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 Sujet du message: Robert Johnson
MessagePosté: Sam 2 Mai 2009 15:03 
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Johnson. "Le fils de John", littéralement. Nom de physiciens, mathématiciens, sportifs, artistes, musiciens, ou plus généralement attribué à divers héros de fictions, de romans et de films, voire même de jeux vidéo. Nom courant dans les pays anglophones, il a été rendu célèbre par le biais de toutes ces personnalités ayant vécu à différentes époques, et dont il serait trop long et inutile d’énumérer les prénoms associés. Et parmi ces personnalités, il en est une qui a marqué de son empreinte indélébile la musique contemporaine. Un bluesman de génie, autour duquel tournent plusieurs légendes, et qui a gagné une aura mystique de nos jours, qui inspire encore les musiciens du Monde entier.

Le 8 mai 1911 nait dans le delta du Mississippi, dans le grand pays des Etats-Unis d’Amérique, un certain Robert Leroy Johnson. Ce petit garçon allait vivre peu longtemps, mais intensément, et parviendra à rester dans la mémoire collective malgré sa courte existence.

[align=center]Un bluesman de légende : Robert Johnson.[/align]


~I’m a steady rollin’man~
(Premières années)

Les premières années de vie de Robert Johnson sont assez mouvementées. En 1914, Julia Ann Major, mère du futur musicien, se fait expulser avec ses deux enfants par les Marchetti, puissante famille de la région locale, pour une histoire floue de rancune et de lynchage. Il faut bien comprendre que la période s’étalant des années 10 à 30 aux Etats-Unis, et principalement dans le Sud, sont les années les plus dures pour la communauté Noire, qui est constamment rabaissé et discriminé par les mouvements ségrégationnistes. Ainsi, la petite famille, composée de Julia, Robert et sa sœur Bessie, emménage chez Charles Spencer, anciennement Noah Johnson, père de Robert, qui a refait sa vie entre temps à Memphis. Julia décide de s’en aller peu après à Robinsonville, petit village de commerce situé à 60 kilomètres au Sud de Memphis. Elle se marie en octobre 1916 avec un agriculteur. Robert Johnson l’y rejoint en 1916 ou 1918, la date n’étant pas certaine.

Commence alors l’apprentissage de la musique pour le petit gamin du Mississippi. Après un essai rapide à la guimbarde, il s’oriente vers l’harmonica qui s’imposera comme son instrument favori pendant plusieurs années, avant d’obtenir sa première guitare en 1927. Il a alors seize ans, préfère la musique à l’école, qu’il quitte à cause de problèmes de vue, ce qui le met notamment en conflit avec son beau-père. Il apprend avec les vieux bluesmen de sa ville, et se confectionne un support pour pouvoir jouer de son harmonica simultanément.

Il se marie peu après à Virginia Travis, à Penton dans le Mississippi. Ils s’installent dans une maison à l’est de Robinsonville, en compagnie de Bessie et de son mari. Robert se trouve être un mari aimant, qui travaille à la plantation de coton environnante. Il se considère comme un agriculteur, et non pas encore en tant que bluesman. En avril 1930, Virginia décède avec son enfant, lors de son accouchement. Robert ne s’en remettra jamais véritablement, et c’est à partir de ce moment que commence sa carrière de bluesman.


~Stones in my passway~
(Carrière)

Avant d’aborder la carrière de bluesman de Johnson, je me permets de vous expliquer rapidement le cadre dans lequel se déroulèrent les évènements qui vont suivre. Robert Johnson officiera en tant que musicien dans ce qu’on appelle le Delta Blues : un grand triangle s’étendant sur pas moins de cinq Etats que sont le Tennessee, la Louisiane, l’Arkansas, l’Alabama et le Mississippi. C’est dans cette grande étendue qu’est né le Delta Blues, style de Blues précurseur, au début du vingtième siècle. Le Delta Blues se caractérise par une simplicité apparente dans les instruments utilisés : une guitare, un harmonica parfois, et une voix. En s’implantant dans d’autres régions, le Delta Blues donnera naissance à d’autres genres que sont le Detroit Blues ou le Chicago Blues.

Image
Voici une carte de mauvaise qualité, et peu précise, de ce qu’est la région du Delta Blues. C’est celle que j’ai tenté d’entourer avec un trait beige. En réalité, cette zone est limitée par deux bras du Mississippi, dessiné en vert. Pour vous situer, le Nord de la Floride apparaît en bas à droite de la carte.

De plus, cette région du Sud des Etats-Unis a été fortement touchée par la crise de 1929. Le gouvernement américain avait alors mis en place plusieurs plans et avait entamé des chantiers dans le but de créer du travail. De la sorte, une forte communauté noire s’est retrouvée dans les plantations environnantes et les diverses chantiers. Cela ne pouvait que catalyser le développement d’une culture propre au delta du Mississippi : les bluesmen affluent vers les juke-joints, sortes de bars mal vus, par la religion chrétienne notamment, qui juge le Blues comme hérétique et contraire aux bonnes mœurs. C’est ainsi que le Blues s’est énormément développé à cette époque, grâce aux musiciens qui venaient toutes les semaines dans les petites villes de campagne.

En 1931, Robert Johnson rencontre Son House, pionnier du Delta Blues, qui reconnaît son talent à l’harmonica, mais se moque de son jeu de guitare : « Tu ne sais pas jouer de la guitare, tu fais fuir les gens ! ». Le jeune Robert ne désespère pas et s’entraîne durement, dans les bals notamment, où il acquiert plus d’expérience. On raconte même qu’il aurait passé plusieurs nuits en prison pour avoir trop chanté sur le dos du sheriff. Il se met ensuite à une vie itinérante, qui ne lui pose pas de problème : beau garçon, il a de nombreuses maîtresses, frères, sœurs, cousins, oncles et tantes, qui l’hébergent quand il en a besoin. C’est peu après que se produit la rencontre avec Ike Zinnerman, un de ces bluesmen de génie dont on n’a aucun enregistrement. Son influence est capitale pour Robert, et Ike devient une sorte de mentor pour le tout jeune musicien.

A partir de ce moment, le déroulement des années est assez flou. On sait que Robert est revenu un temps à Robinsonville et, montrant ses progrès à Son House, ce dernier aurait avoué être désormais dépassé. La légende de Robert Johnson naquit à partir de cet épisode, mais j’y reviendrai un peu plus tard.

Parallèlement, il restera quelques temps chez sa maîtresse Estella Coleman, au fils de laquelle, nommé Robert Junior Lockwood, il apprend les bases de la guitare. En s’installant chez eux, dans le village d’Helena, Robert va commencer à côtoyer de nombreux autres bluesmen : Sonny Boy Williamson II, Robert Nighthawk, Elmore James, Howlin’ Wolf, ou encore Johnny Shines, avec lequel il s’associe un moment. Dans les années 80, Johnny Shines témoignera dans le documentaire A la recherche de Robert Johnson. Les deux furent associés pendant près de trois ans, ce qui pose Johnny comme témoin de la vie du musicien si mal connu. Il raconta par exemple que « Robert avait une des plus fines oreilles du Delta. Il pouvait tenir une conversation avec vous tout en écoutant un air à la radio, et vous rejouait le morceau note à note des heures ou des jours plus tard », preuve de la virtuosité du Monsieur dont nous parlons ici. Il dit aussi, dans la même interview que lui et Robert étaient « sur la route des jours et des jours, sans argent et parfois sans nourriture, cherchant un endroit décent pour passer la nuit. On jouait dans des rues poussiéreuses et des bars crasseux, et tandis que j'étais à bout de souffle et me voyais vivre comme un chien, il y avait Robert tout propre comme s’il sortait d'une église le dimanche ».

ImageImageImageImage
Les appareils photos n’étaient pas monnaie courante à l’époque. Du fait, il n’existe que deux photographies de Robert Johnson. La troisième est un recadrage de la seconde. De nombreux dessins mettront Robert Johnson en scène avec les symboles qui lui sont associés, comme sur cette quatrième image.

A force de jouer, Johnson jouit d’une certaine popularité régionale, notamment dû à son jeu si particulier. C’est ainsi qu’il se fait enregistrer lors de sessions d’enregistrements de talents locaux par Don Law, en novembre 1936. En trois jours, sont enregistrés 16 titres, dans une chambre d’hôtel. Le titre Terraplane Blues lui vaut un certain succès dans la communauté noire. Robert est rappelé l’année suivante pour une seconde session à Dallas, où il enregistra 13 autres chansons en deux jours de juin, avec un matériel de meilleure qualité. Robert Johnson ne sera néanmoins jamais rappelé plus tard par le label Vocalion Records. Robert décide de retourner dès lors dans le Mississippi. Il se sépare de Johnny Shines qui n’appréciait que peu sa région maternelle. Revenu dans son Delta natal, la vie de Robert ne semble pas avoir changé : juke-joints, fêtes, alcool, femmes, musique…


~If I had possession over Judgment Day~
(Décès)

Robert Johnson meurt le 16 août 1938. Aucun docteur n’était présent pour l’autopsie, le dossier est classé rapidement. La cause reste encore inconnue des nos jours. Sa mort est totalement entourée de mystères, et plusieurs versions existent.

Il est quasiment certain, au regard des mœurs dissolues du musicien, que celui-ci avait contracté la syphilis. Cette maladie, associée à l’alcool, peut conduire à de graves lésions, comme une rupture d’anévrisme. Or, Robert était friand de whisky, et il n’était pas rare de le voir saoul au détour d’un bar, un soir où il jouait. Cette cause n’est donc pas à écarter. Néanmoins, on dit que Robert a agonisé pendant deux ou trois jours avant de rendre l’âme, ce qui aurait tendance à contredire cette version.

D’autre part, la thèse de l’assassinat par empoisonnement est retenue plus généralement. Parce que c’est celle que les bluesmen qu’il côtoyait racontent. Ainsi, un soir au bar, Johnson aurait accepté une bouteille de whisky, qui aurait été préalablement empoisonné par un mari jaloux du musicien. Johnson ayant de nombreuses conquêtes, ce récit ne paraît pas illogique. Enfin, la dernière version énoncée serait un meurtre : quelqu’un l’aurait poignardé dans le dos. Néanmoins, cela étant raconté par des personnes non-présentes et ne connaissant le principal intéressé que de loin, on admet la non-véracité de cette version. Dans tous les cas, c’est une mort violente qui lui est attribuée.

Quoi qu’il en soit, ce flou autour de la mort du chanteur a permis de créer, en partie, sa légende. Robert fut enterré le 17 août 1938. Le problème qui se pose est qu’il existe deux tombes à son nom : une à Quito, une à Morgan City. D’après le certificat de décès, son corps reposerait à Morgan City. Qui est donc enterré à Quito ? Personne ne le sait…

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Les deux tombes au nom de Robert Johnson, la première se situant à Quito, la seconde à Morgan City.


~Walking blues~
(Chansons)

Comme je l’ai dit précédemment, Robert Johnson n’a pu enregistrer que vingt-neuf morceaux, lors de deux sessions. Certains ont pu tout de même être enregistrés à deux reprises. Bien que ce soit linéaire, je me permets de toutes les citer, avec les liens pour accéder à certaines. Les clips n’existaient bien évidemment pas à cette époque.
On raconte qu’il aurait écrit une trentième chanson, Mister Downchild, mais que le diable l’aurait gardé pour lui. On n’a aucune trace de ce prétendu enregistrement, qui sera néanmoins repris par d’autres artistes postérieurement. Une bonne partie de ces chansons ont été jouées, à un moment ou à un autre, par d’autres artistes, tels les Blues Brothers, Led Zeppelin, les Rolling Stones, Eric Clapton, Bob Brozman, Lynyrd Skynyrd, Cream, Red Hot Chili Peppers, White Stripes…

Après sa mort, peu de personnes continuent à jouer ou à écouter les chansons de Johnson, mis à part quelques unes de ses connaissances, comme Johny Shines, Robert Junior Lockwood, et évidemment sa famille. Ce n’est qu’en 1962, après la sortie d’un album dédié à l’artiste, qu’une nouvelle carrière commence pour Johnson, malheureusement posthume. Il apparaîtra ensuite dans quelques best-of de blues, avant que ne paraisse enfin une intégrale en deux disques : Robert Johnson – The Complete Recordings.

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Les textes de Johnson ne sont pas extraordinaires en soi, mais reflètent parfaitement le blues et la vie de l’époque. Ils prennent appui sur la vie des gens, ce qui explique en partie son succès. Il aborde aussi à plusieurs reprises les légendes qui l’entourent, avec les thèmes du démon et du carrefour. Il évoque des thèmes plus triviaux, comme ses déboires féminins, son errance. Sa voix très haut perchée permet de transcender ses partitions déjà excellentes, et crée finalement des chansons entraînantes, aux paroles chatoyantes, et au petit-goût de reviens-y, renforcées par le grésillement caractéristique des chansons anciennes, dû au mauvais matériel, qui plaira particulièrement à certains. Comme dirait David Ausseil, spécialiste du blues : « Il s’en dégage une poésie majestueuse et troublante ». Tout est dit.


~Preaching blues (up jumped the Devil)~
(Style)

Robert Johnson a marqué l’Histoire de la musique, c’est indéniable. Il est cité comme référence ou modèle par de nombreux artistes comme Led Zep’, les Stones, Bob Dylan, mais aussi Jimi Hendrix lui-même ou Eric Clapton. Ce dernier lui a notamment dédié un album, et a fait de nombreuses reprises, en disant de lui que Johnson est "le plus important bluesman qui ait jamais vécu", en anglais dans le texte ^^. Robert Johnson est considéré comme l’un des plus grands musiciens ayant existé, voire même comme le musicien le plus important du vingtième siècle ! Pourtant, de nombreuses personnes restent étonnées à la première écoute de ses morceaux, et ce dû au dépouillement qui est caractéristiquement propre à ceux-ci. Comment alors expliquer qu’il soit tant encensé de la sorte ?

Ce n’est pas en laissant un seul solo de guitare dans ses chansons que notre bluesman a inspiré autant de grands noms de la musique contemporaine. Non, le grand intérêt de son jeu réside dans les partitions entières, et dans la façon qu’il a de jouer en accords ouverts. Jouer en accordage ouvert n’est pas bien compliqué : il suffit d’accorder sa guitare différemment, et les notes sont alors modifiées par rapport à ce qu’elles devraient être avec un accordage dit classique. Cette technique d’accordage se répandit et se popularisa véritablement à partir de la deuxième moitié du vingtième siècle. Pour l’époque, Johnson était un cas rare, mais pas isolé. La musique de Johnson était novatrice, mais avec la redécouverte de l’accordage ouvert par les guitaristes contemporains, on ne peut pas dire que ce soit l’unique raison de l’admiration actuelle pour ce musicien.

En écoutant pour la première Robert Johnson, Keith Richards, guitariste des Rolling Stones, demandera : « Who is the other guy playing with him ? » ("Qui est l’autre gars qui joue avec lui ?") Le fait est que Robert a enregistré ses morceaux seul. Absolument seul. Cela est facilement audible, il suffit d’avoir l’oreille attentive pour le remarquer : on croirait parfois entendre deux guitares. Pour réaliser ce prodige, Johnson a utilisé une Gibson L-1, guitare en bois à 6 cordes de la désormais célèbre marque. Son accordage spécifique lui offre la possibilité de jouer des notes de guitare, dont le son se rapproche des sons d’une basse. Ses partitions oscillent entre notes graves, marquant imperturbablement le tempo la plupart du temps, et notes de guitare plus aigues. Il utilise un bottleneck, en fait un goulot de bouteille en verre qu’il passe autour de son doigt, pour créer des notes légèrement différentes que si elles avaient été jouées sans, créant ainsi ses mélodies.

Le jeu de Johnson est facilement reconnaissable et pourrait presque ennuyer toute personne n’appréciant pas la guitare. La plus grande partie de ses chansons ont la même structure : introduction à la guitare, couplets avec rythme de basse simple, et riff de guitare revenant à chaque fin de couplet, avant d’enchaîner sur le couplet suivant. La plus grande prouesse musicale vient sans aucun doute de ce riff de fin de couplet. Si on écoute attentivement celui-ci, on remarque irrémédiablement que, si c’est bel et bien la guitare qui se met au premier plan, le rythme de basse est tenu. Pour faire plus simple : pendant ces quelques secondes laissées uniquement à la musique, Robert Johnson arrive à manier les notes graves et aigues à une vitesse proprement incroyable. Le tout avec une aisance prodigieuse. Le riff devient alors un délice à l’oreille, et le jeu de Johnson se fait à la fois véloce et aérien, tendu et complexe, délié et nerveux, simplement magnifique.

Comment fait-il ? Aussi bête que cela puisse paraître, c’est la morphologie de son corps, notamment de ses doigts, et son talent intrinsèque, qui permettaient à Johnson de jouer ainsi. Il suffit de regarder les deux photos qui nous sont parvenues de lui, pour se rendre compte qu’il avait les doigts longs, arachnéens. Ces doigts créèrent alors des accords jamais vus pour l’époque, et encore rares aujourd’hui. Ceci lié à une vivacité dans l’exécution des notes, crée un régal pour les amateurs de guitare véloce. Et c’est ce qui fait qu’on reconnaît aujourd’hui Robert Johnson comme un des plus grands : le magazine musical Rolling Stone le classe cinquième meilleur guitariste de l’Histoire. Et même si ce magazine n’a pas toujours été très objectif ou de bon goût, par exemple en ayant longtemps critiqué Queen -et vous savez à quel point cela relève du blasphème ^^-, cette place n’est absolument pas usurpée. Loin de là.


~Me and the devil Blues~
(Légende)

Si Robert Johnson a marqué l’Histoire de la musique, c’est aussi parce qu’une flopée de légendes circulent autour du personnage, et lui donne une aura mystique. Parlons en premier lieu, de la légende du Crossroad. A partir de la réaction de Son House face aux progrès du jeune homme, naît une rumeur, un récit qui restera collé à Robert Johnson : celui du pacte avec le diable. En effet, il racontait qu’un soir, alors qu’il s’était assoupi à un carrefour désert –certaines mauvaises langues diront qu’il était encore soûl ^^-, il fut réveillé par une brise fraîche et une ombre immense avec un long chapeau se pencha au-dessus de lui, prit sa guitare, l’accorda, joua quelques notes, et repartit. Dès lors, il avait vendu son âme au diable, en échange du talent pour le Blues.

Robert Johnson aurait donc trouvé son talent à un carrefour magique en vendant son âme au diable. Tout comme Son House prétendait avoir été initié au Blues par le diable rencontré sur la route, et comme Ike Zinnerman disait trouver son inspiration en jouant dans les cimetières, à minuit. On peut évidemment penser que ces trois-là forçaient un peu trop sur le whisky. Certes, mais il faut comprendre que le Blues, au contraire du Gospel, était la musique païenne par excellence, celle qui parlait de femmes, d’alcool, de bagarres, et associée à des fêtes que la religion chrétienne engageait peu. Par dérision ou par défi, les bluesmen, assumèrent cette dénomination, et en abusèrent.

D’autre part, si cette réputation qu’ils se donnaient leur attirait pas mal d’ennuis, une aura se dégageait d’eux, et pouvait parfois servir de protection, aussi relative qu’elle puisse être : qui aurait tenté de s’attaquer à un adjuvant du diable ? Ces légendes leur permettaient aussi de justifier leur don pour la musique : c’est le diable qui le leur a donné, sous-entendant qu’il est vain de tenter de les copier. Dans une communauté noire encore très emprunte du vaudou, toutes ces rumeurs et récits ne pouvaient que parfaitement s’implanter, et c’est ainsi que naquirent bon nombre de légendes.

Je vais maintenant aborder le "27 Club", en anglais. On a remarqué que, si on fait un classement des artistes musicaux selon leur âge de mort, on obtient un pic important à l’âge de 27 ans. Ce morbide club est apparu au tout début des années soixante-dix, après les morts successives de Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison. D’autres grands noms y entrent, comme Kurt Cobain, ou celui de… Robert Johnson. En effet, le bluesman a été intégré posthumément à ce club morbide, preuve absolue que, si le musicien est bel et bien mort et enterré, les légendes sur sa vie ne cessent de courir (même si, dans cet exemple, son appartenance peut être remise en cause).

Enfin, s’il y a bien quelque chose qui procure à Robert Johnson cette aura mystique, ce sont les contradictions auxquelles il est sujet. Il existe très peu de témoins de sa vie, parce que l’époque ne s’y prêtait pas : on vivait au jour le jour, et les notes, les dates, étaient globalement peu signifiantes. J’entends par là que la culture qui s’est développée dans le delta du Mississippi n’était pas basée sur des archives, ou sur l’écrit, mais beaucoup plus sur la tradition orale. De la sorte, les récits divergent énormément quant à la vie du chanteur. Pour ainsi dire, il n’existe pas moins de trois versions différentes de sa mort ! Puis, les dates que je vous donne depuis le début ne sont que rarement sûres : alors qu’une source le dit né en 1911, un autre fixe cette naissance deux à trois ans plus tard. De la même façon, la seconde rencontre avec Son House se déroule en 1931 ou en 1933, selon divers avis. Ainsi, le fait qu’il soit mort à 27 ans est contestable, provoquant encore des débats à l’heure actuelle. Vous comprenez aisément que toutes ces approximations forment un flou ambiant autour de l’histoire de Robert, ne rendant le tout que plus passionnant, et donc légendaire.


~I believe I’ll dust my broom~
(Conclusion)

En conclusion, Robert Johnson est simplement un musicien passionnant, agréable à écouter, et qui, je le répète, a marqué l’Histoire de la musique. Encore aujourd’hui, il inspire de nombreuses personnes, tel Akira Hiramoto qui dessine "Me and the devil Blues", un manga dont le titre provient directement d’une chanson de Robert Johnson, dont la présentation se trouve ici. Autrement, des épisodes de séries ou des films racontent la légende du Crossroad, en référence à la légende du guitariste. Dans un sens, Robert continue à vivre, par le biais de son héritage et de sa légende.

Ainsi, j’ai essayé de vous présenter l’artiste incroyable qu’est Robert Johnson. Ce fut assez dur de rassembler des informations cohérentes, cela m’a pris beaucoup de temps. Pour autant, je suis plutôt satisfait du résultat, et si quelques uns d’entre vous tous ont pris la peine de tout lire, et même d’écouter plusieurs morceaux, je n’en serais que comblé davantage. Je compte sur vous pour être curieux, ça n’est pas toujours un mauvais défaut ^_~. Quant à mon avis personnel sur cet artiste, je vous laisse juger, en fonction de la longueur de l’article, et du contenu… Concernant les chansons en elles-mêmes, ma préférence va à Sweet Home Chicago, They’re red hot, Kindhearted woman blues, I believe I’ll dust my broom et Cross road blues. Ce sont les premières que j’ai découverte, écoutez-les au moins une fois ^__^.

Je vous laisse sur une dernière citation de Johnny Shines, que je ne commenterai pas. Citation pompeuse, certes, mais parfois, je me dis qu’il est bon de croire naïvement ce qu’on lit. J’ai beau savoir que Johnny Shines enjolivait régulièrement ses propos, je me dis que si c’était vrai… Nous n’aurions plus en Robert Johnson le plus important musicien du vingtième siècle, mais simplement le plus important musicien de tous les temps –si vous n’en étiez pas encore convaincu ^^-.

« Vous savez, les gens n'ont jamais entendu le meilleur de Robert Johnson, parce que tout ce qu'ils voulaient, c'était qu'il joue du blues. Tout ça, ça vient des studios. Vous jouez ce qu'ils veulent. Mais Robert pouvait jouer du jazz aussi bien que n'importe qui. Il n'avait pas eu de prof et je ne pense pas qu’il savait comment construire un accord, parce que je ne crois pas qu'il savait ce qu’étaient les notes. »

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Dernière édition par The Undertaker le Sam 19 Sep 2009 16:49, édité 3 fois.

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MessagePosté: Sam 2 Mai 2009 16:54 
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Merci beaucoup pour ce topic The Undertaker, et merci aussi parce qu'hier j'ai pensé à faire un topic sur Robert Johnson...pour aujourd'hui !

D'ailleurs je suis en train depuis hier de réécouter l'intégrale de Robert Johnson (coïncidence?) , et aujourd'hui tu nous offres le doublé Me and the Devil Blues - Robert Johnson ^__^

Très bonne biographie de ce monstre du blues, le père du rock sans aucun doute, car je n'aurais pas fait mieux. Toutes les parties que tu nous proposes sont très bien développées, de plus je pense que tout est dit (je regarde un instant sur Wikipédia : oui, tu maîtrises aussi bien le sujet qu'il est meilleur que celui de Wiki :p ). Je me suis laissé entraîné dans cette lecture passionnante et on sent qui tu es passionné par le personnage et sa musique. Pour moi ça en fait le meilleur topic de "La piste de Disco" et l'un des meilleurs du forum.

Sinon, me concernant, mes chansons préférées de Robert Johnson sont Love in Vain, Terraplane Blues, Phonograph Blues, They're Red Hot et Me and the Devil Blues. Enfin pratiquement toutes les chansons sont semblables. Pour l'instant je n'arrive pas trop à les différencier, sauf pour quelques une qui ont des particularités spéciales, et surtout, géniales.

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MessagePosté: Sam 2 Mai 2009 19:41 
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Excellent sujet je dois dire, et superbement bien présenté je trouve. J'aimerais juste ajouter une petite précision sur la légende selon laquelle Robert Johnson aurait vendu son âme au diable contre le talent de jouer du Blues. Il n'aurait pas été le premier à le faire puisque un autre chanteur de blues souvent confondu avec Robert Johnson, Tommy Johnson a été soit disant le premier à lancer cette folle rumeur sur son talent obtenu par la vente de son âme au diable. Ça devait pas être de la pisse de chat le whisky à cette époque ^^.

Edit pour l'Undertaker: Je t'ai laissé le soin de préciser l'hommage rendu à Tommy Johnson par les frères Coen dans O'Brother ^^. Je me suis même empressé de vérifier si il ne s'agissait pas de Robert Johnson tant l'histoire est identique.

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Dernière édition par Tôji Tôji Chopper le Sam 2 Mai 2009 22:50, édité 1 fois.

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MessagePosté: Sam 2 Mai 2009 21:19 
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Merci beaucoup pour ces deux commentaires, cela fait plaisir de voir que le Blues et Robert Johnson ont quand même quelques adeptes sur le fofo. Je ne suis pas surpris que cutty connaisse et écoute ces musiques, étant donné qu'il en avait déjà parlé sur un autre topic. Quant à Tôji Tôji Chopper, ça ne m'étonne qu'à moitié, en connaissant son plaisir de la découverte musicale ^^.
Tôji Tôji Chopper a écrit:
J'aimerais juste ajouter une petite précision sur la légende selon laquelle Robert Johnson aurait vendu son âme au diable contre le talent de jouer du Blues. Il n'aurait pas été le premier à le faire puisque un autre chanteur de blues souvent confondu avec Robert Johnson, Tommy Johnson a été soit disant le premier à lancer cette folle rumeur sur son talent obtenu par la vente de son âme au diable. Ça devait pas être de la pisse de chat le whisky à cette époque ^^.

Arf, j'ai oublié d'en parler... Il est vrai que Johnson n'était apparemment pas le premier à raconter cette légende, et que celle-ci provenait d'un certain Tommy Johnson (d'ailleurs, le récit de cette légende est fait dans le film O'Brother des frères Coen). On peut aussi se dire que toutes les légendes se ressemblent, car celles de Son House ou Ike Zinnerman ne sont pas tellement différentes... Une inspiration multiple, en somme. Merci de me l'avoir rappelé ^^.

Et apparemment, j'ai bien fait de me presser de finir ces deux sujets pendant les vacances, si cutty voulait le faire. J'ai mis pas mal de temps pour mener à bien ce double projet, mais je suis content que cela plaise ^^.

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MessagePosté: Dim 3 Mai 2009 22:11 
The old man
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Localisation: Joker
Bien bel hommage à Robert Johnson que cette présentation.
Personnage fameux dont la légende est une source d'inspiration pour bon nombres d'auteurs. De toute façon le Blues musique du diable c'est quasiment une évidence vu l'origine du nom de ce style de musique^^
Bref j'ai pris un grand plaisir à (re)découvrir ces morceaux qui n'ont rien perdu de leur force.

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