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 Sujet du message: Promethea
MessagePosté: Lun 14 Mar 2016 16:34 
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Promethea

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En moi, volée, brûle une flamme céleste. Je suis les mots devenus chair,
la chair devenue mots. Je suis Promethea
Sophie Bangs


Titre : Promethea
Genre : Comic
Scénariste : Alan Moore
Dessinateur : J.H Williams III
Encreur : Mick Gray
Coloriste : Jeromy Cox
Éditeur : Anciennement Wildstorm, sous le label ABC comics (appartient maintenant à Vertigo, chez DC comics)
Date de publication : Août 1999 - Avril 2005
Nombre d'issues (numéros) : 32

Introduction / contexte éditorial

Nous sommes en 1999, Jim Lee, alors propriétaire de Wildstorm (qui n'était déjà plus sous l'égide d'Image Comics à l'époque) démarche Alan Moore pour qu'il rejoigne sa maison d'édition, lui donnant ainsi carte blanche sur toutes les séries qu'il voudra créer. Ce dernier accepte, et lance dans un premier temps le label intitulé America's Best Comics (ABC) au sein de Wildstorm. Mais les choses se compliquent puisque entre temps Lee décide de revendre sa firme à DC comics, un éditeur dont Moore avait juré de ne plus jamais travaillé avec lui (les deux s'étant quitté en très mauvais termes lors de leur précédente collaboration, à cause de royalties). Malgré tout, Jim Lee, qui avait négocié la garde de la direction éditoriale de Wildstorm (tout en restant le salarié de DC), arrive à convaincre le scénariste qu'il ne sera pas impacté par le merchandising de l'éditeur, et qu'il aura toujours une liberté artistique totale.

C'est donc dans ce contexte un peu tendu que Moore va développer cinq séries phares au sein d'ABC, dont la très connu The League of Extraordinary Gentlemen (muti-récompensé aux Eisner awards, comme la plupart des œuvres de Moore en fait), Tom Strong, Top ten, Tomorrow Stories, et bien sûr Promethea, qui est à mon sens la série la plus particulière du label (pourquoi aurai-je fais un topic dessus sinon :p ?). Mais aussi la plus personnelle de toutes les séries confondues du scénariste. Personnel, car elle développe des thèmes qui semblent très chère à l'auteur, qui ne sont d'autres que la magie (Moore étant lui-même magicien à tendance occulte) et l'imagination (l'un ne pouvant aller sans l'autre, d'après lui). L'histoire de Promethea est donc très liée à ces deux choses, mais parlons en justement, de son histoire.


Synopsis

La série dépeint donc l’histoire d'une jeune étudiante des plus normal du nom de Sophie Bangs, qui doit consacrer un mémoire sur Promethea, un mythe littéraire que l'on retrouve à travers les âges dans plusieurs œuvres de fiction (poème, roman, récit d'aventure pulp, et comics). Cependant personne n'est vraiment capable d'expliquer l'origine de ce vieux conte. Sophie va donc découvrir que Promethea était en fait une petite fille qui a vécu en Egypte au 5ème siècle environ après Jésus Christ, et qui est littéralement devenue une histoire vivante (et immortel) quand le dieu de l'écriture Thoth-Hermès lui a proposé de rejoindre l'Immateria. C'est ainsi que Promethea est devenu au fil des siècles l'avatar de l'imagination, en s'incarnant dans différents hôtes humains qui lui auront consacré une oeuvre. Sophie est destiné à être la prochaine Promethea....

Personnages, lieux et groupes

Personnages principaux :

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Sophie Bangs :
Personnage principal de la série, Sophie est une jeune étudiante qui n'a rien demandé à personne, et pourtant elle se retrouve à être la prochaine incarnation du personnage à qui elle doit consacrer son devoir d'étude : Promethea. Malgré son caractère timide, elle possède en fait beaucoup de volonté et d'imagination, une qualité bien utile quand on devient l’avatar de l'imagination. C'est aussi ce qui fera d'elle la Promethea la plus inspirée, et surtout la plus puissante. Elle arrive à se transformer grâce à des poèmes.
Spoiler: Montrer
C'est aussi via Promethea qu'elle sera porteuse d'une mission des plus cruciales : apporté la "fin du monde" (mais pas au sens où, nous mortels, nous l'entendons, puisqu'il s'agit en fait d'un renouveau spirituel - sens premier du terme de l'apocalypse)


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Barbara Shelley :
Barbara est devenue Promethea à l'époque où son mari, Steven Shelley, s'était inspiré de son caractère pour écrire ladite héroïne du comics éponyme. Sophie viendra lui rendre visite dans le cadre de son devoir, afin de l'interviewé sur le travail de son ancien mari (mort depuis). Barbara ne sera guère accueillante au début, mais finira par aider Sophie avec ses pouvoirs lorsqu'elle comprendra que cette dernière est destinée à être la prochaine incarnation de Promethea. À noter qu'avant Sophie, Barbara est la dernière hôte de Promethea à être encore en vie.
Spoiler: Montrer
Elle finira par mourir en défendant, avec les autres Prometheas, l'hôpital de New York suite à l'assaut de tout les démons de la Goetia. À l'inverse de ses consœurs elle refusera de rester dans l'immateria après sa mort, voulant plutôt retrouver son mari dans l'eau delà (aussi appelée "sphères supérieures de l'immateria")


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Stacia Vanderveer :
Stacia est la meilleure amie de Sophie Bangs, avec un caractère totalement opposé à cette dernière. Grande gueule et extravertie, elle n'hésite pas en effet à dire tout ce qu'elle pense. Elle adore tout ce qui a trait à la technologie, ce qui en fait d'ailleurs un peu le stéréotype de sa génération. Inutile de dire que la transformation de sa meilleure ami en Promethea va bouleversé pas mal de choses dans son mode de vie...
Spoiler: Montrer
Pendant un certain temps elle deviendra, elle aussi, une hôte de Promethea sous l'égide de Grace Brannagh (c'est en réalité Sophie qui eu cette idée, le temps que cette dernière revienne de son périple des sphères supérieures de l'immateria).


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Jack Faust :
Magicien expérimenté, Jack Faust connaît bien l'entité Promethea, puisqu'il lui a posé beaucoup de problèmes quand elle était incarnée dans Bill Willcoot, et plus tard Barbara Shelley. Il prendra contact avec Sophie en se positionnant comme neutre, mais aussi et surtout pour servir ses propres intérêts. Tout au long de la série Faust deviendra le mentor de Sophie afin de mieux l'initié à la magie (en échange d'un service quelque peu particulier...). À noter qu'à leur première rencontre, il s'était présenté sous la forme d'un beau jeune homme, mais il s'agissait d'un sort visant à camoufler sa réelle apparence (Jack Faust est en fait un vielle homme au physique ingrat)


Les précédentes incarnations (décédées) de Promethea :

Comme dit plus haut, Promethea est l'entité personnifiée d'imagination. Mais avant d'avoir été une demi-déesse elle était une simple mortel qui vivait avec son père en Alexandrie, en l'an 411 après J.C. Ce dernier, qui était un érudit et magicien païen, finira par être lynché et tué à cause de la montée du christianisme. Par la suite Promethea se retrouvera livré à elle-même dans le désert, sans grande chance de survie. Fort heureusement pour elle, elle fera une rencontre avec le divin, dépassant ainsi sa condition de mortel et put grandir dans le monde fictionnel des histoires. Il lui arrive d'intervenir sur le monde physique, mais seulement en s'incarnant dans des personnes qui lui auront suffisamment consacré assez d'imagination. C'est de cette façon qu'il y eut plusieurs Promethea....

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Anna :
Anna était la femme de chambre de Charlton Sennet, un poète qui avait fait d'elle sa muse pour ses œuvres vers 1770. Transformée par l'imagination de l'auteur, Anna devint Promethea, ainsi que son amante. Elle mourut cependant suite à une fausse couche, l’hypothétique enfant ayant été procréer alors qu'elle était dans son état de Promethea, le bébé ne pouvait donc être qu’immatériel....Après sa mort elle choisit de vivre dans l'immateria.


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Margaret Taylor Case :
Pendant la première guerre mondiale il y eut des légendes d'un ange venant aider les soldats blessés dans les tranchées. Cette ange était en réalité Margaret Case, une dessinatrice de strip de presse qui oeuvrait sur Little Margie, et qui était aussi l'incarnation de la Promethea de l'époque. En tant que Promethea, elle considérait personnellement la guerre comme un échec de l'imagination, c'est pourquoi elle préféra se suicider après n'avoir pu empêcher les horreurs de celle-ci....Elle vit désormais dans l'immateria.


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Grace Brannagh :
Grace était dans les années 20 une illustratrice d'un magazine pulps axé sur Promethea, et devint donc celle-ci en lui consacrant assez d'imagination. Elle était incontestablement la plus guerrière de toute les Prometheas, ceci s'expliquant sûrement par le fait qu'elle illustrait souvent des séries de fantasy (avec l’imaginaire qui allait avec donc). On ignore exactement comment elle mourut, mais ce qui est sûr c'est que c'était pendant sa mission de Promethea. Elle continue maintenant ses aventures dans l'immateria.


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William, dit "Bill" Woolccott :
Le seul homme à ce jour à être devenu Promethea. Bill était un auteur de comics qui œuvrait bien évidemment lui aussi sur le personnage, et devint littéralement celui-ci lorsqu'il fut inspiré par la force même de l'idée que représentait l’héroïne. C'est d'ailleurs en tant que Promethea qu'il put collaborer avec d'autres héros de la science de son époque, tels Tom Strong (personnage qui possède aussi propre série ABC). Il aimait en secret un homme, un agent du FBI du nom de Dennis Drucker. Il eut une relation passionnée avec lui, mais sous sa forme de Promethea (et donc sous sa forme féminine, lui cachant ainsi qu'il était un homme). Bill ne put jamais lui dire la vérité, et c'est aussi pour cette raison qu'il mourra d'une façon tragique...Comme toutes les précédentes incarnations de Prometheas décédée, il surveille désormais le monde matériel depuis l'immateria.


Les 5 formidables :

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Gentils "héros de la science", les 5 formidables forment une équipe dont leur mission est de protéger New York contre toute sortes de menaces. Leur ennemi le plus récurrent n'est autre que la "poupée peinturlurée", un psychopathe qui leur pose beaucoup de soucis, surtout à Marv, qu'il attaque systématiquement à chaque rencontre. À noter que les 5 formidables se déplacent grâce à une plateforme volante (le groupe est bien sûr est une référence évidente aux 4 fantastiques).


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Bob :
Leader de l'équipe, Bob n'a qu'un seul super-pouvoir : son charisme ^^. Il passe en effet son temps à superviser les opérations, mais n'intervient jamais physiquement dans la mêlée. Il semble être attiré par Roger depuis que celui-ci a changé de sexe...


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Roger :
Les gros bras de l'équipe, Roger possède en effet une force surhumaine. Nous la voyons en tant que femme pendant toute l'aventure, mais il semblerait qu'elle était auparavant un homme (son changement d'état serait dû à un "accident"). Les civils ne sont d'ailleurs pas au courant de ce changement, puisqu'ils la prennent comme la remplaçante de Roger...


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Marv :
Le scientifique de la bande, Marv est celui sur lequel le groupe peut compter quand il s'agit de trouver une solution à un problème. Il est aussi curieusement la première cible de la poupée à chaque confrontation...


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Stan :
Stan est l'ingénieur mécano de l'équipe. C'est lui qui confectionne les gadgets utiles, et aussi celui qui répare la plateforme volante quand elle a un problème. Il a également fabriqué le QG des 5 formidables, un satellite en orbite de la terre : le High Five (référence cette fois-ci à la JLA). Son talent pour la mécanique, et son tempérament professionnel, en font l'un des points forts de l'équipe.
Spoiler: Montrer
En réalité, il ne supporte pas que Marv ait l'étiquette du "petit génie" dans l'équipe. Il a donc créé un androïde qui se trouve être la poupée peinturlurée, dans le seul but d'éliminer Marv.


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Kenneth :
Kenneth est le médium du groupe qui arrive à prévoir les lieux sur lesquelles il faudra intervenir pour combattre les futurs menaces. Il arrive que ses visions ne soient pas exactes (du moins, il prévoit parfois trop à l'avance, donnant l'impression qu'il se trompe dans ses prédictions), ce qui énerve au plus haut point Roger. Il sera le premier à remarquer les pouvoirs mystiques de Promethea.


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La Poupée peinturlurée :
Némésis des 5 formidables, la poupée peinturlurée est un tueur psychopathe incontrôlable (mais les apparences sont parfois trompeuses). Sa cible préférée semble être Marv.
Spoiler: Montrer
Dans un premier temps on le croira mort suite à son attaque kamikaze sur Benny Salomon, mais il réapparaîtra en tuant le criminel Jellyhead, un créateur de robots élasto-gèle. Il est révélé plus tard que la poupée peinturlurée était en fait une série de plusieurs androïdes à la même effigie. Le dernier d'entre eux se rendra d'ailleurs compte de sa condition d'être artificiel, et finira par tuer son propre créateur, Stan. Il rencontrera ensuite Promethea, qui l'aidera à développer une conscience au-delà de sa programmation, et rejoindra par la suite les 5 formidables à la place de Stan.



Le temple :

Organisation chrétienne millénaire, leur but n'est autre que l'élimination de Promethea, qu'ils considèrent comme une hérésie. Les membres n'hésitent pas en effet à envoyer toutes sortes de choses contre elle, même si cela semble être contraire à leur religion. Ils enverront par exemple dans un premier temps un Esme (une ombre primaire démoniaque) afin de la traquer, mais qui se révélera finalement être inefficace face à la magie de Promethea. À noter que l'origine de ce groupuscule remonte à la foule de fanatiques qui avaient lynché le père de la Promethea originel.


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Benny Salomon :
Benny Salomon est un magicien employé par le temple afin de tuer Sophie Bangs, suspecté d'être la prochaine Promethea. Après l'échec du temple avec L'Esme, il optera pour des des mesures plus radicales en invoquant des démons de la Goetia, dont notamment Marchosias et Andras.
Spoiler: Montrer
Il finira tué dans une explosion provoquée par la poupée peinturlurée.


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Marchosias :
Seigneur démon qui espère regagner le 7ème trône dans 1200 ans, Marchosias sera invoqué avec son collègue Andras par Benny Salomon afin de régler le problème Promethea. En "civil", il ressemble à un homme en smoking noir, mais sa réelle apparence est celle d'un buffle humanoïde cracheur de feu aux ailes de griffon, avec une queue de serpent (tout un programme !).
Spoiler: Montrer
Il sera défait par Promethea suite à une bataille dans un concert. On le reverra alors pendant l'assaut de l’hôpital de New York par tous les démons de la Goetia, et où il sera d'ailleurs encore une fois vaincu. Par la suite, il se réfugiera avec d'autres démons dans la psyché du maire de New york (celui-ci ayant déjà un trouble de personnalité multiple ^^).


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Andras :
Marquis des enfers et commandant d'une légion d'une trentaine d'autres êtres démoniaques, Andras sera à l’instar de son collègue invoqué afin d'exterminer Promethea. Plus grossier et plus impulsif que Marchosias, il n'hésite pas à tourmenter les humains, même si cela ne fait pas partie de la mission. En public, il est un simple homme vêtu d'un smoking et lunette noir, mais sous sa forme démoniaque il est montré avec une tête de hibou chevauchant un loup et brandissant une épée.
Spoiler: Montrer
Il suivra le même parcours que son collègue, de la défaite à la discothèque jusqu'à celle de l’hôpital.


Les lieux :

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New York, 1999 après J.C :
Lieu où vis le personnage principal, Sophie, la ville de New York est présenté ici de façon ultra futuriste (et donc bien plus avancé que ne le suggère l'époque). On y verra effectivement une ville avec une infrastructure plutôt avancée, avec par exemple des voitures volantes, ou encore des policiers faisant leur ronde à bord de soucoupe volante ! C'est aussi par ce lieu que le monde est plus que jamais présenté comme une société de consommation, les gens y étant bien sûr très matérialiste et férue de nouvelles technologies (comme l'élasto-gèle, nouveau produit miracle appliqué toute sorte d'utilité).


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L'Immateria :
Second endroit important de l'oeuvre (peut-être même le plus important), L'Immateria n'est autre que le royaume de l'imaginaire. Il y a en effet deux mondes dans l'oeuvre : le monde matériel (le monde physique que l'on connaît, telles des villes comme New York), et le monde immatériel (L'Immateria donc). Le dernier est autant réel que le premier, mais existe d'une manière différente. Margaret expliquera par exemple à Sophie que l'idée d'une chaise existe tout autant que la chaise elle-même. Voilà ce qu'est L'Immateria, un monde symbolique d'idées qui réunit tout ce qui est née de l'imagination fertile de l'homme, comme la religion, les divinités, la magie et autres pensées métaphysique. Ce lieu sert aussi de passerelle entre le monde matériel et les 9 autres sphères de l'au-delà (aussi appelé les "sphères supérieurs de l'immateria").


Conception graphique

L'un des points forts de l'oeuvre, en plus d'un scénario typiquement Moorien, c'est bien sûr son aspect graphique. J.H Williams est un dessinateur très connu dans le milieu, qui a grandement participé à l’essor de plusieurs grandes séries (Batman, Starman, Son of Superman, et bien sûr son dernier travail sur Batwoman...), Promethea étant souvent considéré comme son oeuvre la plus aboutie graphiquement. De fait, sa mise en page est ici assez folle, pour ne pas dire novatrice à l'époque sur certains aspects. On est en effet souvent ébahi devant la maîtrise du découpage des cases du dessinateur, comme lors cette fameuse double page où l'on voit Sophie et Barbara, en train de discuter sur une boucle de Möbius, jouant ainsi habilement les codes habituels d'un sens de lecture classique d'une bande dessinée tel qu'on le connais.

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Le sens de lecture commence classiquement par la première bulle en haut à gauche.
L'ordre des dialogues correspondra ensuite à la la trajectoire que prendront les personnages sur la boucle de Möbius.


Sur cette image les deux personnages tournent effectivement en rond, et discutent donc inlassablement du même sujet, jour et nuit. Elles remarqueront d'ailleurs elles-mêmes un air de déjà vu, en interagissant avec l'architecture même de la boucle (par exemple, pendant une scène où elles sont en haut de la boucle, elles entendront la discussion de leur alter ego du bas situé dans le passé, et inversement). Elles sont donc littéralement prises dans une boucle temporelle, le dessinateur s'amusant d'ailleurs à nous faire retourner plusieurs fois le livre afin de mieux lire les bulles inversés, laissant une symétrie avec le jour (toutes les cases du haut) et la nuit (toutes les cases du bas).

Mais il faut dire que J.H Williams a de quoi expérimenter dans un univers aussi fantaisiste et féerique que L'Immateria, monde fantasmagorique de l'imagination. Les passages les plus beaux sont peut-être ceux des différentes sphères de L'Immateria où les paysages changent en fonction des thèmes symboliques des lieux. Il est d'ailleurs intéressant de noter que le dessinateur adapte un style graphique différent à chaque paysage. On retrouvera par exemple sur la "route 32" un lieu hyperréaliste représenté sous forme de photo-montage, ceci s'expliquant par le fait que cette route relie l'imagination à la réalité matérielle (ici tout se cristallise à la réalité). À noter que les sphères supérieurs de L'Immateria (ou l'au-delà) sont d'ailleurs inspiré et construit d'après une représentation de l'arbre de vie issue de la Kabbale (une carte de l'univers que les hébreux avaient établi, censé relier l'homme au divin) et dont le dessinateur s'amusera à en faire une carte de réseaux ferrés, pour montrer les différents chemins menant aux sphères (aussi appelé Sephiroths).

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La kabbale parodiée afin de mieux cartographier l'au-delà.


Chaque sphère représente donc une zone attaché à un niveau de conscience différent, comme par exemple celle de "Netzach" (dont l'un des chemins pour y accéder est la route 27), qui est le domaine de Vénus, tout en étant un lieu aquatique d'émotion et de sentiment pur, avec un paysage très stylisé façon peinture japonaise. Ou encore dans la quatrième sphère "Chesed" (signifiant "pitié" en Hébreu) représenté par le style impressionniste de Van Gogh, qui est un endroit de réconfort nuageux couleur azur, et où l'on se sent protéger puisque sous l'égide de Jupiter, et autres dieux du ciel et pères tout-puissant (tel Thor et Indra).

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De gauche à droite : "Netzach" pour le domaine de Vénus, et "Chesed" pour Jupiter


Il y a donc un graphisme en adéquation avec le symbole, le dessinateur ne pouvant en effet représenté un monde aussi symbolique que l'Immateria, que par l'usage de figures d'images et d'allégories.


Aux origines de la bande dessinée populaire

Des lieux imagés de l'immateria qui révèlent aussi au lecteur les origines même de la bande dessinée. En témoigne un temple égyptien présent dans la sphère de Mercure (zone de l’intellect qui abrite d'ailleurs aussi le ruban de Möbius vu plus haut), et où l'on nous informe que les hiéroglyphes peuvent être considéré comme la première forme de bande dessinée. De même que raconter des histoires à l'aide de dessins est aussi la première forme de langage (tel ceux trouvé dans les grottes préhistorique). Ce qui fait naturellement sens, car la zone de Mercure est sous l'égide du dieu éponyme du langage, que l'on retrouve d'ailleurs au tout début de l'oeuvre sous sa forme grec, Hermès, fusionné avec son homologue égyptien, Thôt, dieu égyptien des scribes et de l'écriture.

L'histoire du comics est aussi revisitée, notamment par le biais des aventures du personnage littéraire de Little Margie (créer par Margaret Case dans le récit) une référence à peine cachée de Little Nemo, dont les strips de presse forment un ancêtre bien connu des comics. Ou encore via le personnage de Grace Brannagh, une ancienne illustratrice de magazine à sensation dont l'univers pulps a beaucoup déteint sur ses propres péripéties de Promethea. Les auteurs lui trouvant d'ailleurs un ennemi tout trouvé, qui n'est autre que le scénariste même du magazine sur lequel elle travaillais - et qui se révèle finalement être un regroupement de plusieurs scénaristes puisqu'il s'agit de nègres littéraires, référence à une pratique courante de l'époque. De même pour Bill Woolccott, qui est dans le récit un dessinateur de romance comics, un genre de comics book éphémère qui fut tout de même plus populaire que ceux des super-héros à une certaine période. C'est donc sous forme de clins d’œils que Moore et J.H Williams nous livrent un regard amusé sur toute une tradition littéraire de la BD populaire américaine.


Magie, littérature et symbolique

L'homme y passe à travers des forêts de symboles.
Ou comment être pompeux en citant du Baudelaire !


Pourtant, à ce joli tableau s'ajoute quelque chose qui peut sembler un peu déroutant à la lecture de l'oeuvre, car on a parfois l'impression que Moore essaye de nous donner des cours de symbolisme. Et quand on connaît la passion que l'auteur voue à l'occulte, on pourrait être en droit de se demander s'il n’essaie pas effectivement de nous convertir à ses croyances. L'exemple le plus probant est peut-être le passage où l'on voit le personnage de Promethea aller littéralement dans le monde de la magie (épisode #12), afin de mieux comprendre la signification des différentes cartes de tarots et le symbole qu'elles représentent (on apprendra ainsi que les arcanes du tarot seraient "un code qui représente toute l'histoire de l'homme et de l'univers"). Mais il faut savoir que si la magie est expliquée ici de façon un peu didactique, elle ne dessert jamais l’histoire, bien au contraire même : comme l'aime à rappeler l'auteur, la magie et la fiction ont souvent été liées, et ont le même but, à savoir créer quelque chose à partir du néant.

De fait, le récit nous dit que si l'homme a pu créer les mythes (et donc la magie, puisque présente dans la plupart des folklores) c'est grâce à l'imagination et l'art de l'écriture. Car créer est bien le propre de l'homme, surtout quand il s'agit de conter des histoires. Et c'est bien de cela qu'il s'agit ici, de la capacité de l'être humain à pouvoir créer des fictions, représentées dans l'oeuvre par L'Immateria, monde fictionnel (mais réel) où vivent les contes et les histoires elles-mêmes. Ainsi l'arme de Sophie Bangs n'est autre que son stylo, lui permettant de rédiger des poèmes afin de se transposer en Promethea. C'est aussi sa prose et sa plume qui lui permettront de vaincre des ennemis aussi dangereux que des Démons, car c'est l'imagination qui est l'outil le plus puissant (traditionnellement la plume contre l'épée donc).

En parlant d'être démoniaque, l'oeuvre véhicule aussi des critiques sur la société, ne serait-ce que sur les vices de l'homme. Elle n'hésite pas en effet à comparer celui-ci à des démons, disant qu'ils sont parfois bien plus proches des hommes (symboliquement parlant), que ne peuvent l'être les dieux. Car les motifs des dieux sont insondables, alors que les démons rusent, trichent, à l'instar de l'homme. L'humain qui est d'ailleurs parfois montré dans l'oeuvre comme avare et capitaliste, pas étonnant alors dans ce contexte que l'auteur nous présente un monde très matérialiste par le biais d'une ville comme New York, exagérément avancé sur le plan technologique (alors que nous ne somme qu'en 99). Les super-héros qui vivent dans cette ville sont d'ailleurs bien en phase avec cette ère très avancée, puisqu'ils sont eux-même qualifiés de "héros de la science". On peut facilement voir cela comme un contraste volontaire avec les origines mystiques de Promethea, Alan Moore n'hésitant pas à opposer la chaleur du mythe à la science froide et cartésienne. On remarquera également que toute l'aventure de Sophie sur le monde physique est ponctuée des commentaires de la chaîne d'info "Texture", une chaîne qui relais l'actualité de façon un peu banale. L'auteur semble en effet dénoncé la boulimie des chaînes d’informations en continu.

Mais tout cela est bien sûr lié au rôle de Promethea, puisqu'elle est censée être porteuse de l'imaginaire et de l'esprit, afin de libérer une humanité trop terre-à-terre. Elle doit leur apporter le feu sacré dans les ténèbres, à l'instar de son inspiration masculine grecque : Prométhée.


Mot de la fin

Difficile de faire une conclusion sur une série aussi dense que Promethea. J'ai bien sûr dit plus haut ce que je pensais de celle-ci, tant sur les dessins que sur le scénario, du coup je vais me faite carrément plus subjectif ici : Promethea c'est tout simplement de la balle :). Mais s'agissant d'Alan Moore, je ne pense pas que ce soit très étonnant, l'auteur n'étant plus à un chef d'oeuvre près. Bien qu'il s'agisse peut-être de son récit le moins accessible, pas au sens où la lecture y est difficile, mais plutôt qu'il faut adhérer à son propos et à son thème. Certains pourraient en effet reproché qu'on ait plus affaire à une série de magie illustré qu'autre chose, alors que l'oeuvre rassemble beaucoup plus que ça. Elle parle aussi de l'art (graphique en l’occurrence), mais également et surtout de la Fiction en général.

De fait, avec Promethea les auteurs nous font une réflexion sur les personnages de fiction : que deviennent-ils lorsque leurs aventures sont délaissées par leurs créateurs ? Y a-t-il un endroit où ils peuvent se réfugier quand leurs histoires ne sont plus publiées ? L'immateria est dans l'oeuvre la réponse à ces questions. Ce n'est d'ailleurs pas seulement l'endroit qui rassemble les idées des hommes, mais plutôt celui où toutes ces idées ont toujours vécu et existé, les humains ne faisant que pioché inconsciemment dedans. Ceux qui ont les meilleures idées comme les poètes, les romanciers, les philosophes, les scientifiques et les artistes, sont en effet dans le récit les pionniers de ce territoire.

Promethea c'est aussi l'association de deux génies du comics book : Alan Moore à la réputation qu'on lui connaît, quant à J.H Williams, c'est bien sûr un dessinateur qui n'a pas plus rien à prouver, mais dans le doute il suffit de voir son travail sur d'autres séries comme Batwoman pour se rendre compte de son talent (même si, de mon avis, les planches de Promethea suffisent déjà à convaincre ^^). Je pense d'ailleurs qu'Alan Moore ne pouvait pas trouver mieux que ce dessinateur pour illustrer une série aussi atypique que Promethea. Car aussi brillant que pouvait être le script du premier (que l'on sait pointilleux dans son processus d'écriture) rien n'aurait été aussi percutant sans la présence de Williams, tant ses pages et ses couvertures sont impressionnantes.

À ceux qui sont intéressé, je ne peux donc que conseiller cette série, mais seulement en VO, car ce sera malheureusement difficile de la trouver en version française (il me semble que l'on peut encore trouver d'occasion les 3 premiers tomes de l'éditions Semic, le reste avait été édité par Panini, et sera donc plus dur à trouver - sachant qu'en VF il y a eu sept tomes de paru). Urban à commencé par éditer la gamme ABC avec Top 10, il ne reste donc plus qu'à espérer qu'ils continuent avec Promethea, et pourquoi pas (soyons fou) Tom Strong et Tomorrow Stories.

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Un comics qui revisite la fiction, la magie et l'histoire de son propre médium ? Venez découvrir Promethea !


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