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 Sujet du message: Sanpei Shirato - Kamui-den
MessagePosté: Lun 3 Jan 2011 17:58 
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Sanpei Shirato

Voici l'un des piliers du manga de la vieille époque, l'un de ceux, au même titre qu'un certain Tezuka, a et continue d'inspirer des générations actuelles d'artistes, notamment grâce à l'une de ses oeuvres les plus connue, "Kamui-Den", La légende de Kamui, paraissant en cette fin d'année 2010 chez les éditions Kana, dans leur prestigieuse collection Sensei. Un manga vendu et présenté à raison comme oeuvre culte, et quelle oeuvre !
Pour en revenir à ce très, très grand mangaka qu'est Sanpei Shirato, l'homme naquit en 1932 à Tôkyô, déjà destiné à embrasser une carrière artistique grâce à son père, Tôki Okamoto, peintre et l‘un des leaders du mouvement pour l‘art prolétaire. Il a donc grandi durant une période trouble du Japon, sous l’occupation américaine d’après guerre.

Grâce à une telle influence artistique, il commença sa carrière en tant qu’artiste de Kamishibai , du théâtre de papier, une sorte de mélange entre spectacle de marionnettes et bande dessinées où l’artiste fait défiler des images contant une histoire derrière un cadre en bois. Peu à peu, la technologie et la télévision remplaçant ce type d’arts de rue, Sanpei Shirato finit par s’orienter et à trouver un véritable succès public et critique en tant que mangaka. d’abord assistant auprès de Kazuma Maki, il devint mangaka à part entière dès 1957 avec la sortie de "Kogarashi Kenshi". En 1959, c’est le début de la consécration pour l’artiste grâce à une nouvelle série, "Ninja bugei-chô Kagemaru-den". A cette époque là, l’image du ninja telle que l’on s’en fait à l’heure actuelle était très différente. Une aura de mystère et d’inconnu planait autour de ses personnages étant assimilés comme des sortes de magiciens ou de sorciers vivant à l’écart des hommes. Sanpei Shirato ayant toujours méprisé la classe sociale d’autrefois des guerriers, choisit, plutôt que d’écrire une histoire de samurai, de s’intéresser à ses troubles de l’histoire du Japon. En tant que mangaka, il fut l’un des artistes à changer l’image du ninja dans l’esprit de l’opinion publique dès les années 50, leur donnant une image qui nous est plus familière, celle d’assassins et d’espions souvent cachés dans les coulisses du pouvoir et de l’Histoire.

Enfin, en 1964, vint enfin l’oeuvre de sa carrière, Kamui-den, publié dans le magasine Garo jusqu’en 1971. En un demi-siècle, sa série aujourd’hui légendaire connue deux suites écrites et dessinées par ses soins, "Kamui-gaiden" et "Kamui-den Dai 2 Bu", toujours en cours de publication.

Le style de Sanpei Shirato est surtout connu pour proposer des récits d’une authenticité et d’un réalisme incroyable, reprenant des périodes tourmentées de l’histoire du Japon afin de dénoncer la discrimination, l’oppression, la corruption et l’escalade de la haine envers l’autre qu’entraîne de tels phénomènes. Ce ne sont pas des oeuvres qui réinventent l’histoire mais qui nous la décrivent sans pudeur et avec une violence et un souci du détail ahurissant.
Il est intéressant de noter aussi que deux des mangaka s’inspirant ouvertement du Maître ne sont autre que Katsuhiro Otomo ("Akira", "Steamboy") et Masashi Kishimoto ("Naruto").

Kamui-den suit le même schéma, un appel à l’indignation face à l’oppression des classes sociales les plus misérables, un appel au soulèvement et à la révolution.


« Si jamais on ne tenait pas compte de vos justes réclamations, propres à tout être humain, et que vous vous retrouviez écraser par le désespoir, à quel point seriez-vous indigné et malheureux ? Aujourd’hui, la société des hommes a grandement évolué et chaque être humain est censé mener une vie heureuse. La réalité est cependant tout autre. J’ai voulu mettre en relief dans ce récit l’existence des hommes qui, durant la trentaine d’années de l’histoire du Japon s’étalant de la fin de l’ère Kan’ei (1624-1644) au début de l’ère Kanbun (1661-1673), tentaient de faire quelques pas en avant à la recherche d’une vie un peu plus heureuse. Seigneurs, sabreurs, ninjas, commerçants, érudits, paysans, mais aussi divers personnages opprimés et rejetés au ban de la société vont apparaître au fil des pages. Je voudrais montrer comment toutes ces personnes ont mené une existence totalement différente de celle qu’elles auraient souhaité. Plus particulièrement, c’est en observant le système de classification des individus, qui n’est autre que le résultat d’une politique de discrimination mise en place par le pouvoir, que va apparaître la véritable nature de la société féodale des Tokugawa, société fondée dans des contradictions absurdes, et au sein de laquelle se déroule ce récit. Victimes de ce système, Yasuke et ses camarades ont des conditions de vie encore plus humiliantes que celles des paysans, et c’est ce qui fait d’eux des personnages significatifs de cette histoire. »
Sanpei Shirato.


KAMUI-DEN

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Présentation :
Donc, Kamui-den est ce gros pavé disponible dans toute bonne librairie, publié chez Kana dans la collection Sensei. Un manga référence, oui, mais un manga ici peu abordable au vu du format proposé par l’éditeur. La série devant compter à l’issue de sa publication un total de quatre tomes compte un nombre hallucinant de près de 1500 pages à une dizaine de pages près. Un support rendant une lecture inconfortable et difficile à protéger de l’usure du temps. Ce premier volume présente au total les seize premiers chapitres de la série, chacun d’entre eux comprenant approximativement une centaine de pages.
Il y a de quoi lire donc ! Et évidemment, l’aspect le plus dérangeant d’un tel type de format, le prix... S’élevant ici à 29 euros... Un classique, cher, et au sujet assez difficile d’accès, pour, au final, un manga s’adressant avant tout à un public bien particulier.

"La Naissance", ou le choc que fut la lecture de ce premier chapitre :
J’avoue que en achetant ce manga, je ne savais pas vraiment dans quoi je m’embarquais. Au vu de la couverture du premier tome et la courte description du manga en quatrième de couverture, je m’attendais à une vague histoire de samurai durant l’époque Edo. Je ne suis pas non plus un très grand connaisseur des mangas dits classique, mis à part quelques oeuvres trônant fièrement dans ma bibliothèque, comme le récent "Sabu et Ichi" ou certaines oeuvres de Tezuka, pour citer les plus connus. J’ouvre donc ce livre en aveugle sans vraiment savoir à quoi m’attendre.
En réalité, bien plus qu’une banale histoire de samurai, Kamui-den s’approche bien plus d’un documentaire nous renseignant sur une époque où l’injustice sociale frappant ce temps est très souvent révoltant et vraiment insoutenable tant la situation du petit peuple reste d’une cruauté et d’une misère extrême. J’ai quelques lectures de manga à mon actif et jamais je n’ai autant reçu d’informations sur le mode de vie et la structure hiérarchique de la société japonaise rurale de jadis. Ce manga est une véritable mine culturelle.
Sur les nombreux mangas traitant de cette époque, alors que les artistes actuels se contentent de dessiner des cases nous faisant miroiter des samurai bourrés de classe et de puissance, Sanpei Shirato propose un autre angle d’attaque en plongeant littéralement dans cette même case et en observant ces personnages tous dotés du même visage autour de ce charismatique homme d’épée, tantôt l’admirant, tantôt le craignant. Qui sont ces personnages ? Ce ne sont autre que les classes sociales les plus opprimées et les plus pauvres d’un tel monde, méprisés des nobles et des guerriers. Sanpei Shirato nous offre ici à la fois une histoire de ces personnages sans aucun avenir que celui d’être asservi, tout en critiquant violemment une telle société et en cherchant à susciter une réaction de révolte et d’indignation chez le lecteur. Et au vu de certaines scènes d’une violence insupportable, le pari est réussi.

Kamui-den est un manga qui se lit d’une traite malgré l’épaisseur de la bête, d’une car c’est excellent et immersif, de deux car il y a très peu de dialogues, tout passant par les dessins expressifs et de longs passages narratifs où le mangaka s’invite dans sa propre oeuvre pour nous décrire le fonctionnement de cette société dans les moindres détails. Des différentes classes sociales au sein même de la classe paysanne, aux différentes techniques de chasses utilisées suivant la proie, en passant par la façon dont était payé les impôts, qui devait les payer, à qui, de quelle façon, ... Les domaines abordés sont incroyablement divers et complets, l’auteur s’impliquant énormément dans son oeuvre, n’hésitant pas à intervenir à chaque fin de chapitre pour commenter ou critiquer les événements qu’il dépeint ou signaler lorsqu’il choisit de s’éloigner délibérément d’un simple petit détail non conforme à la réalité afin de faciliter la lecture à son lecteur. Mais ces écarts restent rares et anodins comme un passage où il choisit de faire normalement parler des hommes en train de chasser, alors que la coutume voulait que les chasseurs utilisent un langage spécial en de tels moments.

Cette ambiance particulière et cette volonté de chercher à informer et à instruire le lecteur constitue véritablement le ciment de ce manga et qui en fait sa très grande qualité. Mais Sanpei Shirato ne s’arrête pas là et propose tout de même un semblant d’intrigue en nous faisant suivre l’histoire et le destin de trois enfants se débattant désespérément face aux contraintes d’une époque empêchant les hommes de rêver.

Un contexte historique dépeint au travers des yeux de quatre héros :
L’histoire de Kamui-den nous permet donc de suivre en parallèle de la description de ce monde, trois jeunes enfants dont les chemins qu’ils arpentent s’entrecroiseront ici et là. Il faudra attendre néanmoins trois à quatre chapitres, soit 300 à 400 pages pour les voir véritablement apparaître et intervenir dans l’histoire.

- Kamui est l’un d’entre eux est fils de paria et donc lui-même paria. Les parias qualifiés de non-humains sont l’échelle sociale la plus basse et misérable que l’on peut comparer aux serfs du Moyen-âge. Des mesures extrêmes ont été prise par les classes élevées réduisant ses hommes à une condition de vie des plus déplorables. La séparation des classes les plus pauvres étant destinée à créer une forme de discrimination entre eux et le reste du peuple (paysans, domestiques,...), les nobles se servaient et entretenaient cette haine entre les classes sociales les plus pauvres afin de mieux les contrôler faire passer en douce de nouvelles mesures directives de plus en plus injustes, afin d’enrichir les riches et d’appauvrir les pauvres. Kamui déteste plus que tout la façon dont est traité et soumis son peuple. C’est un enfant sauvage voulant coûte que coûte devenir quelqu’un de fort afin que personne ne puisse lui marcher dessus.

- Shôsuke est un fils de domestique, une classe sociale en dessous de celle des paysans et juste au-dessus de celle des parias. Une haine mutuelle devrait donc lier ces deux communautés mais Shôsuke est un garçon intelligent et rêveur ne voulant pas reproduire le mépris auquel il doit faire face tous les jours de la part des classes supérieures. Il est désireux de s’instruire malgré l’interdiction empêchant les domestiques d’apprendre à lire et à écrire et souhaite plus tard, malgré sa condition, devenir un riche paysan et propriétaire terrien.

- Ryûnoshin enfin, le seul des trois a être issu d’une classe noble, est le fils d’une longue et prestigieuse lignée d’hommes servant de conseillers au Seigneur de la province où se déroule l’action. destiné à succéder à son père, il voue cependant une véritable vocation pour l’art du sabre. Hélas pour lui, son affection portée à l’égard d’une domestique sera le déclencheur de nombreuses tragédies.

- A ces trois personnages s’ajoutent aussi une histoire en parallèle, elle-même faisant écho à la société des hommes, celle d’un loup au pelage blanc, caractéristique qui lui vaudra d’être le vilain petit canard d’une portée de louveteaux et le forçant à apprendre à survivre seul dans une nature austère. Ces passages, toujours très informatifs sur le monde animalier et la nature en générale, seront propices à de très longs et excellents chapitres lui étant entièrement consacré et donc sans aucune bulle de dialogues, tout passant une nouvelle fois par les dessins et les quelques passages descriptifs de Sanpei Shirato.


Voilà, je pense avoir bien fait le tour de cette oeuvre incroyable et comme personne ne peut faire de nos jours. Et puis, à l’heure où le manga tourne un peu en rond de nos jours, quel que soit le genre, c’est toujours surprenant de voir une telle inventivité et richesse de ces mangas d’antan. Dans le fond et dans la forme, l'histoire m'a beaucoup fait penser à "Rainbow" de Georges Abe et Masasumi Kakizaki, dans le sens où la narration de Rainbow s'approche un peu de celle de Kamui-den avec ses nombreuses explications sur le contexte social dans un Japon d'après guerre, une situation difficile où là aussi, il devenait difficile voire impossible de pouvoir rêver dans un monde plein d'inégalités et de chaos.

Kamui-den, c’est vachement bien et a la prétention de pouvoir gagner une place de choix dans chaque bibliothèque.

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 Sujet du message: Re: Sanpei Shirato - Kamui-den
MessagePosté: Sam 16 Juil 2011 09:37 
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Retour sur l'un des dix meilleurs manga que j'ai eu l'occasion de lire, avec la sortie du tome 2 et donc d'un nouveau pavé de plus de 1500 pages !

« Si un héros voit ses rêves se briser et meurt, il y aura alors un deuxième personnage, puis un troisième, et ainsi de suite, des personnages qui entreront en scène et se battront pour atteindre leurs rêves. Que ce soit sous une forme identique ou différente, chacun continuera à sa manière à poursuivre ses rêves. C'est ainsi que s'écrit l'histoire des hommes. »
Sanpei Shirato.


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Invitation à une nouvelle visite guidée du Japon de l'Ere Edo :
Une nouvelle fois, Sanpei Shirato, à travers ce deuxième tome édité chez Kana, nous invite dans cette oeuvre culte du manga à un voyage bien étrange sur un tel support, où le désir de l'auteur semble plus relever d'une transmission de connaissances et d'un apprentissage sur le mode de vie d'une époque, que d'une envie de mettre en scène un récit comme on pourrait s'y attendre en ouvrant n'importe quel manga aujourd'hui. C'est ainsi qu'énormément d'informations, pouvant paraître toutes plus anodines les unes que les autres, circulent au travers de ce millier de pages, et quelqu'en soit le thème, chacune de ses parties narrées par le mangaka s'avère passionnante et participant à créer une atmosphère de lecture impossible à égaler dans n'importe quel manga de ces dernières décennies. Peu importe le sujet qu'il aborde, que ce soit des choses à priori rébarbatives comme les travaux d'irrigation des champs, les méthodes très détaillées sur la culture et l'agriculture de telles ou telles plantes ou céréales, l'architecture et la mise en oeuvre de certaines installations nécessaires à l'Homme (sanitaires, barrages, ...), les méthodes de pêche en haute mer, ou le comportement de certains animaux dans la nature, c'en est impressionnant de voir à quel point Sanpei Shirato reste capable de captiver son public, plus de quarante après la publication de son titre phare.

Parmi ces nombreux nouveaux développements et explications sur les modes de vie de l'Ere des Tokugawa, je retiens principalement deux points.
- Etonné tout d'abord de voir que le si injuste système de différenciation des classes sociales soit aussi fidèlement reproduit jusque dans les endroits souffrant des pires conditions de vie possible, à savoir le milieu carcéral de l'époque. Durant tout ce long premier chapitre s'attardant sur Akame, le maître ninja de Kamui et déserteur activement recherché pour être exécuté par les siens, le personnage optera, pour échapper à ses poursuivants, de se laisser accuser de crime et jeter en prison effaçant par là même toute trace de son existence. En attente de son jugement où les prisonniers étaient départagés entre les exilés et les condamnés à mort, on se retrouvera donc avec le même système injuste de classes sociales entre détenus. La place plus ou moins élevée de l'individu dans la hiérarchie déterminant par exemple le nombre de repas quotidiens, le style vestimentaire ou la place réservée à telle ou telle personne (un tatami pour les plus hauts "gradés", les classes les plus défavorisées devant se partager un tatami pour huit personnes, par exemple).
Le plus choquant restant peut-être le pouvoir attribué un chef des prisonniers, détenant le même statut que celui d'un gardien, et l'un de ses pouvoirs, la purge, consistant, comme son nom l'indique, à réguler le nombre croissant de prisonniers en effectuant régulièrement des tueries abominables (les prisonniers ne possédant pas d'armes, les exécutions en devenaient particulièrement barbares...).
- Un autre aspect de cette société que nous fait découvrir le mangaka étant une nouvelle classe sociale, encore plus défavorisée que celle des parias alors même que le premier volume de "Kamui-den" nous avait bien démontré à quel point ces gens-là pouvaient être méprisés et déshumanisés. Un passage assez intéressant du manga, surtout dû à la présence de Nidayû, le chef des mendiants, et à son ingéniosité pour faire profiter aux siens d'un minimum de confort et de revenus.

Nous restons donc avec "Kamui-den" dans cette ambiance étrange partagée entre fiction, documentaire et récit historique, faisant toute le force et l'intérêt de l'oeuvre.

Shichibei ou l'apparition d'un nouveau genre de commerçants :
Sur près des deux cent premières pages, un nouveau protagoniste viendra voler la vedette à notre trio de héros composé du paria devenu ninja, Kamui, de l'agriculteur visionnaire rêvant d'évolution et de révolution paysanne qu'est Shôsuke, et de notre jeune guerrier déchu en quête de vengeance, Ryûnoshin. Ce personnage, Shichibei, introduit et développé à travers les aventures du ninja déserteur et maître de Kamui, Akame, répondra à sa façon à l'une des grandes thématiques de fond de "Kamui-den", la place du rêve dans cette société féodale des Tokugawa.
C'est ainsi que Shichibei parviendra peu à peu à franchir les différentes classes sociales pour monter aux plus rangs, chose, qu'on se le dise, impressionnante en ce temps. Exilé, mendiant, paria puis commerçant, une progression étonnante, voire impossible, qui sera surtout dûe à sa capacité à comprendre le monde qui l'entoure et à certaines rencontres dont il tirera parti sans se soucier de l'appartenance de ses hommes à tel ou tel groupe.

Se faisant un nom de plus en plus reconnu en tant que marchant, Shichibei sera alors l'occasion pour Sanpei Shirato d'introduire un élément déterminant à l'évolution du Japon, la séparation progressive des marchands et du shogunat, relation basée sur un système de privilèges, et l'infraction à la politique de fermeture du pays. C'est vers cette époque que commença à se développer l'ouverture des routes maritimes commerciales, un progrès significatif et très avantageux économiquement pour une nation côtière tel que le Japon, ne serait-ce que pour le transport de marchandises.

Nous entrons concrètement avec le personnage de Shichibei dans une nouvelle époque destinée au changement dans cette politique très renfermée des Tokugawa.

La place du rêve dans la société féodale des Tokugawa :
Shôsuke, notre jeune héros devenu agriculteur indépendant dans le tome précédent, poursuivra la quête de son rêve, face à une incompréhension mêlée d'un profond respect par tous les membres de son village.
Pour parvenir à ébranler ce système de classe sociale, comme pour Shichibei, Sanpei Shirato prendra le personnage comme prétexte pour développer un autre bouleversement de l'époque, agricole cette fois-ci, qui fût l'apparition de la culture du coton, une activité éreintante mais très lucrative apparue vers la fin du dix-septième siècle qui, comme peut l'expliquer l'auteur, pouvait très largement surpasser la culture du riz à certains endroits du Japon.

Une nouvelle façon de travailler bien plus intéressante pour les paysans. En effet, le système monétaire étant très souvent basé sur des dons de riz pour les classes les plus pauvres et les paysans, et donc la majorité de la population, les injustices lors du paiement des impôts étaient monnaie courante, les contrôleurs rivalisant d'ingéniosité pour flouer et arnaquer les agriculteurs impuissants. Le principe de culture du coton ne donnant pas lieu à un produit alimentaire, mais étant une marchandise soldable, nul doute que l'acquisition d'une monnaie bien plus facilement quantifiable allait réduire les injustices.

Bien que dans notre histoire, le jeune Shôsuke n'en est qu'au début de son aventure. En tout cas, une chose est sûre, un tel personnage prenant le risque incensé de rejeter la riziculture au profit d'une culture très douteuse dans d'éventuels résultats, mérite la plus grande estime. Un personnage risquant sa vie non pas pour un fabuleux trésor laissé par un pirate légendaire ou un titre prestigieux de maître ninja, mais pour un rêve bien plus respectable et semblant hors d'atteinte, celui d'instaurer une révolution paysanne, une forme de progrès dans un mode de vie extrêmement difficile, injuste et asservissant.

A suivre...

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