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 Sujet du message: Mohiro Kitoh
MessagePosté: Sam 6 Aoû 2011 20:42 
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Quand on est entrés au collège
On s'est dit : " On est des grands, maintenant, on n'a plus besoin de personne ".
On pleurait, on riait, on se fâchait... Bref, on avait le sentiment de ne plus rien avoir à apprendre de ce monde...
On n'était pourtant encore que des gosses, couvés par nos parents et préservés par la société.
Notre quotidien ne connaissait ni tristesse, ni joie, ni colère véritables.
Nous l'avons découvert un jour que nous étions tous les quinze ensemble et que...
" Il "...
" Il " a surgi devant nous.


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Mohiro Kitoh


Je m'attaque cette fois-ci à l'un de mes mangaka préféré, pourtant découvert assez récemment (2009/2010), j'ai nommé Mohiro Kitoh, dessinateur et scénariste au style tous deux très... particuliers.
Avec, à ce jour, deux oeuvres publiées de par chez nous, "Naru Taru" et "Bokurano (Notre Enjeu)", on peut d'ores et déjà classer Mohiro Kitoh dans une catégorie assez spéciale et à l'écart de ce que l'on peut trouver dans la grande majorité des titres qui nous parviennent, une catégorie destinée à un lectorat très confidentiel et averti quant aux différentes thématiques mises en place dans ses histoires. En décidant de publier ces deux seinen manga, Glénat et Asuka ne cherchent ici pas à nourrir de grandes ambitions quant à des chiffres de vente faramineux, les oeuvres n'ayant pas pour vocation de trouver grâce aux yeux d'un large public. Mohiro Kitoh est l'un de ses auteurs qui restera dans nos pays francophones comme un artiste à part dans la galaxie manga, porté et acclamé par une seule petite communauté d'irréductibles fans. Dont j'ai l'immense plaisir de faire parti.

Les débuts de Mohiro Kitoh en France (ou même aux Etats-unis, où l'édition américaine fut censurée) furent particulièrement difficiles et, pour ceux qui étaient là à l'époque et s'en souviennent peut-être, suscitèrent une forte polémique qui ne contribua pas à améliorer l'image du manga, bien au contraire. En effet, c'est en 1999 que Glénat s'atèle à la publication de Naru Taru en France sans en connaître véritablement ni l'auteur, ni le fond même de l'intrigue. Les méfaits et la dangerosité d'une publication très rapprochée Japon/France étant, en raison d'une méconnaissance et d'une incapacité des éditeurs francophones à juger de l'orientation que prendra telle ou telle oeuvre, des cris de panique et de contestation s'élèvent dès la publication du second tome. En ne se basant que sur ces dessins dégageant beaucoup de légèreté et d'innocence au premier regard et sur le début de l'intrigue nous plaçant aux côtés d'une dizaine de jeunes enfants s'apprêtant à vivre de fantastiques aventures à bord d'un grand robot très classe, base extrêmement classique et populaire auprès d'un jeune public au Japon, comment Glénat aurait alors pu imaginer que la suite du manga prendrait alors une tournure aussi atroce et parfois insoutenable sur une de leur oeuvre vendue à la base comme un produit jeunesse ?
Entre des lecteurs choqués réclamant un arrêt pur et simple de la publication, d'autres demandant simplement à ce qu'une mention réservée à un public averti et adulte soit clairement identifiable en tête de couverture tout en attaquant la maison d'édition sur leur manque de sérieux et de rigueur dans leur travail d'adaptation, le résultat ne se fait pas attendre, avec au passage un article remarqué dans Animeland reprenant toute la folie de cette affaire, l'expérience Naru Taru sera abandonnée. Avec pour conséquence, une absence dramatique du talentueux Mohiro Kitoh sur le marché français pendant de nombreuses et longues années...

Pour ce qui est des thèmes récurrents que Mohiro Kitoh aborde, le rapport de l'enfance à l'âge adulte occupe une place prédominante. Sans cesse, le mangaka nous confronte au travers ces très jeunes héros à une avancée forcée vers un état de maturation de l'enfant/l'adolescent, une maturation contrainte par des éléments extérieurs vus de manière très négatives que sont la société la japonaise et l'âge adulte, et à chaque fois initiée par une forme de cruauté et de violence plus suggérée que dévoilée visuellement. Ce sont des sentiments tels que la jalousie et la haine, des crimes tels que la torture ou les sévices sexuels, ou tout simplement des choses inévitables telles que la mort ou la maladie qui s'inviteront dans l'existence jusque là calme et paisible et les conduiront très souvent vers un destin où aucun espoir n'est permis.

Une façon d'écrire et de dessiner bien sombre, crue et désespérée mais sans toutefois donner dans l'horreur et le dégradant graphiquement. Les morts et les souffrances physiques s'illustrent plus de manières sous-entendues sans grandes effusions de sang et les très nombreuses scènes de nues ne véhiculent nullement d'attirance sexuelle mais plus des sentiments étranges mêlant gêne et asservissement qui viendront habiter le lecteur. Une cruauté d'autant plus palpable dans ce manga de par le fait, je le répète, que les personnages de Mohiro Kitoh sont principalement occupés par de jeunes enfants.

En somme, je résumerai mes lectures de "Naru Taru" et "Bokurano" des termes d'innocence bafouée. Une violence omniprésente mais montrée de manière bien différente de ce que l'on peut voir par exemple dans du "Gunnm", "Dorohedoro", "Gantz" ou "L'Habitant de l'Infini", la rendant bien plus réelle et effroyable aux yeux du lecteur.

En ce qui concerne le dessin, dans un style contribuant parfaitement à imprégner le récit de cette ambiance dramatique, Mohiro Kitoh nous livre des protagonistes aux traits qui pourront difficilement satisfaire nombre de lecteurs, autre aspect déstabilisant et enclin à éloigner le client potentiel. Même si pour ma part, j'y suis devenu totalement accroc, je dois bien avouer que les débuts furent difficiles. Il a su développer un trait immédiatement identifiable et très personnel, surtout au niveau de la création des corps des êtres humains, de longs corps très fins et très peu définis au niveau de la musculature (pour les garçons) ou de la poitrine des dames. Les nus sont assez fréquents dans ces manga, la forme du corps restant très esquissée, une sorte de malaise s'en dégageant. Reste les traits des visages que je trouve franchement excellents, les émotions y passant de façon très insinueuses forçant le lecteur à rester attentif au dessin et aux sentiments éprouvés par les acteurs de l'histoire. Un bon moyen de s'immerger encore un peu plus profondément au coeur de ces univers.

Il est aussi intéressant de relever toutes ces références littéraires ou artistiques auxquelles se rattache Mohiro Kitoh, mais bon je ne vais pas développer ce point.

Et sans plus attendre, j'ai l'immense plaisir de présenter les deux bijoux de Mohiro Kitoh à ce jour publiés en France, le très controversé "Naru Taru" toujours en cours de publication chez Glénat et comptant à ce jour huit tomes, et l'une des séries que je considère avec fierté comme l'un de mes dix manga préférés, l'étonnant et bouleversant "Bokurano !

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BOKURANO

( Notre Enjeu )


L'histoire nous emmène dans un Japon contemporain. Sur un petit coin de plage isolé au milieu de nulle part, en pleine colonie de vacances, un petit groupe de quinze jeunes enfants et collégiens font faire face à une apparition extraordinaire et effrayante qui bouleversera leur existence à jamais. En partant explorer une petite grotte, ils découvriront alors au fond de celle-ci une salle remplie d'ordinateurs habitée par un homme mystérieux, Kokopelli. Ce dernier, se disant développeur de jeux vidéos, leur proposera de participer à une partie nécessitant quinze joueurs destinés à piloter à tour de rôle un gigantesque robot de combat pour défendre le monde de quinze ennemis qui se présenteront successivement à eux.
Hm... Tous ça aurait pu donner lieu à un agréable souvenir de vacance si seulement quelques minutes plus tard à peine, un réel robot, le Zearth, et le premier ennemi monstrueux apparaissaient conduisant nos héros vers un destin peu enviable...

Attention, ce paragraphe contient un spoil sur un élément clé de ce manga, dévoilé avec le premier tome, mais dont on est forcé de parler pour pouvoir évoquer de quoi parle "Bokurano" et surtout de comprendre toute l'ampleur et la tragédie de son récit.

Spoil Inside Cet élément d'intrigue est que chaque pilote du Zearth, une fois son combat terminé, meurt inévitablement. D'emblée, le ton est donné, pour nos quinze jeunes héros, quelques soient leurs actions ou réactions face aux événements à venir, sont condamnés à mourir. Soit en perdant le combat, entraînant par la même occasion l'extinction de l'Humanité et la destruction immédiate du monde, soit en le gagnant en ayant pleinement conscience du destin funeste qui les attend. C'est ainsi que "Bokurano", bien loin de nous narrer une histoire de science-fiction où des méchas s'affrontent, aspect de l'intrigue souvent mis sous silence ou à peine évoqué d'ailleurs, s'avère bien plus une histoire comme on peut en lire par exemple avec des manga comme "Ikigami", où l'intérêt premier reste d'observer la réaction et les derniers instants de différents personnages devant accepter l'annonce d'une mort imminente. Et avec ces quinze enfants tous très différents les uns des autres, je peux vous garantir que Mohiro Kitoh a là matière pour tenter tantôt de nous émouvoir au plus haut point, tantôt nous révolter suite à des agissements ou des situations extérieures très difficiles à accepter. Avec cette succession de petites histoires tragiques au possible, Mohiro Kitoh nous prend aux tripes, nous bouleverse, nous révolte et nous entraîne dans ce jeu impitoyable aux conséquences de plus en plus tragiques et insoutenables. Spoil Inside

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La Fin.
Encore une partie spoilante, donc si jamais j'ai pu réussir à vous intéresser au manga, je conseille d'éviter ce paragraphe, même si les choses que je m'apprête à dire ne contiennent pas de révélations mais plus mes impressions sur le final de cette si grande série.

Le dernier combat du Zearth est là pour pousser l'horreur encore plus loin dans la déstabilisation psychologique des personnages, alors que l'on pensait déjà avoir atteint des sommets en la matière avec les tomes précédents. Car cette fois, le point de vue que l'on pourra ressentir lors de cette ultime bataille sera radicalement différent, nous poussant à revoir l'idée que l'on se faisait des dix premiers volumes d'une manière bien différente...
Une lecture éprouvante mais fantastique d'intelligence et sublimée par cette faculté qu'a l'auteur pour nous faire ressentir tant d'émotions.
La véritable conclusion à la fin de l'avant-dernier chapitre, le dernier n'étant qu'un épilogue, sur ces cinq double pages est tout simplement parfait et je dois dire que j'ai rarement vu une fin aussi belle et triste, aussi parfaitement illustrée dans cette représentation de la Mort, pas besoin de mots ou de points pour en conclure ce voyage, seuls ces quelques dessins d'une simplicité et d'une efficacité absolue suffisant à nous prouver que nous venant de fermer un très, très grand manga.



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Naru Taru


L'oeuvre considérée comme étant fondatrice du travail de Mohiro Kitoh, et sa plus importante et populaire à ce jour, bien que je lui préfère, et de très loin, "Bokurano, comme j'ai essayé de le prouver un peu plus haut.

"Naru Taru", ce manga au parcours si particulier en France, nous présente les aventures d'une très jeune fille s'apprêtant à entrer en première année de collège, l'énergique et débordante de vie Shiina Tamai. Profitant de ses derniers jours de vacance en bord de mer, sur une petite île isolée, elle tombera nez à nez face à une créature étrange et extraordinaire, une sorte d'étoile de mer inexpressive qui sera dès lors liée à Shiina et que celle-ci nommera Hoshimaru. Animal fantastique doté d'incroyables pouvoirs, pouvant voler et changer d'apparence en copiant les divers objets aux alentours, une relation de confiance et "d'amitié" naîtra alors entre eux. Or, en revenant de ses vacances, l'avion dans lequel elle se trouvait sera pris en chasse par une autre de ces choses, Shiina et le reste des passagers ne devant leur salut qu'à une troisième intervention de ces créatures, un peu plus particulière cette fois.
L'histoire de "Naru Taru nous propose donc de tenter de comprendre ce que sont ces "ryunoko" (enfants du dragon) ou "ryugai" (cadavres de dragon), l'appellation pour les désigner divergeant selon la personne, quels liens entretiennent-ils vraiment avec les jeunes humains auxquels ils s'associent et surtout de voir les conséquences qui peuvent subvenir en confiant de tels pouvoirs aux hommes, souvent déséquilibrés psychologiquement.

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Si l'on remonte à la toute fin des années 90, quoi de plus normal pour Glénat à la lecture de ce synopsis d'y voir là un shonen des plus classique, contant des aventures d'enfants en compagnie de leur gentil petit montre, comme on en voit tellement dans l'animation ou la bande dessinée japonaise. Et quel choc, alors que le tome deux pointe le bout de son nez commençant à se tourner vers des territoires scénaristiques non-envisagés des éditeurs, le tome six débarque au Japon, une scène des plus choquantes en son sein...

"Naru Taru" est bel et bien un seinen dans la pure veine de ce dans quoi Mohiro Kitoh brille justement si bien, cette façon de nous faire ressentir des ambiances si lourdes et difficiles.
Le style graphique du mangaka, toujours aussi efficace pour retranscrire si subtilement les émotions des personnages, m'aura ici cependant un brin gêné de part la difficulté ressentie à différencier certains personnages, et donc de pleinement comprendre au premier abord l'ampleur de certaines scènes. C'est ainsi que je dus à quelques reprises m'y reprendre plusieurs fois pour bien situer l'action et le propos des intervenants. Ce léger problème est aussi dû en partie aux corps presque asexués sous le crayon de l'auteur, l'apparition de telle ou telle personne pouvant ainsi prêter à confusion quant à son genre.

Un autre facteur important à ce titre, le même dont j'aurais pu parler lors de ma critique de "Bokurano" d'ailleurs, le rythme de l'histoire. Malgré tous les mystères et le nombre de personnages potentiellement dangereux et à même d'apporter beaucoup d'action et de mouvement au récit, Mohiro Kitoh garde une narration lente s'attardant bien plus sur le développement des personnalités qu'il cherche à construire, d'une manière un peu différente de ce que l'on peut voir dans d'autres manga (seinen ou shonen). En effet, ce n'est ici pas au travers de grands combats, dans lesquels les personnages sont censés évoluer et s'interroger en entrant directement dans une confrontation brutale d'idéologies et de principes avec une tierce personne. Au contraire, bien qu'on est aussi droit à de tels passages à quelques reprises, les combats au final ne sont pas si nombreux que ça, les acteurs de l'intrigue ayant alors bien plus de place pour pouvoir s'exprimer et se présenter au lecteur aux travers d'abondantes scènes s'introduisant directement dans des tranches de vie. Un moyen de faire bien plus intimiste et sincère, fonctionnant à merveille dans ce manga.

En tout cas, alors que le tome 9 s'apprête à débarquer dans quelques jours, hâte de voir ce final de ce qui est considéré comme l'oeuvre phare du mangaka et qui, si j'en crois certains commentaires reçus ici et là, a fait couler pas mal d'encre il y a quelques années. A coup sûr, je reviendrai de ce côté du forum pour parler avec passion de cette conclusion et de mon impression globale sur l'ensemble de ce titre.


Le mot de la fin.
C'est tout pour mes lectures Mohiro Kitoh qui, malgré le peu de séries dont j'ai eu la chance et le bonheur de découvrir, je le rappelle, reste l'un de mes auteurs japonais favoris ! C'est donc pour cela que je terminerai sur une dernière note, à savoir les autres titres très rapidement présentés que je rêve de voir très prochainement être édités en France. S'annonçant tout aussi prometteurs d'après les rapides résumés que j'ai pu en lire et la confirmation de la conservation du style malsain et impitoyable de leur architecte, je m'impatiente de voir ces titre s'inviter un jour dans ma bibliothèque. A bon entendeur et en espérant avoir pu intéresser des gens !

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