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 Sujet du message: Capitalism : a Love Story
MessagePosté: Sam 28 Nov 2009 22:40 
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$$$ Synopsis $$$

Michael Moore nous invite à découvrir, au travers de son prisme, les fondements théoriques et pratiques de la pierre angulaire, selon lui, de la société américaine contemporaine : le système capitaliste. Michael Moore, fidèle à lui même, ne prend pas de gants pour mener cette étonnante introspection, surtout à une époque où le sujet apparaît comme très polémique. Le natif de Flint va une nouvelle fois férocement aligner les cibles croisées sur le chemin de ses convictions : la crise des subprimes de 2007, la crise des marchés financiers de 2008, la plan Paulson, l'administration américaine, Wall Street ; tout est prétexte pour pointer du doigt les mauvais élèves du système. Michael Moore et le capitalisme, une histoire d'amour impossible ? BANDE-ANNONCE

$$$ Avis personnel $$$

La première chose que l'on peut relever sur Capitalism : a Love Story, c'est que Michael Moore fait du Michael Moore. On adhère au style ou on y adhère pas, personnellement, je suis toujours extrêmement emballé par les réalisations de ce type. Bien évidemment, dans une telle configuration, on sait d'avance ce que l'on va retrouver dans le film avant même de l'avoir vu : une approche militante, un manichéisme parfois bien exacerbé, une subjectivité prononcée et même pas dissimulée, le discours d'un homme de la gauche américaine qui adore taper ses contradicteurs là où ça pourrait faire mal et sans la moindre compassion. Michael Moore, c'est aussi l'art de monter un exemple en règle ou d'être angélique sur ce qui se passe dans le vaste monde au delà des frontières américaines, mais bon, c'est bien ça qui fait l'intérêt au fil des années du bonhomme : des défauts criants mais inondés pas des qualités bien présentes.

Sans surprise, si on pouvait résumer le message de Moore sur ces deux heures que dure le film, ce serait « La capitalisme, c'est le Mal. Rejoins moi, camarade prolétaire, dans le combat contre l'orgueilleux monstre financier ! ». Ce qui sauve le film, à mon sens, de la pure et simple propagande déguisée et forcément quelque peu nauséabonde sur les bords, c'est... qu'il ne s'en cache pas justement de cette volonté d'interpeller le spectateur pour faire passer son message. Autant les précédents films de Moore étaient plus souples à mon sens dans leur approche militante, autant là, il invite directement le spectateur à se rebeller contre une forme de capitalisme nuisible, conseils à l'appui pour le spectateur américain. Contrairement à ce qui pouvait parfois se produire dans ses précédents films, on ne voit pas les contradicteurs de Moore avoir voix au chapitre. Tout au plus, ils demeurent des images, des évocations ou à tout casser un trader de Wall Street qui rétorque à Moore qu'il ferait mieux de changer de métier vu la qualité de ses films. Bref, le gros méchant de l'histoire, c'est le capitalisme, outil des méchantes personnes avides de richesses que Moore se plait à traquer ça et là en train de faire des misères au brave petit peuple qui vit pour lui. Et là, il n'y a pas de détail, Moore a la manière dans son montage pour amener le spectateur à de telles conclusions, ce qui peut être dérangeant si l'on n'est pas conscient de l'objectif du réalisateur derrière ce film.

Tout ça reste pour moi secondaire dans ce film. OK, voir Michael Moore taper encore et encore avec parfois des sorties très bien sorties (derrière le côté très démagogique de la séquence de la dénonciation, à mots couverts, par l'Église catholique du capitalisme affairiste des Protestants, ou les catholiques contre Max Weber – Round je-ne-sais-combien, j'ai été scié par le détournement du téléfilm sur Jésus, ce dernier prêchant non pas ses paroles habituelles mais un discours libéral très drôle à entendre de sa part) aurait été amusant, mais pas forcément sur tout le film. La grande réussite de ce Capitalism : a Love Story, c'est pour moi l'immense sympathie qu'a Michael Moore pour ces perdants du système et qu'il nous présente à l'écran. Bien évidemment, une telle chose n'est pas innocente et appuie férocement son propos mais devant de telles histoires, je me suis retrouvé à en être très ému du sort de ces gens. Voir de telles choses à l'écran, ça m'a rappelé après coup ma lecture des Raisins de la Colère de Steinbeck, où une telle situation prend littéralement aux tripes la plupart du temps, où l'empathie évacue en un quart de tour la raison. On ne le rappellera jamais assez, c'est très malin de la part de Michael Moore d'appuyer ses théories par des telles histoires bouleversantes mais une fois en prise avec ces dernières, on oublie le côté polémique du film et son message, tout simplement parce que le film n'en est pas un et que ces histoires, c'est le quotidien des gens à l'écran. L'autre belle réussite de ce film, c'est que Michael Moore ne s'est pas forcément cantonné qu'au simple rôle de l'accusateur, il laisse transparaitre l'homme dans son temps. Et là, il y a une certaine sensibilité qui se dégage de ces scènes qui est émouvante. Michael Moore joue presque tout le temps les épouvantails, mais il n'en demeure pas moins très attachant quand il a ses penchants nostalgiques, pas forcément d'un âge d'or mythique mais d'une époque plus insouciante. La scène avec son père vaut ainsi son pesant de cacahuètes à voir pour constater que l'on peut relativiser de nombreuses choses au crépuscule de sa vie pour n'en conserver que l'essentiel.

Le film réserve aussi une nouveauté pour notre époque, à savoir une timide contestation de la présidence de Barack Obama. Oh, n'ayez pas peur, Barack est très, très, mais alors très loin de recevoir autant dans la figure que les anciens résidents républicains de la Maison Blanche comme Reagan ou George W. Bush, l'élu chez Moore à n'en pas douter dans le domaine. En effet, Michael Moore met en perspective la crise financière de septembre 2008 et l'élection de Barack Obama quelques mois après. Sans exagérer, Moore nous présente ce dernier comme le messie qui allait amener la paix sociale aux États-Unis, avant de le poignarder sévèrement dans une logique que ceux qui ont vu ou verront le film comprendront. Si on se rappelle les commentaires qui nous présentait Moore comme l'une des premières figures de la gauche américaine à commencer à épingler Obama pour le manque de soutien aux espoirs qu'il a suscité, on peut se dire que ces mêmes commentaires n'étaient pas infondés. Capitalism : a Love Story relève presque ainsi de la lettre ouverte au président démocrate en le priant de concrétiser le rêve inaboutie de Roosevelt pour des États-Unis se rapprochant du modèle social d'autres pays (quitte à fantasmer quelque peu sur les modèles allemands et japonais, mais c'est une habitude chez Moore quand il s'adresse au spectateur américain).

Corrosif, candide et touchant ; Moore se livre presque sans retenue dans un film qui pour moi fait date dans sa filmographie. Malgré sa subjectivité débridée dans ses démonstrations, il nous offre un film qui sait interpeller et aussi émouvoir. Moore n'est sûrement pas le gars le plus objectif qui soit, notamment avec un sujet pareil qui n'appelle qu'à être retourné dans tous les sens entre ses mains vu la conjoncture actuelle, mais qu'est-ce que je ne peux pas m'empêcher d'avoir une très large sympathie pour ce bonhomme... Capitalism : a Love Story est un film à ne pas manquer, pas forcément pour le message qu'il porte, mais avant tout pour la force du témoignage d'un homme de son temps, avec ses doutes et ses convictions qui interpellent sans aucune difficulté.

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