayant jugé ce pouvoir bien trop grand pour un seul homme et afin de rétablir l’équilibre, envoyèrent un orage pour le tuer. Naturellement le nomade l’avait prédit et aussitôt pris la fuite vers d’autres contrées ; nul ne sait aujourd’hui si l’orage à réussi à le trouver. Désormais, que ce soit en bien ou en mal, les gens pressentent les grands vents comme les préludes aux bouleversements du monde.
Quant à Kaindo, sa préoccupation était surtout de ne pas avoir le nez glacé.
Le campement était à l’écart de l’église ; il ne s’attarda pas à remonter la plaine pour le rejoindre. Arriver en haut, il pensait ne voir personne étant donné le climat mais à sa grande surprise les réfugiés s’activaient déjà à la tâches ; les artisans s’exerçaient à ce pourquoi ils étaient doués tandis que les plus petits chassaient les poulets en laissant échapper dans l’air des rires innocents. Evidemment, la présence de Kaindo ne passa pas inaperçue ; il traversa la grande allée sous une myriade de salutations et de sourires. Il les leur rendit mais ne s’arrêta pas et continua sa route. Malgré la compassion qu’il avait acquit en grandissant, il lui était toujours difficile de rester en leur compagnie. En vérité, Kaindo ne voulait surtout pas faire attendre son maître.
Lorsqu’il passa les dernières tentes, une sentinelle lui indiqua la direction à suivre. Cette fois-ci Kaindo descendit l’autre coté de la plaine sur une plus longue distance. Il finit sa marche au pied d’un immense rocher qui surplombait toute la vallée. Il l’escalada sans attendre. Arrivé à sa moitié il ralentit sa montée sans un bruit. Il jeta un coup d’œil au sommet et se redressa furtivement. Il s’apprêta à poser sa main sur son daishô.
« Tu es encore trop bruyants, jeune novice. Un troupeau de bisons serait bien plus discret.
Assis au sommet de son perchoir de roc, le loup était en pleine méditation. Ses larges narines au bout de son museau humaient l’efflorescence des environs. Pourtant immobile, son aura à elle seule inspirait le respect. Tainos révéla ses deux yeux ambrés.
« Je m’assurais que votre ouï était toujours aussi fine maître », rétorqua le garçon d’un ton malicieux.
Il tourna autour du loup en regardant aux alentours. Un océan de vert l’entourait à perte de vue.
Le loup se redressa sur ses pattes géantes et s’étira de tout son long. Il salua solennellement le jeune escrimeur.
" Bien le bonjour Kaindo. Si tu es près, nous pouvons partir dès à présent. As-tu quelque affaire à régler aux villages ?
- Nop, aucunes.
- Bien, alors en route."

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Mar 22 Jan 2013 19:55 
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Konnichiwa !

Quand bien même un vent de solitude souffle ici, rien n'empêchera le chapitre 5 de venir se poster ! XD

Bonne lecture ! :)

                                                      V

Cela faisait trois lunes que l’enfant et le loup avaient commencé leur marche. Tous d’eux profitaient de la splendeur du paysage, Tainos menant le pas. Kaindo vaguait dans ses pensées.
« Maître, une question me turlupine depuis que nous sommes partis.
-Hum ?
-Et bien…Est-il vrai que vous avez déjà affronté Darius ? »
Tainos ne se donna pas la peine de se retourner.
« Effectivement oui, j’ai déjà eu affaire à lui par le passé.
- Comment ? s’exclama Kaindo. Mais pourquoi ne m’en aviez-vous pas parlé avant ?
- À vrai dire, j’allais te l’annoncer mais tu me paraissais légèrement troublé. Je me réjouis toutefois que tu aies pris l’initiative d’aborder le sujet. Veux-tu vraiment en savoir plus ? »
Kaindo regardait maussadement l’herbe à ses pieds. Il se sentait embarrasser. Il avait toujours été surpris et par moment agacé que Tainos sache si bien lire en lui. Il n’était pas son mentor pour rien.
« En fait, je ne préfère pas. Vous aviez vos raisons de ne pas m’en avoir parlé avant, n’est-ce pas ?
- Tiens, tu te montres bien perspicace, répondit son maître d’un ton enjoué. Oui, je t’ai déjà dit tout ce qu’il y a à savoir sur Darius. En rajouté serait explétif. J’ai jugé bon de ne pas évoquer quelques détails qui me paraissaient confus et sans intérêts, surtout pour toi à cette période.
- Que voulez-vous dire par là ?
- Tu as suffisamment de quoi te tourmenter en ce moment, tu ne croix pas ? »
Kaindo suivait les nuages du regard.
« Je ne dors plus très bien ces temps-ci. Je repense constamment à ces femmes et ces enfants. chacun d’entre eux, le visage déformé par la tristesse, aux traits creusés par la fatigue et le désespoir depuis des décennies. Et pourtant, ils continuent à sourire. Ayant toujours connu la misère, ils ont encore la force d’être heureux ! Comment font-ils maître ? Comment peuvent-ils croire en moi ? »
Tainos s’arrêta et se retourna vers le garçon.
« Le peuple qui vit sur ces terres ne croit seulement en des choses dont tu es capable. Je comprends parfaitement que cela doit être éprouvant pour toi qui es encore si jeune. Pardonne-moi encore de t’avoir mis dans cette situation. »
Sa voix rauque et sage libérait des paroles pleines de sincérité. Kaindo le ressentait.
« Ne vous en voulez-pas maitre, donna-t-il comme réponse, les lèvres tremblantes. »
Mais il retrouva vite sa fierté ou du moins l’appela-t-il à l’aide pour sauver les apparences.
« Et puis d’ailleurs arrêtez d’agir ainsi avec moi, je déteste la pitié. »
Tainos emboîta le pas, fière de voir que son protégé avait bien mûri malgré les apparences.
« Je me remémorais aussi ce Woldan dont vous m’aviez parlé un soir », ajouta Kaindo d’une voix insouciante.
Tainos ne disait rien et ses pas ne changeaient pas d’allure. Mais les plus attentifs auront perçu ses oreilles pointues frémir à l’écoute de cet illustre nom.
« Vous l’avez donc connu lorsque vous vous êtes battu contre les nobles. Ces derniers l’ont considéré comme paria pour avoir commandé la révolte.
- Bah ! C’était un brave type voilà tout.
- Un brave type, dites-vous ? C’est un doux euphémisme. J’en ai parlé aux soldats du camp ; ceux-là s’exclamaient des exploits de Woldan. Ils en parlaient d’ailleurs comme le héros d’une vieille légende oubliée.
- Ah ! c’est bien vrai ! Sacré luron que ce personnage là ! Il aimait voir les choses en grands. Il les faisait d’ailleurs de la même ampleur. Mais les avis du peuple le concernant restent mitigés. Tandis que certains le considéraient comme un messie, bien plus ont suivi l’idéologie de Darius, par crainte des représailles sans doutes. Ce qui est sûr, c’est que Woldan a laissé ça marque sur ce monde, et sûrement au-delà.
- Je m’étonne de vous entendre louer les mérites de cet homme. Il a pourtant été tué comme un vulgaire prisonnier. Personne ne l’a vraiment pleuré depuis sa mise à mort.
- Soit plus respectueux ! grogna le vieux loup. Woldan nous à laissé bien plus que du sang. Il a toujours été une lueur d’espoir pour un bon nombre d’entre nous. Un éclat qui brille encore durant les nuits. »
Cette conversation titilla de plus en plus la curiosité du jeune garçon. Tainos resta toutefois prudent.
« J’aimerais qu’on s’en tienne là, si tu le veux bien. Me remémorer ces histoires éveille en moi de vieille blessure. »
Sa cicatrice en travers de l’œil le démangeait.
« Il n’est pas bon de vivre dans le passé. Vois plutôt au loin ; un avenir prometteur te tend les bras.
-J’en doute fort, lâcha Kaindo
- Que dis-tu ?
- C’est à cause de cette fichue prophétie », blâma le jeune garçon.
Ce qui rongeait l’esprit de Kaindo, les raisons pour lesquelles l’élève du vieux loup sombrait dans la tristesse se traduisaient en ces quelques mots. Tainos le voyait tirailler par ce fardeau qui depuis ça naissance l’écrasait.
« Je refuse de croire qu’elle peut dicter mes choix !
- Mais toi que penses-tu vraiment de tout cela ?
- Je croix que la volonté peut tout. Elle seule nous rend libre et responsable de nos propres actions.
- C’est tout en ton honneur. Dans ce cas cesse de te tracasser pour rien, rassura le vieux loup. Darius paiera pour ses crimes. Peu importe comment cela ce produira, je sais désormais que tout s’arrangera.
- Vous m’avez l’air bien sûr de vous, maître, remarqua le jeune garçon.
- Une intuition.
- Ne faite pas le malin, maître ! » s’hérissait-il.
Mais Tainos s’amusait de la situation. Ses babines soulevées par un sourire laissaient apparaître des crocs impressionnant, à faire frémir plus d’un.
« J’espère toutefois que vous dites juste, persista le jeune garçon.
- Je ne m’en fais pas pour toi. Le moment venu, tu feras non pas ce qui dois être fait, mais ce qui te semblera juste. »
Les deux vagabonds n’en dirent pas plus. Ils continuèrent leur traversée. Restant à l’écart des sentiers, ils coupèrent à travers champs et bois. Ils leur restaient peu de distances à parcourir.
« Somme-nous bientôt arrivé, maître ? interrogea le garçon.
- Soit patient, Kaindo. Le temps est un ennemi pour celui qui ne l’est pas. »
Le jeune garçon marmonna sa protestation au fond de sa gorge.
« Et oui, nous sommes arrivez.
- C’était bien la peine de me faire la morale !

La lumière du ciel commençait à s'estomper lorsqu’ils s’engagèrent dans une forêt de sapin.
Autour d’eux, un essaim de feuilles s’était échappés de leurs anciens gardiens pour aller danser en compagnie des brises et des alizés. Certaines fatiguées s’étalèrent sur le sol, qu’elles brunissaient de belles couleurs.
« Nous sommes tout proche, signala Tainos.
- Moins fort, maître. Nous allons nous faire repérer.
- Bah, il n’y a pas de soldat dans les environs. Et au pire, qu’ils viennent. je me ferais une joie d’en croquer deux ou trois.
- Un vieux croulant comme vous ne risque pas de faire de dégâts.
- Pauvre de moi ! j’ai bien eu ma vaine de trouver un élève d’une telle ingratitude.
- A votre âge ce n’est pas raisonnable, taquina Kaindo.
- Prends garde, jeune insolent ! ne sous-estime pas l’ancêtre. »
Ils continuèrent à s’engouffrer dans cette forêt tandis que les feuilles mortes craquèrent sous leurs pas.
« Vois-tu Kaindo, nous sommes tout près de la capitale, sur son flanc est. Nous allons établir un repérage des environs. L’apprentissage du terrain et des ressources ennemis demeure primordiale en temps de guerre.
- Pourquoi me l’annoncer seulement maintenant.
- Cette mission ne devait être connue que de nous deux. Il était plus prudent d’attendre pour te prévenir. Tu apprendras que, pour mener à bien une mission, il est important de la garder secrète.
- Je vois. Mais c’est étrange… »
Kaindo n’eu pas le temps de finir ses mots que déjà Tainos se retourna et bondit sur lui.
Poussé par l’animal, Kaindo chuta sur le coté et vit derrière lui, ébahis, l’assassin. Ses doigts crispés tenaient encore fermement sa dague quand Tainos le tenait déjà écrasé sous ses immenses pattes. La mâchoire fermée sur sa gorge, ses crocs avaient percé sa jugulaire. Sa proie convulsa avant de rendre son dernier souffle.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? hurla Kaindo
- Une embuscade, répondit Tainos d’une voix rauque.
- Je pensais que ces bois n’étaient pas habités. Qu’est-ce que ça veux dire ?
Un silence explosa soudainement. Kaindo se retourna et regarda Tainos au fond des yeux. Ce dernier lui sourit.
« Ça ira. Ne t’en fait pas.
- Qu’est-ce que… »
Phhhhhiuuuuu ! Trop tard. La balle siffla à l’oreille de Kaindo et se logea dans le corps du loup. L’impact fut net et fit écho dans l’air.
« Nooooooonnnnnnn !!»
Kaindo hurla de toute son âme. Son cris se retentis dans toute la contrée; une plainte effroyable remplit d’amertume, de tristesse et d’incompréhension. Encore une fois, d’autres étaient morts pour le sauver. Sous le choc, il en oublia les raisons qui l’avaient amené ici. Son esprit se perdit dans la confusion. Les arbres se mélangèrent à la nuit et tournèrent dans une spirale informe. Au fond de lui, sa part d’humanité se laissait peu à peu étouffée par un sentiment qu’il avait toujours redouté. Sa douleur était incommensurable.
Il entendit alors, au loin, un bruit étrange. L’autre tueur embusqué prenait la fuite. Instinctivement, Kaindo se releva et se lança à sa poursuite.
Les branches giflaient son visage sous sa course effrénée. Aveuglé par la colère. Il traquait sa proie. Derrière un sapin, il le vit enfin ! Sa main attrapa le manche de son arme. En un éclair, il tua la distance restante et frappa le fuyard du pommeau de son katana. Celui-ci fut littéralement projeté du sol, rossé par les branches dans son vol, pour finir encastré dans un rocher au loin, le corps brisé.
Kaindo retourna près du corps son maître. Il tomba à genoux, contemplant silencieusement le pelage du loup, désormais souillé par le pourpre de son sang. Une larme perla sur la joue de l’enfant. Kaindo pleura pour la première fois.

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Sam 16 Fév 2013 02:36 
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Salutation !

Après plusieurs semaines d’absences, voilà le chapitre 6 !

Bonne lecture ! :)


                                                                  VI

Dans une taverne, quelques années auparavant.

« Et donc tu me dis que d’où tu viens, les gens ont la particularité de se changer en loup. Mouhahaharf, c’est tordant ton histoire ! »
À la lueur d’une bougie, l’inconnu tapa de son point la table de bois, avant de prendre fièrement une gorgé de son breuvage mousseux.
« Oui, enfin c’est plus complexe que ça en à l’air. »
Son compagnon lui faisait face. Il était vêtu d’une large tunique blanche que le temps avait terni, ce qui le faisant paraitre en un vieux mendiant.
Ce compagnon allait donc continuer son récit mais le visage de l’inconnu se rembrunit soudainement. Son regard s’assombrit comme s’il avait vu la Mort, l’accueillant de son sourire glaciale dissimulée sous sa capuche noir.
« Mais attend ! ça veux dire que…
- Quoi ?
- Non, impensable… !
- Quoi ? Qu'y a-t-il !? »
Mais l’inconnu, assis dans l’ombre, n’osait exprimer sa crainte.
« …Alors...ça signifie que…t’es plein d’puces ! Mouahahah !
-Ah ! on me l’avait jamais faite celle là ! Ah ah !
Il ne leur en fallait pas plus pour se bidonner. La bonne humeur éclatait à leur table. Toutefois, les autres aux alentours les fixaient d’un mauvais œil. L’inconnu et son compagnon s’étranglaient toujours en riant.
« Eh ! Les deux lurons en capuche au fond, un peu de calme !
- Oula, pardon l’tavernier ! »
Alors les deux acolytes reprirent leur calme, laissant leurs rires s’atténuer progressivement.
- Bah ! De toute façon Tainos, ces tours de passe-passe, ce n’est pas pour moi.
- Dommage Woldan, ça t’aurait été utile.
- Penses-tu ! Mon nom suffit à faire trembler tout les nobliaux du royaume.
- Comme tu voudras. N’oublis pas toutefois que je peux faire appel à d’autres alliés sur vos terres. Vos régions sauvages en regorgent, ça nous ferait un atout majeur.
- Ouaip, par contre ça c’est toujours utile.
- Bien je prendrais mes dispositions pour aller les voir. Etant donné la tournure des évènements, je pense qu’ils auront leurs mots à dire, et leurs crocs à montrer. »
Woldan acquiesça silencieusement. Il finit son verre en signe de ponctuation et reprit d’un rire malicieux.
- Tu sais, je serais bientôt père. Malheureusement vu le temps qu’il m’est donné, je ne pourrais profiter de mon rejeton.
- Pourquoi me dis-tu ça ?
- Anticipons la chose mon ami ! S’il m’arrivait une broutille, je voudrais que tu t’occupe de lui.
- Ah ! Tu la joues dans le sentimental maintenant ? »
Tainos attendais un quelconque changement de la part de Woldan mais il n’en fit rien. Malgré son sourire, ses traits restaient fermes.
« On peut dire ça, rétorqua-t-il d’un sourire farceur.
-Attend, que veux-tu dire par là ?
- Tu connais le mal qui me ronge. Il est temps de faire mon baroud d’honneur. »
Tainos semblait désagréablement surpris. Il connaissait suffisamment Woldan. En regardant dans les yeux noirs de son compagnon, il avait rapidement compris qu’aucun autres arguments ne lui ferraient changer d’avis.
« C’est d’accord, je veillerais sur lui.
- Ne t’inquiète pas vieille branche ! On se retrouvera en haut.
- Pfff, toujours aussi sordide. Tu ne me rassures pas en disant ça.
- Je vais tirer ma révérence en beauté !
- Comment ? »
La flamme de la bougie s’agita sur son pilier de cire.
« J’ai échafaudé un plan. Tu m’en diras des nouvelles… »

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Mer 13 Mar 2013 00:51 
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Bidonsoir !

L’histoire continue avec le chapitre 7 !

Bonne lecture ! :D

                                                                  VII


De retour au présent, dans le campement où se préparait la révolte.

Un épais brouillard envahissait les vastes plaines.
Plus rien ne se distinguait à quelques mètres de soi. Un ours n’aurait pas même vu le bout de sa truffe dans cette épaisse fumée blanche. Ces terres autrefois resplendissantes de couleurs s’étaient changées, le temps d’une nuit, en un monde spectrale et froid. Mélangé au silence glacial, un parfum funeste dominait les alentours et emprisonnait quiconque osait s’aventurer. Mais un homme sur son destrier n’avait nul besoin de voir devant lui pour connaitre sa route. Il eu vite fait de retrouver le campement dans cette brume épaisse. Il passa sous le regard vigilant des sentinelles, puis descendit enfin de sa monture. Sans plus attendre il se dirigea vers la plus grande tente dressée au centre du campement. Il salua les gardes d’un geste solennel mais ces derniers lui bloquèrent le passage.
« Holà, on ne passe pas étranger ! lança l’un des deux gardes.
- Alors, vous ne reconnaissait pas votre général, soldat ?
- Oh…pardonnez-moi général Heldun…je n’ai pas…
- La purée de pois qui nous entoure ne vous empêche pas d’ouvrir les yeux ! Votre vigilance est preuve de bonne volonté, soldat, mais sachez reconnaître vos ennemis de vos supérieurs. »
Les deux gardes s’écartèrent de l’entrée. Le général s’y introduisit en écartant les rideaux d’un revers de la main. À l’intérieur, Kaindo méditait sur les évènements à suivre. Penché sur une large table ronde, il scrutait la carte du royaume d’un œil assidu.
« Général au rapport, prince Kaindo.
- Ah ! Heldun. Des nouvelles du port ?
- J’y viens à l’instant. Les quais sont assurés ; nul n’a entendu parler d’un soutient d’autres royaumes. D’après nos éclaireurs, l’ennemi n’attendra aucune aide extérieur.
- Bien. Darius croit son armée invincible. Son orgueil est sans limites. Cela le perdra.
- Toutefois nos effectifs restent inférieurs aux siens. Malgré nos efforts, nous ne dépassons pas la moitié de leurs nombres. Aussi leur puissance de feu s’est vite développée durant ces derniers mois.
- Je vois. Et quand est-il du recrutement ? Il reste encore beaucoup d’hommes dans les autres contrées. Combien ont répondu à notre cause ?
- C’est justement sur ce plan que nous rencontrons le plus d’ennuis. Si les soldats de Darius ne menacent pas les villageois avant notre arrivée, ils tuent de sang froid ceux qui se sont déjà ralliés à nos cotés. Les paysans commencent à craindre pour leurs vie. Nous n’arrivons plus facilement à les convaincre. »
Kaindo n’avait pas quitté la carte des yeux et semblait indifférent de toutes présences à ses côtés, de chaque mot qui lui étaient adressés. Son allure apathique pouvait en tromper plus d’un mais Heldun, lui, voyait au-delà des apparences. C’était un vétéran. Son expérience du combat avait fortifiée son pragmatisme et son moral d’acier. Qui plus est, il avait toujours su conserver en lui cette humanité qui lui conférait une forme de sagesse et de lucidité. Il savait reconnaitre la valeur d’un homme aux creux de ses yeux. Et dans ceux de Kaindo, il y percevait encore une ardeur infinie mélangée à une profonde douleur. Debout à ses cotés, il savait que son prince avait saisi la moindre de ses paroles.
« Dans ce cas, n’insistons pas d’avantage, répondit Kaindo d’une voix réservée. Nous n’allons pas faire courir plus de risques au peuple.
- J’ais toutefois une bonne nouvelle, prince ; un groupe de déserteur s’est rallié à notre cause. Ils sont bien peu, il faut l’admettre, mais savent manier la lame.
- Parfait, je pense que cela suffira. Tu enverras un message aux troupes afin qu’ils cessent les sollicitations.
- Déjà ? Mais Prince Kaindo, vous n’ignorez pas que nos rangs se composent essentiellement de paysans. Ils ne feront pas long feu face à l’ennemi.
- Allons, Heldun. Douterais-tu de tes capacités de commandant ?
Mais le général répondit fièrement :
« Confiez-moi une poignée de rustres, jeune prince, et j’en ferai un bataillon de combattants près à en découdre.
- Je n’en doute pas, Heldun, répondit-il d’un ton amical. »
Heldun acquiesça d’un signe de tête, indiquant qu’il accomplirait l’ordre de son prince. Mais il resta toutefois perplexe.
« Ne t’en fait pas, confia Kaindo. L’ennemi sait se battre, mais nous possédons une chose qu’il n’a pas.
- Je vous fais confiance, jeune prince. J’ai combattu toute ma vie pour défendre les valeurs de ce royaume. Je compte bien leur rendre hommage en combattant à vos cotés.
- Ta loyauté est s’en pareille Heldun, mais s’il te plait, évite de me nommer prince. Ça me dérange.
- Mon respect vous est légitime, mais si cela vous convient mieux.
Un sourire d’estime glissa sur les lèvres de Kaindo.
« La bravoure ne se montre pas dans nos paroles, mais dans nos actes. Sur ce, veux-tu bien faire venir Bramar, il devrait être revenu de mission et j’ais à lui parler.
- Je m’en vais le chercher. »
Le général disparu derrière la tente pour réapparaître peu de temps après en compagnie du conseiller.
« Tu peux disposez Heldun, merci.
Le général lança un dernier regard sur Kaindo et Bramar avant de sortir respectueusement.
« Prince Kaindo, Comment allez-vous ? demanda Bramar d’un sourire bienveillant.
- je ne me porte pas trop mal, acquiesça le garçon.
- Je m’en réjouis, prince. D’ailleurs je vous apporte d’excellente nouvelles qui je l’espère vous égaillerons d’avantage ; je reviens des villages de la côte Nord et les hommes se sont en grande partie rejoint à nos rangs. J’ai eu, ma foi, quelques difficultés à les convaincre – le langage n’est pas vraiment ce qui les caractérise, si vous voulez mon avis. Mais j’ai su employer de mes meilleurs arguments pour les persuader de nos engagements. À vrai dire, je ne m’en suis pas trop mal sorti. Mes hommes viennent de revenir avec les nouvelles recrues. Je les ai envoyés à l’armurerie, pour ne pas perdre de temps.
- Parfait. J’ai d’ailleurs fait passer l’ordre aux troupes extérieures de revenir au campement.
Nous regroupons tous le monde. Lorsque nous serons au complet, nous partirons.
- Enfin ! Ah prince Kaindo, cela est un grand moment pour vous. Vous en êtes conscient n’est-ce pas ? Depuis le moment où Tainos vous a sauvé de cette sombre forêt, vous n’avez cessé de m’impressionner pour finir en cet instant, devant moi, en un prince rayonnant. Je n’aurais pas rêvé mieux. »
Bramar s’était approché de Kaindo, ses mains posées sur les épaules du jeune garçon, son regard évoquait la compassion d’un père bienveillant, soutenu par un grand sourire. Il continua ses compliments.
« Vous vous en doutez, Tainos aurait été fière de vous. Je sais que vous lui ferrez honneur.
- Je respecterais sa mémoire, en effet.
- Parfait. Sur ce, je vous pris de m’excuser mais je n’ai eu le temps de passer sous ma tente. Je dois régler quelque affaire urgente ; des réunions et autres signature bien ennuyeuse en vérité », avoua-il en riant.
Le dos tourné, il s’apprêta à quitter Kaindo avant que ce dernier ne l’interpelle.
- Bramar, j’avais toutefois une question à vous poser ?
- Tout ce que vous voudrez jeune prince.
- Combien Darius t’a-t-il payé pour avoir tué Tainos ? »
Bramar s’était figé sur place, avant de se retourner d’un seul mouvement. Il regarda le garçon une dernière fois de son visage débonnaire avant que celui-ci ne se transforme peu à peu, pour finalement découvrir, dans une contorsion de ses rides, ce à quoi il ressemblait vraiment. Kaindo eu juste eu le temps d’apercevoir un poignard sortir de la manche avant que cette horrible menace ne se rua sur lui. Bramar avait abandonné toutes les convenances de son rang, pour n’être plus qu’une créature enragée, dictée par la folie et la peur.
Mais le temps de réaction de Kaindo étant sans conteste bien plus rapide, et mêlé à sa vigilance naturelle, il désarma son ennemi avec l’extrémité de son daishô, depuis bien longtemps dégainé. Cette situation lui était familière. Bramar s’étala par terre, et agita piteusement ses membres et recula sous la lame de Kaindo, pointée entre ses deux yeux noirs.
« Prince Kaindo ! Ayez pitié, épargner-moi ! gémit Bramar.
- Ne parle pas traître ! Comment oses- tu me demander ça ? Pense tu que t’a vie à plus de valeurs que celle de mon maitre ? ! »
Le tapage avait alerté Heldun, qui en réalité n’était pas parti bien loin. Il se pressa sous la tente et assista à la scène sans dire mot. Il comprit la situation suffisamment vite pour dégainer lui aussi son arme qu’il pointa sur une masse noire et informe, avachi sur le sol dans une position de soumission qui inspirait l’écœurement. Il devait admettre qu’au premier coup d’œil, il n’avait reconnu l’ancien conseiller. Cet être répugnant avait joué son rôle dans une perfection presque effrayante. Seul Kaindo avait décelé la supercherie.
- Je n’y suis pour rien, cracha Bramar. Darius m’y a obligé. Il a menacé de tuer ma femme et mes enfants si je n’exécutais pas ses ordres. Cela fait des années qu’il les retient prisonnier. Je n’ais agit que pour eux, mon bon prince ! vous devez me croire.
- Tu n’a aucune famille, vile serpent ! Tuons-le, proposa Heldun. Il ne mérite pas de vivre.
- Non. Ne gaspillons pas plus de temps avec lui. Envoyons le au cachot, et tachons de le surveiller par des hommes de confiance.
- Vous êtes bien bon, Prince, bien bon.
- Ferme-là, fourbe ! Lança Heldun, ou je me ferais un plaisir de couper cette langue fourchue. Gardes !
Le général appela les deux gardes mais un seul arriva.
« Où est ton compagnon ? demanda Heldun.
- Je l’ignore, affirma le soldat. Il vient de partir.
- Bon, qu’importe. Appelles-en d’autres ; qu’ils viennent emmener ce traître au fond du trou, et qu’il y moisisse. Aussi, mettez-y la meilleure surveillance possible. Je veux des tours de gardes toutes les demi-heures. Et aucune somnolence ne sera tolérée.
- Compris général ! »
Le soldat revint aussi vite qu’il était parti, accompagné cette fois d’une dizaine d’hommes ; ils emmenèrent Bramar d’un œil vigilant, laissant la tente de Kaindo dans un silence inquiétant.
« Bon sang ! s’exclama Heldun. Il aurait pu rejoindre Darius sans que nous nous en doutions. Ils auraient pu l’informer de nos plans d’attaque ! Nous avons eu une sacrée veine ! Mais vous n’auriez pas du lui laisser la vie sauve, Kaindo. »
- C’est également ce qu’aurait pensé Darius, s’il imaginait son plan échoué.
- Vous étiez donc au courant ?
D’un point de vue moral, Kaindo se devait d’expliquer sa décision.
- Oui. J’ai choisi de le gardé pour moi car…
- Ne vous justifiez pas Kaindo. Vous aviez bien fait de ne pas m’en avoir parlé. Vous l’avez remarquez, en temps de guerre, la confiance est un luxe que nous ne pouvons nous offrir.
- Merci de ta compréhension mais, quand même, ne soit pas si défaitiste. A mon humble avis il me semble que nous pouvons profiter de cet avantage, tu ne crois pas ?
- Que voulez vous dire par là ? Mais, où allez-vous ?
- Le temps est propice pour une longue marche en pleine nature. Je ne serais pas long. Avant que je revienne, tiens les hommes prêts. Lorsque la nuit sera pleine, nous partirons.
-Entendu, lança Heldun. Mais soyez prudent.
« J’espère qu’il sait ce qu’il fait », se disait-il soucieux à l’égard du jeune garçon.
« Rassure-toi Heldun, nous allons prendre ce vieux Darius à son propre jeu. »

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MessagePosté: Dim 12 Mai 2013 00:12 
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Hello !

Après une longue absence, je reviens accompagné du chapitre 8 ! :)

Bonne lecture. XD

                                                        VIII


Il neigeait.
Chaque flocon glissait du ciel pour venir se poser délicatement sur le grand espace vert. C'était comme si la nature se parait de son épais manteau blanc, dans une vision d’une beauté sans égale. Il semblait que les nuages se décomposaient dans les cieux pour établir sur terre un paradis d’une pureté glaciale. Même le silence régnait dans l’air, comme pour sublimer la magie de l’instant. Et ce spectacle, aussi triste qu’éblouissant, éveillât dans l’âme de Kaindo le souvenir de sa mélancolie.

Comme convenu, le garçon était revenu. Avec lui et Heldun, tous les révoltés arrivèrent au lieu fatidique, une vaste colline qui surplombait la cité mère du royaume. Kaindo monta sur un rocher. Debout et seul sur son socle de pierre, il balaya de son regard profond la foule qui lui faisait face. Un millier d’hommes la composaient, tous aux mines abattues et tous tremblant de leurs membres courbaturés, les mâchoires claquant sous l’emprise du froid et de la peur.

« Peuple d’Halion ! Je sais que beaucoup d’entre vous pleurent encore la mort de notre maître. Je serais égoïste si j’affirmais qu’il ma uniquement sauvé et qu’il a compté seulement dans ma courte vie. Tainos n’était pas seulement un père pour moi mais un père pour chacun d’entre nous. Sa perte a creusé en moi comme en vous une blessure profonde qui ne se refermera pas sous le baume des années. Mais je vous préviens aussi, le temps n’est plus aux larmes et aux lamentations. L’apitoiement n’est pas la solution à nos problèmes et n’amènera à rien. Si nous gardons la tête haute, nous verrons clairement la raison de notre affliction. En restant lucide, nous comprendrons que la sombre cause de nos malheurs ne porte qu’un seul nom : Darius. »

Les hommes, qui pour la plupart n’étaient vêtus que de haillons et de plastrons de cuir rapiécés, luttaient comme ils le pouvaient contre ce temps hivernal. Les flocons ruisselaient sur leur peau et se mêlèrent à la crasse de leur visage. Parfois même, des larmes se joignaient à ce mélange noir et froid.
Kaindo continua.

« Souvent, les actes en disent plus que les mots, mais quand je vois ce soi-disant roi calfeutré dans sa tour, un seul me vient à l’esprit : Lâcheté. En vérité Darius n’a que faire de vous. Il est celui qui s’était prétendu roi de ce pays et bienfaiteur de son peuple mais incarne en vérité le désespoir et la mort à lui tous seul. Il est celui qui, depuis trop longtemps, empoisonne vos vies, répandant la désolation sur la terre que vous chérissez plus que tout. Depuis trop longtemps, déjà, il ose montrer son visage au peuple qu’il opprime, n’ayant jamais connu la compassion et n’éprouvant aucun regret pour ces ambitions despotiques. Il vous a enseveli dans la misère et vous tue à la tâche. Je ne saurais trouver les mots pour décrire mes sentiments face à toute cette injustice. Mais je peux clamer hauts et forts que cela doit cesser à n’importe qu’elle prix ! »

Si Kaindo avait réfléchi à la façon dont il allait poursuivre son discours, il l’oublia comme on jette au feu un manuscrit sur lequel est préservée notre assurance et qui finalement nous apparait dérisoire. Il avait parlé sous l’œil bienveillant de la raison, désormais son cœur guiderait sa parole.

« Écoutez-moi ! Parmi toutes les cruautés que vous avez subies, l’une d’entre elle me touche et me révulse particulièrement. Dans la cellule de la servitude, Darius a su vous faire oublier le concept qui vous définissait en tant qu’Homme. Il vous a dérobé la chose qui comptait le plus dans vos vies, cette richesse que l’on nomme liberté ! Certain d’entre vous ne peuvent même se rappeler la saveur qu’elle avait ni la joie qu’elle procurait. Mais pour ma part, son souvenir ne s’est pas estompé dans ma mémoire. La liberté est toute proche, et je peux la sentir qui s’impatiente que l’on vienne la chercher. Derrière ses murs, la tyrannie la tient enfermées sous ses serres acérées. Entendez-vous son appel ? »

La foule était frappée de mutisme mais Kaindo n’attendait pas de réponse à cette question rhétorique. Du moins pas oralement car il eu quand même en réaction de ses paroles, l’attention d’un millier de ses confrères qui buvaient le moindre de ses mots. Et cela lui fit prendre conscience que son discours n’était pas vain.

« Je ne vous mentirais pas ; beaucoup d’entre vous tomberons ce soir. Ce sera sûrement le dernier combat pour certain et je conçois que vous tous partagez cette peur de la mort. Je la ressens aussi. Mais je ne vous dirais pas de l’ignorer. Au contraire, apprenez à la craindre car elle vous rappellera à quel point la vie mérite que l’on se batte pour elle ! Rien de grand en ce bas monde ne s’obtient sans douleur. Mais je vous promets, mes frères, qu’un nouveau jour s’offrira à vous. Celui-ci sera plus beau et quand vous verrez la paix paraitre dans les yeux de vos fils, vous vous direz dans un sourire que cela valait la peine de combattre. Cette opportunité, elle vous est offerte ce soir ! Ne la laissez pas passer ! »

Etrangement, les hommes n’avaient plus froid. Le manteau de glace qui les paralysaient avaient fondu sous la brulante ardeur que leur inspiraient ces paroles. Et le silence commençait lentement à s’évaporer au rythme d’un son sourd et puissant, d’une musique lourde et entrainante ; le battement d’un millier de cœur résonnait dans la nuit comme une armada de tambour battant, annonçant les prémices du sang versé et des boucliers fracassés.

« Croyez en vous ! Pensez à ceux que vous chérissez, à ceux que vous voulez protégez ! Dégainez l’optimisme qui vous sert d’épée et brandissez-la au dessus de l’ennemi ! Faites trembler ces terres et par delà même faites écrouler les fondements de la tyrannie ! L’espoir n’est pas mort ! Pas encore ! Un seul obstacle vous en sépare, franchissez le ensemble ! »

Et sans prévenir quelqu’un se décida : « Allons bravez la mort ! » hurla une voix dans la multitude. Les plus proches chercha autour d’eux par curiosité et en trouva l’origine : Au milieu de la foule, un jeune garçon, un enfant en toute honnêteté, qui ne dépassait pas même encore les jambes d’un adulte, était bien la source d’où était provenu ce cri plein d’innocence et de courage. Et c’était d’ailleurs cette fermeté de cœur qui se dessinait sur son visage, esquissant avec talent un large sourire et de grands yeux écarquillés. Touché par ce personnage, un homme à ses cotés répéta ses paroles. « Allons bravez la mort !» hurla-t-il à son tour. Puis finalement cette exclamation se rependit sur toutes les lèvres et se répéta comme un écho. « Allons bravez la mort ! Allons bravez la mort !...»

Une clameur sans précédente recouvrit toute la masse et se propagea dans la nature du soir. C’était la voix de la bravoure qui se réveillait alors ! La colline de révoltés qui auparavant était restée statique, s’agita furieusement au rythme de son propre hurlement. Des lames se dressèrent parmi les tètes, les drapeaux dansaient avec le vent dans une fureur joyeuse. Des poings tendus accompagnaient cette huée. Ce fut comme une marée immense s’agitant sous la tempête.

Kaindo les avait galvanisés. Son éloquence avait su les toucher. Il jugea alors le moment opportun et lança un léger signe de tête à Heldun. Ce dernier le reçu et, de même, fit un geste à l’un des guerriers commis sergent ; celui-ci souffla alors dans sa corne et lança l’appel de soutien.

Au loin, la forêt s’agita dans un craquement, les cimes des arbres oscillaient et laissaient s’envoler les derniers passereaux perchés. Une immense meute de loup sortit des derniers conifères. Et dans leur course, ces bêtes noires laissaient une large traînée sur leur passage, balayant la neige dans un nuage de poudreuse blanche. Les derniers hommes qui délimitaient la foule s’apeuraient de cette brusque apparition. Mais ils se rendirent vite compte qu’ils n’auraient rien à craindre ; les loups du royaume seront leur alliées durant cette bataille. Car il était important de se souvenir que le peuple qui vit sur Halion ne se limite pas seulement à la race des hommes et s’accorde bien entendu avec d’autres espèces ; et que tous ces êtres, quels qu’ils soient, avaient ainsi le droit légitime de protéger leur patrie.
Enfin, Kaindo sortit son katana et le pointa au ciel.

« Je vous fais la promesse, mes frères, que le cri de votre délivrance retentira ce soir ! »

Il se retourna, les révoltés désormais derrière lui.
Ils faisaient face ensemble à l’armée de Darius, qui couronnait l’enceinte de la cité en un rempart de soldats. Ils étaient accoutrés de leur lourde et pimpante armure, sur laquelle s’illustrait l’effigie du tyran qu’ils servaient tous aveuglement. Des dizaines de milliers se tenaient là, bien plus que les révolutionnaires n’en comptaient. Cette vision même aurait suffit à donner le vertige.

« Si nous avons peur de noir, rappelons-nous que la nuit la plus sombre précède toujours l’aube ». C’était l’une des paroles que m’adressa Tainos, un jour de pluie. Peuple d’Halion ! Mes frères ! Vous êtes les dignes fils du loup ! Ne ternissons pas sa mémoire ! Honorons-le ! Ne montrer pas une once de pitié car votre ennemi n’en aura pas pour vous. »

Un dernier échange de regard, puis un dernier souffle et une dernière parole.

« Que vos enfants se souviennent à jamais de cet instant, de ce moment où vous vous êtes battu pour votre liberté, et où vous l’avez conquise ! Peuple d’Halion, mes frères, aux armes ! À l’aube, nous serrons libres ! »

Ils étaient prêts ! Toute la foule descendit la colline blanche dans une course effrénée. Les loups dépassèrent rapidement le corps d’homme par leurs larges foulés. La distance qui les séparait de l’armée adverse diminuait sous l’appétit de leurs deux jambes et de leur quatres pattes. Si une quelconque personne avait surgit entre ces deux marrées humaines, l’une pauvre et poussée par l’espoir, l’autre riche et dictée par l’allégeance, elle n’aurait aperçu, en peu de temps pour la méditer, que l’image d’une large étendue blanche qui rapidement devenait route, chemin, couloir, et fil de soie. Les premières lames se heurtèrent et l’avait rompu, les souffles expièrent et s’étaient déjà perdu. Le premier flot de sang se répandit sur la neige.

« N’oubliez pas la cause pour laquelle vous vous battez. »

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Sam 1 Juin 2013 00:21 
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Et voilà le chapitre 9 !

Il est plutôt long, certes, mais n'en reste pas moins intense ! XD

Ne soyez pas timide et lâchez vos com' !

Bonne lecture !!!

                                                                      IX


Dans l’antre de la citadelle, un lieu demeurait étrange et inquiétant.
À l’époque où les premiers rois régnaient encore, la salle du trône resplendissait d’une blancheur divine et savait refléter la grandeur de l’être humain. Le talent manuel de l’homme mêlé à l’ambition infinie de son imagination s’était exprimé dans cette glorieuse architecture. Mais voilà que depuis peu, l’atmosphère se faisait plus pesante, plus asphyxiante; la lumière n’était plus la bienvenue dans ce lieu désormais maudit. Chacun des vitraux qui éventraient les murs avait été sauvagement occulté, détérioré, oublié. Comme la main de la censure qui ferme la bouche au poète, d’épais voiles noirs obstruaient tous rayons.
Tandis que les bas côtés et l’arrière demeuraient dans une obscurité profonde et insondable, les seuls éléments qui offraient un minimum de distinction restaient les quelques chandeliers formées en allée entre l’entrée et le milieu de la salle. Et quand bien même pensions-nous recevoir de cette unique source de lumière un tant soit peu de chaleur que nous étions bien loin de la vérité ; les flammes étaient d’un bleu aveuglant et étalaient sur les murs comme sur le sol marbré une couleur morbide. En partant de la voûte, située à une hauteur vertigineuse, les draperies violacées et bordées de dorures se laissaient glisser sur les parois d’imposants piliers, ces colonnes de pierres qui semblaient avoir été façonnées par les titans.
En tout et pour tout, un jeu d’ombres et de lumières se laissait peindre ici ; et si une partie n’offrait finalement qu’une crainte livide, d’autres étaient propices à la dissimulation. Aussi, dans cette atmosphère lugubre et démoniaque, une présence troubla le silence du lieu, celle d’un être et de son reflet.
Darius était là.
Debout devant son miroir, il semblait apprécier ce qu’il y voyait. Son habit royal sur les épaules, il s’essayait à diverses poses héroïques, travaillant sa gestuel et l’intonation de sa voie. Son apparition publique allait arriver sous peu, il se devait donc d’incarner à la perfection la toute-puissance et l’autorité. Ainsi donnait-il de l’importance à ses préparatifs. Ces moments devant la foule, il les chérissait et les attendait toujours avec une grande impatience. Mais qu’on ne s’y trompe pas ; Darius allait à la rencontre de son peuple simplement parce que cela le flattait. En vérité, il se délectait du sentiment qui habitait les milliers de regards à son passage : une sorte de crainte mêlée d’idolâtrie. Ces événements dont il était le centre d’intérêt lui procuraient un doux plaisir de satisfaction. Cela nourrissait son égo qui, d’une faim insatiable, ne serait jamais rassasié et réclamerait jusqu’au tréfonds des enfers, sa dose d’adoration. Ainsi Darius se trouvait là, protégé derrière les murs de son château, appréciant avidement ce moment de solitude avec lui-même, jusqu'à ce qu’un bruit qu’il n’espérait pas de sitôt vint le sortir de sa douce extase.

Les deux portes massives s’entrouvrirent dans un grondement sourd et laissa apparaitre un vieil homme, d’un aspect frêle et blafard. Celui-ci sembla ne pas oser entrer au premier abord, mais après avoir balayé la salle d’un regard, et, jugeant que l’angoisse que cette salle lui procurait ne valait pas celle que le roi lui inspirait, son choix fut vite fait et sans plus attendre, il avança et referma l’entrebâillement. Sa démarche était piteuse et lente, quoiqu’il semblait à cet instant accélérer le pas. À le voir dans l’immensité de la salle, il ne semblait pas bien grand ; son corps était tassé sur lui-même car des années d’asservissement lui avait fait plier l’échine et le moral. Sans son noble habit, on n’aurait vu de lui qu’un simple mendiant. Un regard emplit de fatigue et de tristesse assombrissait son visage déjà suffisamment marqué par le temps. Mais on pouvait toutefois distinguer au creux de ses pupilles le faible éclat d’un esprit autrefois brillant.
Arrivé à une distance suffisante du roi, il réussi à se pencher plus qu’il ne l’était déjà, et dans son geste révérencieux, osa enfin ouvrir la bouche.

« Seigneur Darius, pardonnez mon intrusion si prématurée. Je m’en viens me recueillir devant vous et vous informer sur l’évolution des événements qui se déroulent à cet instant aux portes de votre cité ».
Il parla d’une voix grave mêlée d’une belle expression, ce qui contrastait étonnement avec toute sa physionomie.
« Et bien ? Continue.»
C’est à peine si le roi avait daigné lui jeter un regard. Sa rayonnante personne qui se reflétait devant ses yeux lui absorbait bien trop l’esprit.
« Je vous annonce qu’un petit nombre des troupes ennemies s’est vu fuir le champ de bataille. Mais le temps et l’obscurité ne nous ont permis de voir où. Aussi…
- Bah ! Cela ne m’étonne pas ! coupa Darius. Ils ont dû se rendre compte de la suprématie de mon armée. Qu’ils aillent se carapater où bon ils souhaitent, ils ne m’échapperont pas.
…Aussi, reprit le vieillard, nous avons perdus de vue le chef des révoltés, Kaindo comme il se fait nommer. Certains l’auraient aperçu fuir avec la troupe tandis que d’autres l’auraient vu s’écrouler et périr dans la neige. »
Cette fois, Darius tourna son regard sur son serviteur, qui s’empressa alors de baisser le sien.
Il avança de quelques pas, ce qui permit au vieil homme de distinguer, non sans une certaine tension, l’effrayante physionomie de son maître. Le sinistre éclairage dévoila les traits de son visage et lui donnait une teinte aussi pâle que celle d’un crâne humain.
« Kaindo est donc mort ? répondit le roi, dont ses lèvres fines trahissaient un enthousiasme naissant.
- Heu…et bien…comme je vous l’ai dit, seigneur Darius, ce ne sont que des suppositions. Et puis d’ailleurs…
- Magnifique ! S’empressa de couper le roi, qui, de son oreille égoïste, ne semblait entendre que ce qu’il voulait savoir. À vrai dire, je commençais à me fatiguer de toute cette histoire. Mais, il faut l’admettre, cela est ironique ! Un enfant à la tête de paysans en colère s’en allant protester contre moi, leur roi ! C’est à peine croyable, ne trouves-tu pas, Bloton ? Osez mordre la main de celui qui les nourrit. Je m’en irais bien les punir de l’affront qu’ils osent faire à leur maître ! Ah ! désormais l’enfant n’est plus qu’un corps gisant. Cela à du tuer le moral de ces pleutres. Mon armée n’aura plus qu’à les finir. Toutefois, fais en sorte qu’on en épargne quelques uns. Leur punition sera la torture. Et puis tu en garderas aussi pour remplir les cachots. Cela calmera leur ardeur.
- Hélas, mon seigneur, c’est justement ce que je m’apprêtais à vous annoncer. En réalité, nous sommes bien loin de la victoire escomptée.
-Que veux-tu dire ?
- Ils demeurent en sous-nombre, reprit Bloton, mais ils n’abandonnent pas. Malgré la disparition de leur chef, les paysans combattent toujours. »
Darius resta muet quelques secondes puis laissa finalement apparaitre un sourire au coin des lèvres.
« Ne sois pas défaitiste, mon bon Bloton. Mon armée aura vite fait de mater cette révolte.
- Sire, d’après la tournure des événements, j’ai bien peur que cette révolte comme vous dites, ne prennent des allures de révolution. »
Darius se rembrunit soudainement.
Il émit un grognement et un nuage noir passa sur son front. Il se retourna laissant le bas de sa cape glisser sur le tapis rouge puis s’approcha de son trône. Celui-ci était positionné sur un socle circulaire qui lui-même se trouvait, avec la plus infime précision, au centre de la vaste salle. Aussi, ce trône était de marbre, à la fois lisse et glaciale et dont on pouvait déduire d’un regard toute sa solidité. Sa couleur blanche immaculé lui donnait une ressemblance à l’ivoire. Il avait été autrefois considéré par la cour comme le piédestal sur lequel les anciens maîtres des lieux s’érigeaient pour incarner honorablement la paix et la prospérité. Mais depuis l’instant où a débuté ce récit, le siège des rois avait porté malgré lui, de biens sombres idéaux.
Darius s’approcha donc de son trône qu’il ne quittait jamais vraiment, et vint s’y affaisser avec un ample mouvement de pédanterie. Mais dans ce mouvement apparut furtivement l’ombre d’un frémissement, que l’œil de Bloton avait juste eu le temps d’apercevoir. Dans sa nouvelle position, Darius gardait ses deux yeux fixés sur le corps tremblant de son serviteur.
« Pourquoi les juges ne sont-ils pas là ? » demanda-t-il d’une voix plus grave et plus posée. Et dans cette question il était clair que le roi désirait fermement lancer la conversation sur un autre sujet.
« Ah ! Oui, les juges. Et bien la réponse vous semblera familière car, en effet, elle est identique à celle concernant Kaindo et sa troupe.
- Soit plus clair, Pardieu !
- Nous avons perdu leur trace, Seigneur. On a dû les prévenir des événements du front en même temps que je l’ai été. Mais en vu des circonstances, ceux-là ont préféré se cacher dans le château. »
Darius ne dis mots tandis que son regard s’assombrissait de plus en plus.
« Vous savez bien ce qu’ils craignent, seigneur, continua Bloton qui avait prit le silence de son maître comme une regrettable incompréhension. Enfin, sachant que cela vous concerne directement, vous savez mieux que nous à quel point le sujet marque encore les esprits; cette histoire de prophétie se retrouve sur toutes les bouches…
« Assez ! » Hurla Darius. Il semblait avoir été pris de folie et lorsqu’il se vit légèrement levé de son trône, il se rassit délicatement et passa sa main sur sa tête pour recoiffer en arrière sa noire et soyeuse crinière.
« Si tu admets que j’en sais mieux que quiconque sur le sujet, pourquoi diable ne cesses-tu pas de me le rappeler ? Mais la question n’est pas là. Je me rappelle parfaitement cette histoire de…prophétie, reprit-il d’une voie douce et amère. Et je te le répète, ce ne sont que des fantaisies. Oublis-les, cela vaudra mieux. Quand à ces couards poussiéreux qui osent se faire appeler juges, je me contrefiche de savoir où ils se terrent. Tu vas me faire le plaisir de les retrouver et de les faire venir à moi.
-C’est que, monseigneur, ils sont vraiment bien cachés.
- Mais je ne suis entouré que d’incapable, ma parole ! Dois-je prendre ta phrase comme une contestation de mon ordre ?
- Que nenni ! Je vous pris d’accepter milles de mes excuses, Darius. Je vais…
-Comment ?!
- Je veux dire, Seigneur ! se précipita-t-il de corriger. Seigneur Darius ! »
Sa fatale omission, il le savait pour en avoir eu l’expérience de vue, aurait pu lui coûter la vie, ou pire, l’aurait envoyé tout droit en séance de torture ce qui, à son humble avis, lui aurait fait préférer la première option !
« Rappelle-toi à qui tu t’adresse Bloton ! Je ne supporte pas que l’on oublis mon titre ! Maintenant hors de ma vue ! Et si tu reviens sans avoir parfaitement appliquer mes ordres, tu sais ce qui t’attendras ! »
En effet, Bloton savait parfaitement ce qui pouvait l’attendre, et Darius le comprit lorsqu’il le vit masser sa gorge de sa main. Le serviteur s’empressa donc de saluer respectueusement son roi et se retourna en clopinant sans dire mot jusqu’à la porte qu’il ouvrit et fermât si vite qu’il lui semblait avoir esquivé, d’une mèche blanche de sa tignasse, la colère de Satan lui-même.
Alors le roi se trouva de nouveau seul, du moins, tel était ce qu’il croyait. Il s’exaspérait d’avoir à son service des sous-fifres de piètres qualités.
« C’est dire la difficulté à trouver des gens qui obéissent convenablement » pensa-t-il sévèrement.
Toutefois Darius n’était pas du genre à laisser un problème s’étaler trop longtemps. Il comptait bien y remédier après avoir résolu, comme il appréciait l’appeler, cette « courte agitation civile ». Tout en y pensant, il chercha sa couronne et vit qu’il l’avait laissé près du miroir, disposée sur son coussin rouge. Il se leva donc et alla la récupérer. De retour sur le trône, la couronne entre ses deux mains, il s’y regarda narcissiquement avant de la disposer sur sa tête dans un plaisir d’exaltation.
C’est alors qu’une sueur froide lui glaça le dos.
Kaindo surgi de l’ombre d’un pilier et, le regard plein de résolution, son daishô avec lui, avança vers son ennemi.
Cette apparition, il faut l’admettre, avait déconcerté Darius. Mais ce dernier ne manquait toutefois pas d’intelligence pour laissait transparaitre son étonnement aussi facilement. En roi de la ruse et de la fourberie, il avait vite revêtu son masque et jouer l’assurance.
« Hahaha ! Quelle surprise ! Voilà donc le fameux garçon en personne.
- Tais-toi ! lança Kaindo. »
Sur ses mots il dégaina son katana tout en laissant son wakizashi accroché à sa ceinture. À quelques mètres de lui, il leva son bras armé et pointa la lame entre les deux yeux de son ennemi.
« Je t’aurais déjà percé le cœur si tu en avais un ! Continua-t-il. Je ne suis pas ici pour dialoguer avec toi mais pour mettre un terme à cette folie.
- Allons, allons, ne sois pas si rétif, Kaindo. Je dois l’admettre, je suis fortement étonné de te voir ici. Mes hommes m’avaient prévenu que tu étais soi mort soi en fuite. Mais te voilà devant moi, déterminé comme jamais. Et puis quelle entrée fracassante ! »
Le ton sarcastique de sa voix s’accompagnait parfaitement de son faux sourire.
« C’est fini, Darius, reprit plus calmement Kaindo. Si tes renseignements se sont avérés vrais, tu sais alors que j’ai ramené avec moi un groupe d’homme. Au moment où je te parle, ils ont déjà infiltré la citadelle et libérer ceux que tu avais enfermés. Ça ne leur prendra pas beaucoup de temps sachant que toute ta garde à été envoyée au front. Je savais bien que ton assurance te perdrait.
- Les prisonniers ? Mais que feras-tu après les avoir libéré ? Comment comptes-tu sortir d’ici tandis que toute mon armée garde l’entrée ?
- En vérité tu aimerais savoir comment je m’y suis pris pour venir jusqu’à toi. Il te suffisait de me le demander. Ne prends pas la peine de me duper avec tes questions aux arrières pensées, je ne te cacherais rien.
- Et bien soit, il est vrai que ta présence ici égaille ma curiosité. »
Darius était tout ouï.
« À vrai dire, c’est un peu grâce à toi que je suis là. Enfin, disons le plus clairement, c’est parce que je te connais que je suis là. »
Mais Darius, à cet instant, ne feignait pas l’incompréhension ; il ne voyait vraiment pas ou voulait en venir le garçon. Kaindo remit calmement sa lame dans son fourreau.
« Tout a commencé sous une nuit étoilée, l’éclat d’un brasier illuminait la douleur de la perte et rappelait la cruauté du meurtre. Tainos m’avait recueilli ; il savait à l’avance qu’un jour je devrais te faire face. Cette histoire de prophétie maintenait les gens dans l’espoir et j’en étais malgré moi l’attribut. En vérité, j’abhorrais tout cela. Je n’y croyais pas.
- Ah ! Et bien nous avons au moins quelque chose en commun. »
Le garçon eu un air de dégoût. Il reprit son récit.
« Qu’importe, je tachais de ne pas y penser. Je ne voyais que le respect que je devais à celui qui m’avait sauvé et qui m’avait élevé. Il m’apprit tout ce qu’il savait. Il m’exerça à bien des disciplines. Quand bien même tu avais ordonné l’autodafé, les quelques livres restant de ce pays, préservés par mon maître, fut pour moi une éclairante lecture. Quand bien même tu avais placé tout les tacticiens sous ton joug, le savoir de mon maître sur l’art de la guerre m’apporta des connaissances fortes utiles. Car il y a une chose que tu ignore, une arme que tu ne possède pas, ou tout au moins, que tu n’as pas su exploiter.
- Et pourrais-je savoir laquelle ? interrompit Darius.
-La connaissance de l’ennemi.
- La connaissance de…haha ! Cela me fait rire. Et moi qui pensais que tu allais m’en apprendre sur le sujet. Et bien sache, mon garçon, que j’ai mon expérience en la matière.
- Je ne te parlais pas d’envoyer des traîtres dans nos rangs si c’est ce que tu pensais. »
Darius effaça son sourire. Kaindo continua.
« Je te parle d’apprendre sur son ennemi à un tel niveau que tu en viens à percevoir ses propres pensées, ses désirs et ses peurs. Mon maître me partagea ses expériences de combats et ses confrontations avec toi. En outre, contrairement à toi, je n’ais jamais sous-estimé mon ennemi. En te considérant comme un adversaire de taille, je me devais d’avoir une longueur d’avance sur toi. »
Darius ne savait plus si ce qu’il entendait devaient le flatter ou l’irriter.
« Je compris, continua le garçon, que tu privilégiais la sournoiserie face à tes ennemis. Je savais que tu allais tenter de récolter des informations sur moi également, que tu allais envoyer quelqu’un en qui je puisse avoir confiance. Tu as donc asséné Bramar à cette tâche. »
Le roi écouta sans broncher de son trône.
« Oui c’est exact, dit-il. Je suis impressionné que tu ais décelé la supercherie. Quand j’y pense, il n’était pas très bon comédien. J’aurais mieux fais d’envoyer Bloton à sa place, cela m’aurait évité de subir sa pitrerie.
- Ou peut être même envoyé deux traitres.
- Comment ? »
Cette fois, Darius ressentait une gêne énorme. Ce fut comme si on avait forcé son esprit à son insu. Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus l’impression de tenir les rennes. Une goutte de sueur perla de son front. Il stressait.
« Ne fais pas l’ignorant Darius. À ton avis comment suis-je parvenu jusqu’ici ? Je te l’ai dit, je ne t’ais jamais sous-estimé. Quand nous eûmes percé à jour la comédie de Bramar, je savais que tu aurais pu l’anticiper. Je restais donc sur mes gardes. C’est à l’instant où tout danger semblait s’être écarté et où nous pensions avoir l’avantage de la surprise, que j’ai perçu l’autre menace. L’un de mes gardes avait disparu au moment où nous avons enfermé Bramar. Cela semblait dérisoire, mais je préférais suivre mon instinct plutôt que d’être prit par le doute. Et je dois admettre que cela nous a été bénéfique. J’avais vu juste et je retrouvais le garde traître dans la brume, en fuite sur son cheval. Mais je ne l’ai pas arrêté. Je m’étais dis que dans sa course précipitée, il ne devait allait qu’à un seul endroit, la cité, et qu’il n’allait parler qu’à une personne, toi. Mais affublé comme il était, portant nos couleurs, il ne pouvait passer par la grande porte. Il se serait fait tuer. Il devait donc, comme je le supposais toujours, y avoir une seconde entrée qu’il pourrait emprunter à l’abri des regards. Encore une fois je vis juste. D’ailleurs, je ne fus pas vraiment étonné quand je la découvris, dissimulée au fond de la forêt qui borde l’enceinte de la cité, là même où Tainos fut tué. »
La salle s’emplit d’un long silence. Kaindo continua.
« Et bien, ce qui s’ensuit après n’est plus utile à raconter. Toi-même pourras facilement deviner ce qui s’est passé. À ton avis pourquoi tes hommes n’arrivent pas à exterminer les révoltés malgré leur nombre ? Une autre chose que j’ai apprise en temps de guerre : une grande armée ne fait guère le poids face à un grand esprit. Je pense que tes hommes ont dû être fortement surpris devant une tactique qu’ils n’avaient pas prévu.
- …Tu savais que mon espion allait me dire vos plans et tu les as modifiés juste après… »
Darius avait lui-même dit cette phrase bêtement. Il était comme pétrifié par la révélation qui lui parvenait à son oreille.
« Non, répondit Kaindo, pas moi. Heldun. C’est lui qui modifia nos plans de bataille. C’est un homme de valeur, juste et loyal. Il mène en ce moment l’assaut sur la capitale. Celui que l’on nommait l’Aigle blanc déploie de nouveau ses ailes face à toi.
-Oui je me souviens de lui. Un général de la vieille époque ; il mourra comme les autres.
-J’en doute fort.
- Assez ! »
L’assurance de Darius chancelait déjà sous les premiers mots de Kaindo, elle s’effondra complètement sous ses derniers. Le roi ne se contint plus. Il se leva si brusquement de son siège que son mouvement ressemblait à un bondissement. Mais il garda ses mains crispées sur les accoudoirs pour ne pas flancher. Kaindo l’avait complètement déstabilisé. Lui, de son coté, était si calme. Et cette sérénité, Darius le ressentait comme une agression. Cette fermeté et cette audace qu’il percevait chez le garçon l’irrita. Lui, le roi, qui était du genre à tout maîtriser, ne contrôlait plus rien, tout au moins l’attitude de Kaindo lui donnait cette impression. Cette phrase, ce « j’en doute fort » sorti de la bouche de ce garçon, d’un enfant, fut la plus grande insulte qu’on eu put faire à sa personne depuis bien longtemps.
« Assez ! hurla-t-il. Pour qui me prends-tu ? Que croyais-tu trouver en venant devant moi avec ta nonchalance ? De la pitié ? De la reconnaissance ? Ton salut ? Imbécile ignorant ! »
Kaindo continua de fixer le regard fou de Darius. Ce dernier s’était tu pour reprendre son souffle. Alors le garçon reprit.
- Rien ne pourra pardonnez tes crimes. Mais je te laisse quand même l’opportunité d’y mettre un terme. Ordonnes à tes soldats de tomber leur arme. Renonce au trône. Fuis la cité et le royaume que tu as trop longtemps empoisonné. Qu’on ne te revoit plus souiller les terres d’Halion.
- Cela fait beaucoup de recommandations. Mais tu connais déjà ma réponse, mon garçon.
- Cela aurait été trop facile. Mais je m’étais pourtant préparé à te donner une leçon. »
Et il empoigna son katana.
« Tu ose lever ton arme devant moi ? Tu es seule face au roi et à son armée. Tu ne pourras rien !
- La chance sourit aux audacieux, lui lança Kaindo d’un sourire.
- Et la mort au présomptueux ! hurla Darius. »
Mais le roi regarda furtivement derrière l’épaule de Kaindo.
Il s’était trahi.
Kaindo eu juste le temps de voir ce léger tremblement dans l’œil de son ennemi pour que son corps suive instinctivement sa pensée. De justesse, il esquiva la flèche qu’un sbire de Darius venait de tirer derrière lui et dans ce même mouvement, son bras droit sortit son wakizashi du fourreau pour le lancer droit sur le traître. La lame fusa et se logea dans son bras. Le coup n’était pas mortel mais il fut suffisamment puissant pour le projeter contre la porte. Kaindo ne vérifia pas si son coup avait touché sa cible et… Pan !
Trop tard ! Il eut à peine le temps de se retourner que Darius lui tira dessus, dans le dos. La détonation retentit dans la salle en un long et horrible écho. Kaindo fut projeté à terre sur plusieurs mètres de distance. La balle avait traversé son épaule gauche, et la douleur lui avait fait lâcher son sabre. L’écho venait de finir sa dernière note quand la fumée du canon se dissipa dans l’air. Darius souriait.
« Mouhahahaha ! S’exclama-t-il dans un rire sardonique. Quelle tragédie ! Dire que tu as attendu cet instant depuis si longtemps. Et quand je pense que c’est Tainos, ton propre maître, qui t’as guidé jusqu’à moi. Ahah ! Pitoyable ! Tu me parle de liberté alors que tu t’es toi-même laissé prendre par les folles espérances de ce vieux fou ! »
Darius s’extasiais de la situation. Il avait perdu toute sa prestance et s’emportait dans une folle jubilation. Ses yeux semblaient sortir de leur orbite ; un large sourire déformait son visage; et de ce sourire diabolique ne sortait plus une voix humaine, mais un cri aigu, violant, effrayant. Ses mots, ils ne les disaient plus, il les crachait.
Il est toujours horrible de voir apparaître le monstre caché sous le masque de la convenance.
« Pauvre enfant ! tu n’as fais que vivre entouré de chimères ! La réalité est bien plus douloureuse une fois qu’on y fait face ! Et Je vais d’ailleurs t’en donner un avant goût. Avant que je te tues, je vais te forcer à regarder ton peuple périr. Ils vont subir le prix de tes échecs et de ta naïveté ; ils comprendront ce qu’il en coûte de se dresser contre moi. Ils oublieront bien vite ces rêves que tu leur as fourré dans le crâne. Et quand mon armée les aura massacré jusqu’au derniers, quand le désespoir les aura suffisamment écrasé, ils viendront me supplier de les épargner ! Et dans ma divine clémence j’accepterai. Car je suis bon, vois-tu, et je ne demanderais en échange qu’un respect de leur part ! »
Kaindo se remit péniblement sur ses genoux. Son bras gauche ruisselait de sang, son regard à demi levé vers celui qui le tenait en joug.
« Le respect se mérite Darius, mais je croix que ce mot ne révèle aucun sens pour toi. »
Sa voix était faible et tremblante. Darius continuait de rire effroyablement.
« Tu as toujours l’audace de me faire la morale ! Mais toi, regarde où tes convictions t’on mené. Regarde comment tes espoirs se sont si facilement brisés. Tu es si pathétique ! Tu auras au moins trouvé la place qui te convient, à genoux devant moi ! Tu as eu de la chance de survivre jusque là. Mais ne t’inquiète pas, je vais mettre un terme à tous ça. Ces pleutres dehors, je vais les faire souffrir tu m’entends ? Je les forcerais à m’obéir et à m’idolâtrer comme leur dieu !
Kaindo ne s’étais même plus donné la peine de le regarder.
« Tout cela n’est qu’une cause perdu. Désormais je le vois, aucune parole ne te ramènera à la raison.
- La raison ! À quoi bon la raison quand la folie me fait tous puissant ?! »
C’était une évidence, Darius était fou. Le garçon baissa la tête. Il ferma les yeux. Darius pointa son arme sur lui.
Soudain un bruit !
Derrière la porte une présence inattendue, celle d’une enfant.
Seule la moitié d’un visage rose et deux mains minuscules se laissaient voir. L’autre partie du corps se protégeait derrière la porte. Une attitude enfantine où la peur se mêle à la curiosité. L’irrésistible envie de voir ce qui se cachait derrière cette porte avait été trop forte. Et quand elle vit le canon se lever vers le garçon, elle ne put s’empêcher d’émettre un cri étouffé, un sifflement d’oiseau.
« Quoi ? Qu’est ce que…Que fais tu là toi ? Cracha Darius, les yeux écarquillé. Tu m’espionnes ? Comment oses-tu ? » Et il leva son arme.
« Non ! »
Kaindo ouvrit les yeux.
Il bondit d’une vitesse effroyable et franchit la distance qui le séparait de son sabre. Il tendit son bras droit et…Pan ! Ce fut instantané. Le coup de feu toucha ça cible. Mais Kaindo fondit sur son ennemi comme un loup sur sa proie. Il leva son bras et désarma Darius du tranchant de son katana, que sa main gauche tenait fermement.
Tout s’était joué sur cet infime détail.
Darius, surpris, recula sous l’effet du coup. Il trébucha et s’écroula aux pieds de son trône, tétanisé par la peur.
Kaindo devint sombre. Les traits de son visage semblaient s’étirer sous l’effet d’une pensée violente, d’une émotion terrible. Les ténèbres l’envahissaient. Il était comme possédé. Ce fut comme une convulsion qui le traversa. De ses yeux verts semblait jaillir un éclat, une lumière. Son regard se plongea alors dans celui de Darius et le foudroya. Il dénoua ses lèvres et parla.

C’était un jour, jadis, mon cœur appesanti,
Tandis que j’appréciais l’écho d’un doux refrain,
Mes yeux se sont scellés ; je contemplais enfin
S’envoler dans les cieux l’oiseau d’un paradis.
Hélas ! Ce rêve est mort, il s’évanouit dans l’ombre.
Lorsque la tyrannie, dans une pensée sombre,
Captura l’espérance et lui trancha les ailes.
Le sang tâcha les plumes, autrefois blanches et belles.
Ne pouvant plus voler, la céleste colombe
Se tut et dans sa chute emporta l’allégresse.
Depuis je n’ais goûté, étendu sur la tombe,
Qu’au breuvage immonde que l’on nomme tristesse.


Une larme tomba sur le marbre, tandis qu’un rire de démence résonnait dans l’obscurité. Mais ce rire s’arrêta sous les yeux du démon. Kaindo s’approcha de Darius.

Roi de l’hécatombe, sous ton règne infernal,
Déclames-tu sans honte cette inhumanité
Aux pieds de l’innocence ? Acte sépulcral !
Il est temps que s’achève cette iniquité.

Il lui agrippa le cou et le souleva. Darius lutta piteusement pour sortir de son emprise. Mais, à moitié suffocant, il dessina un ultime sourire sur son visage et murmura un « Adieu ». Kaindo relâcha son étreinte.

Quand le passé vermeil eu apposé son sceau,
Il enfanta un ange, qui, dans son essor,
Ravivera l’espoir, apaisera nos maux,
Et peut-être, dès lors, entendrons-nous encore
Le chant du renouveau.

Le vif mais bref éclat de la lame fut la dernière chose que Darius aperçut, avant que Kaindo ne lui trancha la tête. Son geste était net, précis, parfait. Il était d’une rapidité telle que le corps de Darius resta débout après que la lame eu fini son mouvement. Un trait de sang se traça sur sa gorge et sa tête glissa du tronc, tomba et roula dans l’ombre d’un pilier. La peur était la dernière émotion que son visage avait gardée.
Kaindo lui était là, inerte, silencieux, les bras ruisselant de sang. Son teint était pâle. Ses yeux restaient ouverts mais son regard était vague. Il semblait perdu dans ses pensées, incapable de concevoir ce qui l’entourait. Puis, peu à peu, il émergea. Il recouvrit ses esprits et vit distinctement, au pied du trône, un corps gisant. C’était fini. Il avait réussi. Il avait vaincu le tyran. Son règne de terreur avait prit fin ce soir et le monde semblait déjà respirer de nouveau. Et pourtant, le garçon ne disait toujours rien…
Toute sa vie, il s’était préparé à cet instant. Toute sa vie, il avait rêvé de ce moment où, de sa main, il caresserait enfin la liberté. Et maintenant qu’elle était là, ouvrant pour lui ses ailes, pour la première fois de sa vie, il avait peur. Mais ce n’était pas la joie de cette vision qui l’effrayait. Kaindo n’avait pas peur d’être heureux, non. S’il tremblait et semblait hanter d’effroi, c’était parce qu’il avait mal. Il souffrait d’une douleur inconnue, mais qui ne résultait pas de ses blessures physiques. Un mal qui loin de lui déchirer le corps lui rongeait le cœur. Il pensait, ce soir-là, connaitre enfin la joie, il ne découvrit que l’amertume. Un horrible sentiment s’empara de lui et lui fit poser une question.
« Pourquoi ? »
Pourquoi Tainos ne l’avait-il pas prévenu ? Lui qui, d’innombrables fois, avait connu la guerre et donné la mort sous ses crocs ; en vérité, il l’avait laissé dans l’ignorance. Kaindo se sentit seul, abandonné, trahi. Le goût amère de la mort coulait au fond de sa gorge et lui donnait la nausée. Cette mort, il l’avait si souvent entendu, vue et touché. Mais cette fois-ci, il en avait été l’exécuteur. Il avait tué. Cette pensée éveilla en lui une tempête et le plongea dans un chaos émotionnel. Jamais il n’aurait su que cette expérience allait le faire autant souffrir Ses repères s’effondrèrent sous le poids de cette réalité. Il était désorienté, perdu. Il se dégoûtait lui-même. Et dans sa confusion, ses souvenirs l’emmenèrent près de son maitre, et il se souvint de ses mots :
Tu feras non pas ce qui dois être fait, mais ce qui te semblera juste.
Kaindo ne comprenait pas.
Qu’y avait-il de juste dans la mort, quand bien même offre-t-elle la liberté ? Où Tainos voulait-il en venir ? Tuer, est-ce le prix pour vivre libre ? Désemparé, le garçon se laissa chuter dans cette confusion ténébreuse. Et c’est dans un total oubli de soi qu’il trouva enfin la lumière. Oubliant la douleur le temps d’une seconde, il se rappela clairement les raisons pour lesquelles il avait tué Darius. S’il ne l’avait pas fait, le peuple aurait périt, et Halion aurait continué à sombrer dans la corruption. Kaindo n’avait pas eu d’autres choix que de tuer Darius, non pas par prophétie, mais par devoir moral.
C’était ce que Tainos voulait lui rappeler.
La tempête s’apaisa et tout devint clair à présent. À travers les douleurs de son existence, Kaindo avait muri. Devant le souvenir de son maître qu’il pensait ne jamais avoir mérité, il accepta la responsabilité de son rôle et l’importance de son acte. Donner la mort fut la plus horrible épreuve qu’il eu à passé. Tout au long de sa vie, l’enfant des forêts, le fils du loup s’était laissé guider par ce ressentiment néfaste et plein d’aigreur dans lequel il croyait puiser sa force. Il avait eu tort.
Maintenant, il le comprenait ; la vengeance n’adoucit pas les peines.
Et ce fut pour lui comme une délivrance. Jamais il ne s’était senti aussi libre qu’à cet instant présent. Dorénavant, cette liberté, il saurait la respecter tout au long de sa vie, quand bien même serait-elle longue ou courte.

« Est-ce que tu vas bien ? Tu m’as l’air mal en point. »
La petite fille le regardait de ses grands yeux.
« Tout va bien, répondit Kaindo. Va annoncer aux autres que tout est fini. »
Et il accompagna ses mots d’un sourire bienveillant.
L’enfant, soucieuse de réaliser une bonne action, sorti jovialement de la salle du trône, fila de sa petite foulé vers la haute tour du château et, arrivée devant la grande fenêtre, hurla à plein poumons :

« HALIOOON !! DARIUS EST MORT ! CE N’EST PLUS LA PEINE DE SE BATTRE !! TU ES LIBRE DÉSORMAIS !! »

Sa voix se propagea dans l’air comme un appel divin. Les coups de feu avaient cessés, les épées s’étaient baissés, et toutes les têtes s’étaient tournés vers la tour d’où était provenu ce chant. Mais ils ne distinguèrent vainement qu’une noire silhouette, car tous étaient éblouis par les premiers rayons de l’aube naissante, irradiant de sa lumière les plaines enneigées et les milliers de cœurs battant. Le soleil inondait les visages d’une chaleur nouvelle et lorsqu’ils entendirent de nouveau cette voix à la fois douce et puissante, toutes les armes tombèrent des mains. C’est alors que le soleil assista à un spectacle comme nul autre pareil : la clameur de la liberté qui se déployait dans les cieux. Et lorsque cette clameur parvint aux oreilles de Kaindo, celui-ci s’écroula sous le poids de la fatigue. Il ferma les yeux et sourit. Il était apaisé.

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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Ven 21 Juin 2013 08:21 
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                                                      X


Plusieurs mois s’étaient depuis écoulés. Le printemps étaient revenu et ce jour là, il pleuvait. Dans la forêt, tous les animaux s’étaient réfugiés dans leur terrier, arbuste et multiples buissons. Un écureuil parmi tant d’autres avait fait de même et s’était protégé dans son trou, emmitouflé dans sa queue touffue. Il attendait patiemment que la pluie cesse et s’apprêta à s’endormir quand un bruit extérieur l’intrigua. Mais lorsqu’il pencha son museau en dehors et, malgré la vie plongeante que lui offrait son abris, il n’aperçut en bas qu’une pierre blanche formant une sépulture et un sabre posé à ses cotés.
Un peu plus loin, dans un village, pas un chien n’errait dans les rues, surtout sous un temps comme celui là. Toutes les fenêtres étaient closes, excepté celle de l’auberge dont l’enseigne grinçait au moindre coup de vent. À l’intérieur, la salle était remplie d’une atmosphère festive. Un feu de joie crépitait dans l’antre de la cheminée, des rires s’échangeaient entre les tables et des exclamations hilares s’entendaient entre deux gorgées. Près du comptoir, Une jeune fille aux cheveux noirs de geai riait les yeux plissés. Lorsqu’elle les rouvrit, son regard se porta hasardement vers l’extérieur. C’est alors qu’elle crut voir une silhouette passé. Mais lorsqu’elle s’approcha de la fenêtre, elle ne reconnu au loin que le champ verdoyant où se laissaient cueillir les fleurs de lys.
Encore plus loin, les couloirs du château étaient calmes et les gardes y faisaient leur ronde quotidienne. Personne ne se souciait d’une enfant qui passait par là, se faufilant entre les pairs de jambes que l’on voyait entrer et sortir de salles en salles. D’ailleurs, elle non plus ne se souciait guère de ces multiples personnages qu’elle ne connaissait pas, jusqu’à ce qu’elle entraperçut une chose familière : le pan d’un habit vert disparaissant au fond d’un corridor. Curieuse, elle accéléra sa foulée mais lorsqu’elle tourna dans l’autre couloir, elle ne vit personne. Toutes les portes étaient fermées, les plus simples comme les plus grandes ornés des plus beaux motifs. Alors, la petite fille oublia ce qu’elle avait vu, et continua à fredonner son air mélodieux.

Kaindo avait fermé la porte silencieusement. Il traversa la salle du trône qu’il n’avait jamais vue aussi lumineuse. C’en était presque aveuglant. Il se dirigea vers le balcon d’où se tenait un homme.
« Vous admirez le paysage, roi ? »
Les mains derrière le dos, Heldun se retourna.
« Il est rare de voir la ville aussi calme de nos jours. Et je remarque aussi que vous êtes trempé. Vous avez donc fini ce qu’il vous restait à faire.
- Oui. »
Mais l’œil d’Heldun perçut d’autres détails.
« Vous y avez déposez votre wakika…wakaki...bref ! Votre sabre court !
- Mon wakizashi ? C’est exact. Je n’en aurais plus besoin. Mon katana me suffira pour l’instant. »
Kaindo se posa sur la balustrade et resta pensif. Heldun jeta un coup d’œil sur le garçon puis replongea son regard vers la ville. Il expira longuement.
« Alors c’est décider, Vous partez ?
-Ouaip, affirma Kaindo.
- Mais je vous rappelle que le peuple vous à élu.
- Bah ! La vie de roi n’est pas pour moi. Trop formelle à mon goût. Et puis, soyez honnête Heldun, ais-je l’air de savoir gouverner un pays ? »
Le roi à ses cotés réfléchit murement.
« Mmmmm, à bien y réfléchir, pas du tout. Vous êtes bien trop impétueux.
- Ahah ! Exactement ! Vous êtes mieux disposé que moi à gérer ce royaume et à lui redonné son éclat d’antan. Vous en avez l’étoffe ! De plus, le peuple vous apprécie énormément.
- Mais peut-être que si vous vous assagissiez un peu plus…
- Ma décision est prise, rétorqua Kaindo.
- Dans ce cas, Je m’acquitterais de la tâche que vous m’aviez confiée, avec le plus grand respect qu’il met permis de donner. »
Kaindo n’avait rien dit mais le roi devina sa pensée, ce qui lui suffit amplement. Heldun expira de nouveau avec force. Levant la tête, il regardait d’un œil soucieux le large nuage gris.
« Mmmmm, le temps n’est pas vraiment propice pour un départ. Comptez-vous partir tout de suite ? »
Mais Kaindo, lui, contemplait au loin l’horizon. Il y distingua un rayon de soleil et sut alors que le ciel allait bientôt changer. Il n’était pas pressé.
« Ne t’en fais pas, répondit-il d’un sourire. S’il le faut, je partirais après la pluie. »



                                                                    FIN



Et voilà le chapitre ultime !
J’espère que l’histoire vous a plu. :D
Si certains ou certaines d’entre vous sont allés jusqu’au bout, n’hésitez pas à émettre vos avis.
Sur ce, à la prochaine !

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"La force de la volonté ne connait aucune limite !! C'est elle qui fait tourner le monde, mon ami !!"
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 Sujet du message: Re: [Fic] Après la Pluie
MessagePosté: Ven 21 Juin 2013 12:58 
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Localisation: Je pisse sur la tombe de Maëvis - Tenro
Je suis content. Je suis content car ta courte fiction m'a bien plus. Moi qui la suit dans l'ombre depuis le début, je n'ai jamais été déçu. Pour une première fiction, tu te débrouille foutrement bien, et je le répète j'ai bien aimé. Tu as su créer ton propre univers, même s'il n'a pas été beaucoup exploité, mais ça change du monde One Piecien et ça fait du bien.
Pas grand chose de négatif à dire fut ta belle histoire, j'espère juste que ce ne sera pas la dernière.

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