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Il y a un frigo pour garder le coca au frais - Franky
Chapitre 885


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Interviews

Publiée dans le numéro de décembre 2009 de Switch.
Source : http://www.thegrandline.com/odakazint.htm
Traduit de l'anglais par Donnie Darko.


C'est une interview croisée avec Kazutoshi Sakurai, leader du groupe Mr. Children qui a composé le thème principal du film Strong World.


Int : M. Oda, vous avez vous-même demandé à ce que Mr. Children compose le thème du film. Pouvez-vous nous raconter comment vous en êtes venu à cette demande ?

O : En temps normal, je ne travaille que sur le manga, jamais ses dérivés. Je suis incapable de travailler sur plusieurs projets à la fois, sinon je ne suis jamais content du résultat, c’est comme ça. Alors lorsqu’on m’a contacté en me demandant d’écrire l’intrigue du dixième film, j’ai refusé, mais comme la personne qui m’a fait cette offre m’avait pris sous son aile par le passé, j’ai fini par accepter. Juste avant de céder, j’ai dit « Bon, d’accord, mais seulement si vous prenez Mr. Children pour composer le thème principal du film, là je pourrais prendre ce travail au sérieux. » Bien sûr, je savais que cette histoire aurait bien pu avoir une tournure bien différente.

Int : C’était donc votre seule condition pour accepter, pas vrai ?

O : J’ai accepté ce projet à la dernière minute et je ne savais pas comment les choses s’arrangeraient. Je savais juste que je me devais de le faire. Alors je me suis dit sans cesse à voix haute « Mr. Children va chanter pour toi » et j’ai écrit l’intrigue. (rires)

Int : M. Sakurai, pouvez-vous nous dire votre réaction lorsque vous avez reçu une telle offre de la part de M. Oda ?

S : C’était quelque chose que j’avais toujours voulu faire. A l’époque où je ne connaissais pas encore One Piece, ma fille voulait alors voir un film One Piece. Nous y sommes alors allés elle et moi. Je l’ai beaucoup apprécié. Et puis le batteur de Mr. Children, Suzuki (Hideya) et le bassiste Nakagawa (Keisuke) sont fans de One Piece. C’est pour ces raisons que je voulais également participer, et je pensais que c’était également une chance pour moi de m’assagir.

Int : M. Oda, on m’a dit que vous aviez envoyé une lettre à M. Sakurai. Pouvez-vous nous en révéler le contenu ?

O : C’était la lettre que j’avais envoyée après qu’ils aient accepté de chanter le thème principal. J’ai juste pensé qu’il était de notre responsabilité de vérifier que la chanson qu’ils chanteraient irait avec l’univers de One Piece. De notre côté, on voulait s’assurer que les images étaient synchronisées avec la chanson et que tout était parfait. Mais j’ai été très surpris lorsque Sakurai-san m’a demandé quelle type de chanson collerait le mieux au film. Donc, dans une lettre, j’ai présenté les choses très poliment, puisqu’ils m’avaient demandé en premier, et j’ai expliqué le concept de ma vision d’un film fun adapté d’un manga pour jeunes garçons. Enfin, j’ai également ajouté à la fin « puisque vous me l’avez demandé, pouvez-vous faire une chanson super cool s’il vous plait ? » (rires) One Piece contient plein de scènes très différentes les unes des autres, donc je leur ai laissé le soin de s’approprier ce qu’ils voulaient et ce qu’ils aimaient. Je ne vais pas dire à un professionnel comment faire son boulot. Du moins c’est ce que j’ai essayé de dire dans ma lettre.

S : J’ai la lettre avec moi, en fait (rires)

O : Allons, ce n’est pas comme si j’avais écrit quelque chose de très secret.

« Nous sommes conscients que c’est une lettre privée, mais pourriez-vous la partager avec nous ? » Après avoir demandé la permission de M. Oda, M. Sakurai a sorti la lettre qui était dans une enveloppe sur laquelle le nom ‘Sakurai Kazutoshi-sama’ était écrit en gros. La lettre de deux pages retraçait l’avis de M. Oda sur le film. D’un simple coup d’œil, on pouvait voir à quel point M. Oda respectait Mr. Children.

O : Lorsque M. Sakurai m’a demandé quelle sorte de chanson j’aimerais entendre dans le film, ce fut une incroyable expérience personnelle car le groupe me faisait confiance.

Int : Comment cela ?

O : C’est comme s’il me disait que tout irait bien puisque même s’ils ajustent souvent leur travail pour aller avec les souhaits de ceux avec qui ils collaborent, ils me promettaient de ne pas perdre leur touche propre. Pendant tout ce temps j’ai pensé que c’était notre devoir de coller les images à leur musique mais en me demandant ce que j’aimerais entendre, ils nous disaient plus ou moins qu’ils avaient assez confiance en nous pour nous suivre et ne pas perdre la musique qui fait l’identité du groupe. C’était impressionnant.

S : Je pense que c’est le contraire, en fait. Personnellement, je n’ai pas l’impression que Mr. Children soit un groupe dont l’autorité est assez fermement établie. Composer une musique et émouvoir les gens, c’est là que Mr. Children s’épanouit complètement. Nous voulions comprendre le message et le sens du film afin d’émouvoir les spectateurs, c’est pour cela que j’ai d’abord voulu savoir de quoi le film parlait afin de me rapprocher un peu plus de ce but-ci. On a composé le thème principal de beaucoup de films, mais j’ai toujours essayé de les comprendre. Cependant, quand on retranscrit le message du film directement dans la chanson, on ne se s’investit pas énormément. Du coup on essaye d’avoir une autre approche ou de chanter avec un angle un peu différent, tout en gardant le même message. Cela a toujours été notre méthode pour composer la musique, alors je suis allé voir l’équipe pour leur demander leur avis et j’ai alors reçu cette lettre qui disait « La plupart du temps, je veux voir un « film cool », alors s’il vous plait ne pensez pas qu’un bon film soit nécessairement un film qui fasse pleurer. » J’étais en tournée lorsqu’un membre de l’équipe m’a remis la lettre en main propre, et dès que j’ai lu « film cool » j’ai entendu ce riff de guitare dans ma tête.

O : Wow ! Vous êtes très doué.

S : La tension qui monte au début de la chanson était le résultat d’une réflexion sur les scènes dans lesquelles Luffy criait à voix haute. J’en ai fait une mélodie dans ma tête. Quant au reste, on s’est amusé à trouver une manière fluide de regrouper tous les personnages du film ensemble. Je pensais que cela marcherait mieux.

O : On vient de lancer une vidéo promotionnelle avec le thème principal et je suis impressionné de voir que le cri de Luffy soit synchro avec le chant. Comment vous avez écrit cette chanson, c’est un mystère. Je suis venu ici pour vous demander comment vous l’avez faite. Je n’arrive pas à croire qu’après avoir lu ma lettre vous avez eu une image spontanée, juste comme ça.

S : C’est la lettre qui a permis la création de la chanson, et je vous suis infiniment reconnaissant pour cela. Je ne pense pas que j’aurais pu la créer seul.

O : J’ai écrit tout ce qui se passait dans le film, ainsi que mon propre avis le concernant, qui a par ailleurs changé. J’ai également ajouté le fil de ma pensée qui m’a conduit à prendre la décision que le film aurait pour thème principal le mot « enthousiasme » Tout ce que j’ai pensé du film, absolument tout. J’ai hésité à faire « émotion » le thème principal du film. Les gens partout dans le monde font toujours toute une affaire sur le drame et sur l’émotion, pas vrai ? Jusqu’au point où les spectateurs se disent qu’un film ne peut être bon que s’il on pleure en le regardant. J’ai ensuite pris conscience de cette mode et j’ai été frustré de ne pas pouvoir m’y conformer. Car lorsqu’on a attaché mon nom au projet, je me suis dit que je devrais faire ce que tout le monde attendait de moi. J’avais donc préparé une histoire très touchante. J’avais écrit The Crystal Ship’s Log, une histoire avec un titre complètement différent. A dire vrai, je ne dessine jamais une histoire dramatique, c’est-à-dire une histoire qui a pour but de provoquer des émotions fortes chez le lecteur. Je n’ai jamais pensé écrire une histoire de ce genre, et je ne le ferai jamais. Lorsque les personnages se déplacent, je les oriente parfois vers une histoire qui peut émouvoir les lecteurs, mais je n’ai jamais songé à en écrire pour le plaisir de raconter une histoire émouvante. Puisque j’avais décidé de raconter quelque chose que je n’aurais même pas fait en temps normal, je n’ai pas aimé ce que j’entreprenais. Mais je pense que l’histoire était assez solide en elle-même. L’histoire allait à l’encontre de ma politique personnelle.

Il y a une autre mode qui consiste à dire qu’un film n’est véritablement dramatique que lorsque des personnages meurent. Moi j’appelle ça un film funérailles. Ca ne justifie pas la tendance du film larmoyant. Parmi mes cinq films préférés, pas un seul n’est un film dramatique. J’adore les films cools, et je suis un artiste de Shônen donc je pense que je dois me concentrer sur les garçons et dessiner ce qu’ils apprécient. J’ai donc changé le thème pour « enthousiasme ». On a réuni l’équipe pour savoir ce qu’on allait enlever du film au montage car il devenait trop long, juste après avoir fini The Crystal Ship’s Log. A ce moment-là je me suis dit que je ne pouvais plus continuer. La date de sortie a donc été repoussée.

Int : C’est pour cela qu’à chaque fois qu’une nouvelle bande annonce sortait, la date de la sortie du film était sans cesse décalée.

O : Vous savez, je causais des problèmes à tout le monde bien avant cela. Mais je savais que si je voulais faire quelque chose qui me satisferait pleinement et que je pourrais vraiment apprécier, je devais abandonner le projet The Crystal Ship’s Log. J’avais jusque là repoussé le projet pour me concentrer sur le JUMP. Je pense que je n’avais pas assez pris le projet au sérieux, je n’étais pas prêt à négliger mon travail principal pour dépenser mon énergie dans un film. Mais bon, après m’être promis de faire un film de Shônen, je me suis plongé dans le projet moi-même, et le rédacteur en chef du JUMP m’a même dit qu’il fallait que je travaille plus sur le manga. C’est la seule manière pour moi de me concentrer sur un projet. Lorsque je me suis mis à travailler sur le film, j’y ai creusé des sentiments enthousiastes qui étaient ancrés profondément en moi, le genre de choses que les gamins adorent et j’ai mis tout ce que j’aimais dans ce film. C’est pour cela que j’espère que M. Sakurai a hâte de le voir. Mais j’avais déjà tout expliqué dans la lettre.

S : Lorsque je l’ai lue, j’ai immédiatement compris ce que vous entendiez par « film cool », et je me suis dit « je suis carrément partant !! » J’ai activé mon cerveau et me suis mis au boulot.

Inspiré par la lettre, Sakurai a écrit le thème principal appelé fanfare. Emporté par la verve des riffs de guitare et de Sakurai lui-même, dont la voix est plus émotionnelle que d’habitude, la mélodie se déploie, majestueuse et parfois agressive. C’est un morceau qui colle parfaitement avec le début d’une aventure, un baptême avant le départ des voyageurs. Sakurai dit « Je voulais écrire une musique enthousiaste et intense », alors qu’il est passé à la vitesse supérieure comparé à son dernier album Supermarket Fantasy. Cette chanson est la personnification de l’intensité du rock et de ses émotions condensées dans un seul morceau. Même les paroles sont parsemées de mots clés comme « ancre », « navigation », « trésor », « l’eau profonde », « voile » qui sont liés à l’univers de One Piece.

S : Lorsque quelque chose cloche dans notre société, il me semble que les mots profonds et les histoires faciles à comprendre prennent plus de valeur que la pure sensation d’enthousiasme. C’est probablement vrai dans l’industrie du cinéma aussi bien que dans celle de la musique, mais c’est surtout vrai pour la musique en raison des paroles. Pendant un certain temps, on a pu écrire avec sincérité et honnêteté. Je me suis inquiété de l’avenir du groupe et je doutais de moi-même.

Et je me suis dit que je devrais probablement mettre plus de cœur et d’émotion dans mes projets. Et c’est ce que je fais depuis pour composer mes dernières chansons. On ne peut pas expliquer avec des mots pourquoi on ressent autant d’émotions fortes ou pourquoi notre cœur bat chamade. La musique est un outil incroyable, car avant même qu’on écoute les paroles ou l’histoire, elle permet de faire l’expérience ces sentiments. C’est pour cela que je suis revenu sur mon avis et que j’ai réévalué le sens de la musique. Depuis j’aime croire que la musique est supérieure aux mots. La lettre de M. Oda était l’élément déclencheur qui m’a inspiré les paroles et le message.

O : La musique résonne dans l’âme des personnes. Beaucoup d’artistes écoutent de la musique, et j’en fais partie. Pour One Piece par exemple, je me créé une playlist qui colle avec l’arc que je dessine et je l’écoute en boucle à mesure que je progresse. La musique m’influence de bien des manières. A moins qu’on ne devine la mesure de la musique qu’on écoute, on n’est pas fait pour devenir musicien. De plus, les musiciens ne peuvent pas écouter d’autres chansons pour créer du nouveau. Si cela avait été le cas, comment ces nouvelles phrases et mélodies ont-elles pu prendre forme ? J’aurais aimé savoir les mécanismes qui rendent possible une création nouvelle. Vous parliez de sonnerie (tintement, vibration), M. Sakurai.

S : En effet. Il y a une quantité d’émotions qui envahissent notre cœur mais pour moi, ces sentiments se transforment en musique. J’imagine que pour vous, M. Oda, ils prennent la forme d’images. Si j’essayais, avant de me mettre au travail, de me forcer à vouloir trouver une musique à l’avance, je finirais par écrire quelque chose de très ennuyeux. C’est pour cela que je garde une certaine liberté d’esprit.

Int : M. Oda, comment êtes-vous entré en contact avec la musique de Mr. Children ?

O : Wow, vous parlez de Mr. Children, là. Tout le monde de ma génération écoutait ce groupe. J’appartiens à une génération, pile au milieu de la tranche d’âge d’ailleurs, qui a toujours suivi Mr. Children, depuis que le single Crossroad est devenu un hit national, c’est-à-dire lorsque j’étais au lycée. Ce que je vais dire est un peu hors-sujet mais lorsque Mr. Children est devenu très populaire, je ne pouvais distinguer qu’une seule tendance dans l’industrie de la musique: divers artistes font deux-trois hits, les regroupent dans un album puis disparaissent de la circulation. Cette tendance a duré très longtemps, et je me demandais pourquoi les groupes ne redistribuaient pas mieux leurs hits pour mieux se vendre. J’avais une vision très négative de l’industrie de la musique. (rires) Et ensuite l’explosion des ventes de Mr. Children et la mode a pris rapidement. Si je me souviens bien, le premier album était Atomic Heart (1994)

S : En effet, c’était Atomic Heart.

O : Tomorrow never knows n’était pas dans l’album, pas vrai ?

S : Oh, Tomorrow never knows était dans l’album qui a suivi (1997, BOLERO).

O : A cette époque, je pensais que seuls des gens sournois entreraient en scène. (rires)

S : (rires)

O : Mais j’étais vraiment persuadé que vous resteriez plus longtemps. Je n’avais pas tort.

S : A vrai dire, Tomorrow never knows fut écrit lors de la production et fut achevé après que l’album fut finalisé. C’est pour cela qu’il n’y figure pas.

O : Je pensais que c’était un coup stratégique de marketing. (rires) Je me disais « ces types sont astucieux ! » Mais j’étais content. Je vous adorais et je savais que je continuerais à écouter vos albums.

Int : Dans la rubrique des commentaires des mangakas du Jump, M. Oda avait déjà loué les paroles de l’album I *heart* U.

O : C’est vrai. Les paroles de M. Sakurai sont très sincères et me choquent parfois. Celles qui m’ont le plus marqué provenait de Running High, vous vous en souvenez ?

S : Oui

O : Lorsque j’ai entendu cette chanson, j’ai pensé : « M. Sakurai, on ne peut pas dire de telles choses !! »

S : (rires)

O : Les paroles auxquelles je fais référence sont, et elles sont de tête : « Même si je porte un lourd fardeau, je reste seul et personne ne comprendra sa lourdeur. » Je pense que ce que vous vouliez exprimer dans cette chanson était « fermez-vos gueules, bande d’amateurs » (rires) Je me suis dit que vous étiez très cool car vous parliez ainsi malgré votre prestige. Puisque tout le monde a un boulot qui lui est spécifique, on porte tous des fardeaux différents. Je pense que cette chanson a sauvé pas mal de gens. Elle m’a sauvé moi en tout cas. J’avais pris la décision que même s’il y avait beaucoup de choses que les gens ne comprenaient pas chez moi, je ferai de mon mieux quoi qu’il en soit. Ca m’a aidé à me dire que même si je devenais la risée du Japon, je continuerai ma voie. C’est une très belle chanson. Il en va de même pour le reste de votre oeuvre également, lorsqu’on écoute les paroles, on entre dans votre vie privée. Ne pensez-vous pas être trop honnête ?

S : Je ne sais pas. Je me dis « ça, je l’ai inventé », et « ça c’est vrai » ? Par contre, je choisi délibérément les mots avec soin pour voiler la distinction. Je pense aussi que Mr. Children est un groupe très connu, mais lorsque qu’on demande à quelqu’un s’il est heureux être célèbre, il répond que non. C’est pour cela que je me montre en train de faire face aux troubles de ma vie personnelle. Pareillement, je montre comment il est astreignant de subir un tel succès et tout comme ceux qui m’écoutent, je préfère vivre dans le moment. C’est plus ou moins ce que je ressens.

O : Oui, je pense que cela se ressent. C’est pour ça que j’aime autant ce groupe.

Int : En ce qui concerne One Piece, y-a-t-il des moments où vous vous révélez par le dessin ?

O : Même si je dis parfois que je fais des dessins comme tout le monde, je pense que je dessine surtout les miens. En ce sens, ces impulsions qui sont les miennes se dévoilent. Mais même si j’exposais ma vie privée, je ne pourrais pas la retranscrire dans mes personnages. Ce qui rend le medium du manga si intéressant est sa nature « too much » et je ne peux pas du tout mener ce train de vie délirant (rires) Pas la peine d’essayer de fonder cette histoire sur ma vie personnelle. Mon boulot consiste à recréer ce qui se trouve dans notre imaginaire commun au monde entier, comme des choses que je pense que les gens aimeraient faire : « si tel ou tel truc arriverait, je serais si content ! » ou « j’adorerais être untel ou faire ceci ou cela » ce genre de choses. Ca me va si cela suffit à détendre les gens.

S : Le mot « camaraderie » a-t-il un sens particulier pour vous ?

O : Pour être honnête, lorsque j’ai commencé One Piece, « camaraderie » était un thème tout nouveau dans le monde du manga. Maintenant il y a des douzaines de mangas qui font cela, mais au tout début, personne n’utilisait la camaraderie comme thème principal ni le fait d’agrandir le cercle des personnages principaux à mesure que l’oeuvre avance. J’avais commencé par une toute nouvelle approche. Mais la camaraderie est essentielle dans la vraie vie.

Int : Vous aimez tous les deux le football ?

S : Oh, vous aimez le football ?

O : Je faisais partie de l’équipe de football.

S : Ah oui ? (rires)

O : Mais je ne suis plus trop le foot ces derniers temps.

Int : Pensez-vous que le terme sportif « d’équipe » soit présent dans votre œuvre ?

O : Oui, je le pense. C’est peut-être pour cela que je n’ai pas fait de baseball.

Int : Une question pour vous deux : lorsque vous étiez enfants, y avait-il un manga ou un dessin-animé qui vous a influencé ou qui vous a beaucoup impressionné ? Par exemple, M. Sakura, lisiez-vous des œuvres qui sortaient pour la toute première fois ?

S : J’étais le genre de gamin qui ne lisait jamais rien : pas les mangas, et surtout pas les livres. (rires) Mais j’ai toujours apprécié Ban Banjou.

O : Samurai Giants. Le baseball bien fait, et encore.

S : C’est vrai (rires) Je me suis intéressé au foot bien plus tard.

O : Vraiment ? Je viens de l’âge d’or du football.

S : Tsubasa-kun ?

O : Eh ouais. J’ai commencé le foot en sixième mais Captain Tsubasa était déjà populaire en primaire. Tout le monde voulait joindre le club de foot en sixième. La mode était si rapide, le nombre de membres du club a explosé cette année-là. C’est ce qui m’a motivé à y entrer.

S : Combien de temps avez-vous joué ?

O : Jusqu’en seconde. J’ai abandonné en disant à l’entraîneur « je vais me concentrer sur mes études désormais » et j’ai fini par dessiner des mangas (rires)

S : Wow.

O : Mais le sport est désormais quelque chose que je ne peux plus essayer. Je suis toujours assis pour travailler, alors je ne peux plus courir.

S : Oui… Vous faites d’autres activités physiques ?

O : Pas du tout. Je voudrais bien, parfois je veux juste bouger mon corps mais je ne peux rien faire.

S : Le fait d’être assis toute la journée vous fait mal au dos ?

O : Oui, le bas du dos me fait souvent souffrir, mais j’endure, notamment grâce à l’aide de mon chiropracteur. (rires) Vous jouez encore au foot ?

S : J’y ai joué avant de venir. C’est vraiment sympa.

O : Je n’en doute pas. Le simple fait de jouer au foot vous donnait plus d’endurance.

S : C’est vrai.

O : Parce que vous courriez sans cesse sur le terrain. Quel était votre position ?

S : J’étais attaquant. Je n’étais pas particulièrement doué, et comme tout le monde autour de moi l’était, on m’a laissé jouer. Mais ils pouvaient se fâcher contre moi. Certains ont plus tard fait la J-League (ndt : championnat du Japon de football), vous savez. A mon âge, on n’ose plus prendre un ton condescendant contre moi. Pourtant, avoir quelqu’un qui vous parle mal peut pas mal vous motiver (rires)

O : Oui, car on met de côté notre réputation sur le terrain. Même dans le club de foot, il y avait une règle étrange qui voulait qu’on appelle nos supérieurs par leurs prénoms.

Int : Pendant la séance de shooting tout à l’heure, vous parliez de vos enfants et en tant qu’homme de divertissement, vous avez eu beaucoup d’occasions d’entrer en contact avec les enfants. Cependant, est-ce que vous cherchez à vous adresser à eux ?

O : Eh bien, j’ai une fille. Donc je ne peux pas vraiment l’utiliser pour mes recherches (rires) J’écris pour les garcons, mais bien sûr ma fille aime les trucs girly à mon plus grand désarroi. J’ai eu le supplice de lui acheter Pretty Cure (rires) et d’autres trucs de ce style. Mais je suis le plus grand criminel puisque j’ai appris à dessiner ces choses-là juste pour elle (rires).

S : Lorsque vous dessinez, vous essayez de garder en tête l’âge moyen de vos lecteurs ?

O : Je pense que les collégiens sont les principaux lecteurs qui apprécient le plus mon oeuvre. Bien sûr, lorsque j’étais en primaire je lisais des mangas mais je n’ai pris conscience que bien plus tard que je n’y comprenais absolument rien. Beaucoup de choses ne parlent pas beaucoup aux élèves de primaire. Mais en surface, ils voient Luffy qui étire son corps et d’autres éléments étranges. Ils apprécient ce qu’ils regardent. Lorsqu’ils entrent au collège, ils comprennent mieux l’histoire et à mesure qu’ils grandissent ils commencent à apercevoir des thèmes récurrents. Chaque groupe d’âge a une manière différente de lire une histoire mais personnellement, l’âge moyen sur lequel je me base est 15 ans. Chaque semaine je me demande si j’aurais apprécié cette histoire si j’avais 15 ans. Sinon, ce que je fais ne mérite pas d’être appelé Shônen. Depuis un certain temps One Piece a beaucoup de lecteurs adultes, mais si j’essaye de m’ajuster à ces nouveaux lecteurs, le manga perdrait de sa valeur. Qu’en est-il pour la musique ?

S : Je ne sais pas si j’arriverais à ressentir ce que cela fait d’être gamin. Si j’essayais de produire quelque qui pourrait émouvoir ou exciter les ados, je ne produirais que quelque chose d’artificiel. Donc il vaut mieux que je me concentre sur ce que je connais mieux, les gens de notre tranche d’âge, et sur ce qu’ils voudraient entendre. Mais je pense qu’on peut en effet comprendre l’art peu importe l’âge. La génération qui nous suit est très jeune, mais j’essaye de penser à l’autre génération depuis peu, les hommes et femmes plus âgés, lorsque j’écris.

O : Les chansons ondulent et se répercutent. Peu importe leur cible, elles résonnent en chacun de nous, y compris chez les enfants qui vous écoutent. Si les adultes aiment quelque chose, les enfants l’aiment aussi. C’est aussi la raison pour laquelle certains veulent devenir un adulte.

Int : Alors les paroles de Fanfare sont écrites du point de vue d’un adulte.

S : Ce que je dis dans cette chanson, c’est que ceux qui ont grandi avant l’heure doivent partir à la recherche du trésor qu’ils ont perdu. Je me demande de quel trésor il s’agit. Pour moi, je pense que c’est le sentiment d’excitation qui fait battre le cœur à toute vitesse lors d’une poussée d’adrénaline, ou d’une sensation forte.

Alors que l’interview prenait fin, M. Oda a demandé à M. Sakurai ce qu’il a pensé du film qu’il avait vu la veille. En riant, M. Sakurai a répondu que l’animation faisait vibrer et que les couleurs étaient éclatantes. Il a également ressenti la vitesse effrénée de la narration, et quant à la fin du film, bien que M. Oda disait ne pas vouloir faire un film trop « sentimental », il y a été très sensible. M. Oda a répondu de bon cœur qu’il était heureux de voir que la scène préférée de M. Sakurai était suivie de la musique de son groupe. On n’arrivait pas à le voir clairement, mais on peut deviner que M. Oda esquissait à ce moment là le sourire d’un ado de quinze ans.


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